23.02.2008

Hezbollah - Israël: Vers une nouvelle guerre?

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La mort d’Imad Moughniyeh, tué dans l’explosion d’une voiture piégée le mardi 12 février à Damas, représente une étape importante dans l’histoire du Hezbollah. Personne pour le moment ne revendique sa mort, même si l’Iran et le Parti de Dieu libanais accusent ouvertement Israël de cette attaque. Le gouvernement israélien nie toute implication dans cet assassinat mais ne peut que se réjouir de voir disparaître l’un des hommes les plus recherchés du monde. « Nous n’étions pas les seul à vouloir son élimination », a confié au TIME un ancien responsable des renseignements israéliens. « Les Saoudiens le voulaient, ainsi que les libanais chrétiens », précise-t-il[1]. Toutefois, le discours de Hassan Nasrallah déclarant une « guerre ouverte » avec Israël, traduit l’arrivée de nouvelles tensions dans un pays du cèdre déjà explosif.

 

Imad Moughniyeh n’était pas réellement un mythe ou un symbole fort au Moyen Orient. A l’exception des déclarations du gouvernement iranien et de Nasrallah, il n’y a pas eu de mouvements de foules importants dans la région. Toutefois Moughniyeh était un cadre incontournable du mouvement chiite libanais. Il semble avoir été un acteur très important dans les orientations prises et la stratégie développée par le Hezbollah au courant de l’été 2006. D’après Barah Mikaïl, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques de Paris, son assassinat est donc un coup dur pour le mouvement qui se voit ainsi touché au sommet de sa pyramide. « Le Hezbollah ne vacillera pas pour autant, c'est certain ; mais il a cependant été amputé de l'un des rouages essentiels de son dispositif, tant Moughniyeh était fort de capacités dues pour beaucoup à sa profonde expérience du terrain » a expliqué Barah Mikaïl.

 

Evoluant en pleine guerre civile libanaise, le parcours d’Imad Moughniyeh constitue la transformation d’une tendance dans les conflits moyen-orientaux, privilégiant le système de la guerre asymétrique face aux armées américaines et israéliennes. Né à Tyr dans le sud du Liban en juillet 1962, Moughniyeh a grandit dans les quartiers sud de la capitale où il a passé l’ensemble de sa scolarité. Il a également étudié un an au sein de l’Université Américaine de Beyrouth. Dans les années 70, il s’engage dans les forces palestiniennes au Liban où il fait ses premières armes en tant que sniper. Il sera par la suite enrôlé dans la Force 17, le commando d’élite chargé de la protection d’Arafat.

 

En août 1982, les miliciens de l’OLP ainsi que leur chef Yasser Arafat évacuent le Liban avec l’aide de la Légion étrangère française, laissant derrière eux des milliers de civils palestiniens entassés dans des camps ainsi que des milliers de mercenaires se retrouvant sans armée ni cause à défendre. Imad Moughniyeh est l’un d’eux. Comme de nombreux laissés pour compte de l’OLP, il rejoindra rapidement les prêches anti-impérialiste du Cheick Mohammed Hussein Fadlallah, un haut dignitaire chiite qui sera plus tard le chef du Hezbollah. A la fin de cette même année 1982, Moughniyeh sera repéré par des recruteurs pasdarans iraniens envoyés par la toute jeune République Islamique. Sa connaissance du terrain et des moindres recoins de Beyrouth jouèrent largement en sa faveur.

 

Quelques mois plus tard, le 18 avril 1983, un homme conduit à toute allure d’une voiture piégée qu’il jette contre l’ambassade américaine à Beyrouth. L’explosion fit 63 morts dont 17 américains. La CIA perdit six officiers, le chef de station, son adjoint ainsi que la femme de ce dernier. En octobre de la même année, 243 marines furent tués par l’explosion d’un camion bourré d’explosifs qui percuta leur caserne près de l’aéroport international de Beyrouth. Vingt six minutes plus tard, le bâtiment qui abritait les membres du contingent militaire français de la force multinationale explosa à son tour, tuant 56 parachutistes.

 

Bien qu’aucun groupe n’ait revendiqué l’attentat contre l’ambassade américaine, les attaques d’octobre qui visaient clairement les forces armées occidentales, eurent des suites au niveau de la communication. Une agence de presse internationale révéla qu’elle avait reçu des coups de fil d’une organisation jusqu’alors inconnue, le «Djihad islamique», qui proclamait être responsable de ces attentats. L’auteur du coup de téléphone avait dépeint son groupe comme des «soldats de Dieu qui aspirent au martyre» et déclaré que leur objectif était d’établir une république islamique au Liban et d’expulser les Israéliens et leurs sympathisants. Les références de cette déclaration portèrent les soupçons directement sur Téhéran. Un mois plus tard, le quartier général de Tsahal dans la cité portuaire de Tyr au Sud- Liban, fut également victime d’un attentat à la voiture piégée entraînant des pertes conséquentes. Pour cette fois, le Hezbollah revendiqua l’attaque tout en niant être l’auteur des précédentes[2]. Une nouvelle force s’était jointe à la guerre civile.

 

Une nouvelle étape pour le Hezbollah

Le Moyen Orient était alors entré dans une nouvelle phase. Imad Moughniyeh symbolise l’impact de la révolution religieuse iranienne dans la région, de l’aspiration d’une nouvelle génération de combattants au martyre et de la force stratégique de la guerre asymétrique. Aujourd’hui le Hezbollah, qui a toujours nié être l’auteur des attentats cités précédemment, bénéficie d’une très forte popularité auprès de la rue arabe sunnite comme chiite pour avoir tenu tête à Israël à de nombreuses reprises.

 

C’est pourquoi la mort de Moughniyeh constitue un changement important pour le Parti de Dieu. Alors que l’opposition anti-syrienne durcit le ton, en particulier avec le discours du chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, un des cadres les plus éminents du Hezbollah se fait tuer à Damas même, dont la réputation des services secrets syriens n’était pourtant plus à faire. D’après le TIME citant des officiels américains, Moughniyeh collaborait également avec l’armée du Madhi dirigé par Moqtada al Sadr en Irak. C’est donc un message fort envoyé à la fois aux Gardiens de la Révolution et au régime de Bachar Assad. Les auteurs de l’assassinat de Moughniyeh ont montré que l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah n’est pas si indestructible qu’il ne paraît. D’ailleurs dès le lendemain de l’attentat, le Président Bush annonça une nouvelle série de sanctions à l’encontre de haut fonctionnaires du régime syrien suspectés ou reconnus coupable de corruption. Les sources citées par le TIME reconnaissent que les renseignements américains avaient suivi intensément les traces de Moughniyeh ces cinq dernières années à travers Bagdad, Téhéran, Damas et Beyrouth[3]. A l’image des membres du Hezbollah réputés pour leur discrétion, beaucoup de mystère enveloppait la personnalité et les actions concrètes de Moughniyeh.

 

« Cela explique la tonalité virulente du discours de Nasrallah », précise Barah Mikaïl. « Il a fait le choix de menacer du pire quiconque chercherait à mettre à mal les intérêts du Hezbollah. C'est une manière pour lui de signifier à ceux qui chercheraient à pousser sa formation dans ses derniers retranchements que les conséquences d'une telle situation pourraient être fatales ». La plupart des observateurs considèrent qu’une réponse du Hezbollah est inévitable. Après la mort de l’ancien dirigeant Cheick Abbas Mussawi en février 1992, une bombe explosa un mois plus tard à l’ambassade israélienne à Buenos Aires en Argentine. Pour Robert Baer, ancien agent de la CIA qui a été en poste à Beyrouth, la mort de Moughniyeh est une « perte personnelle » pour Nasrallah. « C’est quelque chose que le Hezbollah ne peut laisser passer. Moughniyeh était beaucoup plus qu’un symbole », exprime au Christian Science Monitor Timur Goksel, professeur en relations internationales à Beyrouth et ancien représentant des Nations – Unies au Sud Liban. « Je pense qu’il optera plutôt pour un assassinat ciblé qu’un attentat civil[4] ».

 

La situation actuelle présente beaucoup de similitudes avec la naissance du Parti de Dieu dans les années 80. Les événements au Liban ramènent à de nombreuses reprises aux démons de la guerre civile et ce sont toujours les mêmes acteurs qui composent majoritairement l’actualité, à savoir la Syrie , l’Iran, Israël et le Hezbollah. La mort d’Imad Moughniyeh s’inscrit dans la continuité par rapport à la tendance amorcée en 1982 mais constitue un changement dans la stratégie même du Hezbollah. Pour le moment Tel Aviv à mis en état d’alerte ses ambassades et les différentes institutions juives répandues dans le monde. La presse israélienne s’interroge déjà sur la forme que prendra la revanche du Hezbollah. « Dans le pire scénario, le Hezbollah pourrait décider d'entrer en guerre contre Israël, mettant ainsi le gouvernement libanais dans une situation impossible » a écrit dans Haaretz  le journaliste Zvi Bar’el[5]. Toutefois comme précise Barah Mikaïl, « Pour le moment, la parole n’a pas encore cédé aux actes, et il faut souhaiter qu’il puisse en rester ainsi ».    



[1]Scott Macleod and Brian Bennett, “Who killed Hizbollah’s Terror Master?”, Mercredi 13 février 2008 http://www.time.com/time/printout/0,8816,1712866,00.html<...
[2] Judith Palmer Harik, Le Hezbollah, le nouveau visage du terrorisme Viamedia, 2006,   p. 57 à 59
[3] Scott Macleod and Brian Bennett, op.cit.
[4] Nicholas Blanford, « Hizbullah leader death in Syria could trigger retaliation », Christian Science Monitor, 14 février 2008
[5] Zvi Bar’rel, « Quelle vengeance pour la mort d’Imad Moughniyeh ? », Haaretz, 14 février 2008

09.01.2008

Faut-il avoir peur de l'Islam?

84a21d009c95197f08fbb8e31a8237a0.jpgAu mois d’octobre dernier, j’ai écris un article pour un magazine israélien francophone. Compte tenu de quelques modifications internes au niveau de la rédaction, le journal devait sortir début janvier. Venant d’être informé que je ne serai publié qu’en avril suite à je ne sais quelle véritable raison, j’ai préféré diffuser l’article directement sur mon blog. Le sujet demandé était : « Iran, Irak, Maghreb, faut-il avoir peur de l’Islam ? » (comment ça « cliché » ?). L’article ne devait pas dépasser les 700 mots. J’invite les lecteurs à me faire part de leurs commentaires.

 

Depuis le 11 septembre, nombreux spécialistes, journalistes et observateurs étrangers essayent de comprendre et définir si l’Islam, dans sa globalité, constitue au final une menace à l’encontre de l’occident et de ses institutions en général. Ce débat avait déjà pris une certaine ampleur bien avant l’effondrement des Tours Jumelles, notamment avec la polémique qu’avait suscitée la thèse de Samuel Huntington sur le conflit des civilisations. La boite de Pandore ouverte en Irak depuis l’intervention militaire américaine amène aujourd’hui cette question à son paroxysme. La chute de Saddam Hussein a donné naissance à une confrontation armée entre diverses milices qui toutes se réclament d’avoir comme mission la ré-instauration de l’Islam. L’Iran, régime islamique à obédience chiite, est aujourd’hui accusé de prosélytisme et d’ingérence en Irak ainsi que dans le reste de la région tout en étant au cœur d’une des principales crises balistiques contemporaines.

 

 Les pays du Maghreb traversent une véritable islamisation par le bas des sociétés qui peut se traduire par la montée en puissance de partis politiques religieux qui gagnent des points à chaque fois que le peuple exprime son opinion par le vote[1]. Comme le dit Kader Abderrahim, journaliste et chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques : «Si demain, des élections démocratiques sont organisées au sein de tous les pays arabes, les partis islamiques obtiennent le pouvoir[2]». En dehors de la voie démocratique, des groupes minoritaires, se réclamant le plus souvent d’Al-Qaida[3] tentent d’imposer par la force une autre interprétation de l’Islam, à savoir l’effondrement des états-nations pour la restauration d’un califat conforme aux lois de la charia. 

 

Dans le cadre d’un village global, l’Occident subit de plein fouet le retour de la religion dans ses débats contemporains. Cela s’explique par la forte influence des communautés musulmanes européennes, notamment en France et en Angleterre, mais aussi à travers les événements récents qui ont suscité tant de polémiques autour des caricatures de Mahomet. La fatwa iranienne lancée contre Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, en 1989 posait déjà de sérieuses questions sur le rapport entre Islam et liberté mais les menaces d’attentats envers des entreprises suédoises en raison d’une énième caricature du Prophète amène la communauté européenne à reconsidérer son modèle de liberté d’expression. «Le blasphème a été légalisé lors de la Révolution Française, fondatrice de notre identité. Critiquer la religion, n’importe quelle religion, est une liberté fondamentale reconnue par la loi», rappelle  Elizabeth Schemla[4], journaliste spécialiste du conflit israélo-palestinien. Difficile d’ailleurs de comprendre l’ampleur des protestations pour une affaire de dessins tendancieux alors que les massacres interconfessionnels en Irak ne suscitent que très peu de réactions. «Il est ardu de dire ce qui est le plus préoccupant : les meurtres barbares à caractère religieux perpétrés par des sunnites et des chiites en Irak, ou le silence assourdissant dans lequel ces massacres sont accueillis dans le monde musulman», note l’éditorialiste américain Thomas Friedman[5].

 

 Cette remarque ramène à la complexité inhérente à la religion musulmane. Au-delà du clivage chiisme – sunnisme, il existe de multiple interprétations du Coran qui s’expriment par la multitude de factions religieuses, qu’elle soit politique, sociale ou militaire. Cette diversité tourne parfois à la confrontation directe comme le montre l’exemple irakien aujourd’hui. Cela amène les théologiens à parler de la Fitna, la guerre au sein de la nation musulmane qui entraînerait l’effondrement de l’Oumma, la communauté des croyants. Hassan Nasrallah a lui même fait part de cette crainte au journaliste d’investigation Seymour Hersh dans la cadre d’un entretien[6].

 

Il subsiste malheureusement une vison commune à l’Islam dans sa vocation politique en dépit des divergences d’interprétation religieuse. Celle-ci réside dans la non reconnaissance d’Israël comme nation. L’état hébreux vu la proximité de ses frontières, ne peut pour le moment concevoir l’Islam comme un partenaire pour la paix. Il est menacé au nord par la milice chiite libanaise Hezbollah, et au sud par le mouvement sunnite Hamas. Mouvement qui n’a pas hésité à mettre de côté les clivages idéologiques afin d’obtenir le soutien logistique et financier d’un Téhéran chiite. Depuis l’avènement de la République Islamique d’Iran, un des premiers mots d’ordre du régime a été de «libérer Jérusalem du joug sioniste». La géopolitique islamique divise le monde en deux catégories, le Dar al-islam (domaine de l’Islam) et le Dar al-harb, domaine ou les lois islamiques ne sont pas appliqués. La Palestine, symbole des croisades et du mythe de Saladin, réside dans le domaine de l’Islam et il est encore inconcevable d’accepter la légitimité d’une autre nation.

  Cette vision ramène à une notion spécifique de l’Islam : l’Oumma Islamiyah, qui consiste à s’affranchir des frontières étatiques afin de regrouper tous les musulmans du monde dans un seul et même califat. Khomeyni était partisan de ce modèle d’une nation unique et voulait à tout prix exporter sa révolution au-delà des frontières iraniennes. Mais le Royaume Saoud, garant de la communauté sunnite et protecteur des lieux saints ne pouvait laisser un régime chiite prétendre redonner au Dar al-Islam son rayonnement originel. L’invasion des troupes soviétiques en Afghanistan offrit à Riad l’opportunité de reprendre le flambeau de l’islamisme contemporain et la guerre déclenchée par Saddam Hussein dans les années 80 fédéra l’ensemble des Etats sunnites contre le souffle déstabilisateur de Téhéran.

Ces éléments vont toutefois avoir un impact profond dans la région. En juin 1967, la défaite de trois armées arabes face à Israël avait pu mettre un coup final au nationalisme nassérien soutenu par l’Union Soviétique. Le cri révolutionnaire iranien de «Ni est, ni ouest, Révolution Islamique» proposera une alternative face à ce traumatisme. «On ne comprendra pas le fait que l’islamisme, dans ces différentes dynamiques, rafle la mise de la contestation sociale à partir des années 70», explique l’historien philosophe Mohammed Taleb. « Le mouvement arabe de libération nationale a abouti à un échec, cristallisé par 1967 lorsque l’armée israélienne occupe le reste de la Palestine qu’elle n’avait pas occupée en 48. Et ce fait là va être terrible dans la conscience»[7]. Aujourd’hui, pour la rue arabe et sunnite, le Hezbollah est la seule «armée» à avoir tenu tête à Tsahal, ce qui joue en faveur du retour de l’Islam comme option politique.

Pour Mahdi Jahandar, Imam et théologien chiite, la majorité des Partis religieux, sans le dire ouvertement, s’inspire du modèle théocratique iranien dans le sens où le régime des Mollahs reste toujours insoumis à la pression de Washington. «C’est le premier reproche lancé à l’Occident», affirme-t-il. «Les mouvements musulmans veulent faire tomber les dictatures qui les gouvernent et accusent l’occident de fermer les yeux sur la nature de ces régimes».

 

La mort de Khomeyni, le bilan d’une guerre de huit ans avec l’Irak ainsi que l’isolement international ont entraîné les Mollahs à faire un choix entre l’intérêt national et la préservation de leur idéologie. Vingt-sept  ans après la Révolution islamique, l’Iran présente une autre notion de l’Islam appuyée sur le nationalisme iranien et plus ancrée dans la tradition chiite à travers le mahdisme, l’attente de l’Imam occulté. Le chiisme possède un caractère messianique en considérant que le douzième imam reviendra sur terre lorsque le chaos régnera afin de mettre fin à la dictature des puissants. Ce retour est considéré comme la fin de l’Histoire et le triomphe de Dieu dans le destin des hommes. Le culte ardent que voue le président iranien actuel au Mahdi ne manque de défrayer la chronique. Nombreux observateurs estiment qu’Ahmadinejad ne craint pas la confrontation avec l’Occident car celle-ci ne ferait qu’accélérer le retour du Guide disparu.

 

Zeev Magen, spécialiste de l’Iran et de la culture perse à l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv, ne croit pourtant pas à cette vision apocalyptique de l’Iran. Il est vrai qu’Ahmadinejad est un mystique, mais il ne contrôle -et ne contrôlera- pas, le pays. Le système iranien est tel que le président reste le numéro 5 du régime, et ne possède pas l’accès aux décisions stratégiques. «Il n’y a aucun doute en revanche sur la volonté des dirigeants iraniens à détruire Israël, puisqu’ils ne reconnaissent pas sa légitimité», affirme Magen. Il cite en exemple une lettre écrite par l’Ayatollah Khamenei –l’actuel Guide suprême- à Hassan Nasrallah où il est dit qu’en Israël, les juifs ne respectent pas le shabbat, que les femmes portent des tenues provocantes et que par conséquent, une société comme celle-ci court à sa perte. «C’est intéressant car il est écrit la même chose dans le Coran», ajoute-t-il. Pour Mahdi Jahandar, il existe effectivement des références similaires envers le «Peuple élu» dans le livre saint musulman. «Il est dit que les juifs n’ont pu obtenir la terre promise car ils n’ont pas respecté leur promesse envers Dieu. Cet argument est toujours mis en avant pour délégitimer Israël».

  La République Islamique a toutefois bien évolué depuis sa création. A l’heure où les régimes arabes font face à une forte demande de leur population à plus de religion, les iraniens ont peut-être fait le bilan de l’Islam politique pour le dépasser. Comme l’explique la sociologue Azadeh Kian-Thiébaut, les femmes iraniennes rejettent le port du voile au mépris des lois islamiques en vigueur, alors que leurs consœurs marocaines, égyptiennes ou encore européennes se voilent[8]. Avant d’être religieuse, la Révolution était avant tout nationale. «Tout en gardant l’idiome islamique, la priorité iranienne d’aujourd’hui réside avant tout dans les intérêts nationaux. Ceux-ci peuvent correspondre aux intérêts occidentaux, voir même israélien», explique Mahdi Jahandar. «Seule l’identité nationale peut aider à la réconciliation avec l’état hébreux», conclut-il. En clair, c’est la primauté de la nation sur le religieux qui peut être un partenaire pour la paix. Hossein Derakhshan's, journaliste et blogger iranien, maintient que les iraniens n’oublient pas le rôle d’Israël dans la vente d’armes à Téhéran lors de l’affaire des Contras. «Ce qui est, bien sûr, en faveur d’Israël[9]».

Faut-il donc avoir peur de l’Islam ? Il est clair que l’instauration d’un califat universel au profit d’une seul Oumma religieuse ne peut correspondre à la réalité géopolitique occidentale. La primauté du religieux sur le politique reste un risque de déstabilisation. Cependant un Islam politique intégré dans la notion d’Etat et acceptant les règles du pragmatisme pour préserver l’intérêt national peut à l’inverse emmener à un «dialogue des civilisations». Termes employés par l’ancien président iranien, Mohammed Khatami, religieux et descendant du Prophète, qui alla même jusqu’à plaider pour la non ingérence de son pays sur le conflit israélo-palestinien. Pour le moment, l’heure n’est pas encore au dialogue. «Nous traversons actuellement une longue période de crise, peut-être même l’approche d’un autre conflit militaire» estime Mahdi Jahandar. «Mais cela reste une transition. Je pense que la prochaine étape sera la paix, du moins je l’espère[10]».

       


[1] Bien que très populaire, le Parti de la Justice et du Développement (PJD) au Maroc, a subi un léger revers électoral lors des dernières élections législatives en septembre 2007. Le parti obtiendrait entre 40 et 56 sièges alors qu’il avait prédit l’obtention de 80 sièges. Il faut aussi compter avec une abstention électorale historique, seulement 41 % de la population a voté. Voir : http://www.bladi.net/14374-revers-pjd-elections.html 
[2] Conférence donnée à l’IRIS, Institut de Relations Internationales et Stratégiques
[3] Comme Al-Qaida au Maghreb en Algérie
[4] Elizabeth Schemla, Pascal Boniface, Halte aux feux, Flammarion, p.169
[5] Thomas Friedman, «Qui fera un rêve pour l’Islam ?», The New York Times
[6] Seymour Hersh, «The Redirection», New Yorker, 26 février 2007
[7] « Zarkaoui et les stratégies de la terreur », Arte, Mardi 1er mars 2005
[8] Azadeh Kian-Thiébaut, La République Islamique d’Iran : De la maison du Guide à la raison d’état, Michalon, 2005, p.17
[10] Entretien de l’auteur avec Mahdi Jahandar

08.06.2007

L'Etat hébreu prêt à se retirer des hauteurs du Golan

Je mets en lien un article du Yediot Aharonot repris par Courrier International :

 

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7...

08.05.2007

A NewYorkTimes Review

medium_Sarkozy_20-_20189.jpgTout d’abord, un point de vue du NewYorkTimes sur le nouveau président français, avec vidéo montrant ses premiers pas dans la politique.

 

 

 

 

 

 

medium_olab1504_ap.jpgOn parle de négociations secrètes en Israël entre Mahmoud Abbas et Ehoud Olmert. Plus d’info sur Haaretz et sur le  NewYorkTimes.

  Enfin une analyse intéressante de Roger Cohen, éditorialiste au NewYorkTimes, sur les manifestations israéliennes demandant le départ d’Olmert.