09.05.2008

L'Iran, l'Irak et les élections américaines

598516343.jpgUne analyse que j’ai écrite pour le quotidien francophone de Montréal Le Devoir, en collaboration avec Sam Razavi, étudiant irano – canadien à la maîtrise de Sciences Politiques de l’UQAM à Montréal.

 

http://www.ledevoir.com/2008/05/02/187850.html

 

10.01.2008

Barak Obama Président?

88ac58c39d4ecb9b5b64a8fa3bcd3c6d.jpgIl est encore trop tôt pour prétendre que Barak Obama sera le prochain Président des Etats-Unis, surtout après sa défaite dans le New Hampshire. Cependant, rien n’est encore gagné, et sa victoire dans l’Iowa peut nous laisser imaginer les symboles forts qu’entraînerait l’investiture d’Obama à la présidence.

 

La plupart des commentateurs politiques sont au moins d’accord pour une chose : le prochain chef de l’Etat aura le formidable avantage de ne pas être George W. Bush. En votant en majorité pour Obama dans l’Iowa, les électeurs démocrates ont opté pour le changement, une « rupture » par rapport à ce qui a été fait précédemment. Barak Obama représente encore plus que cela. Il constitue un symbole très fort pour toute une génération.

 

Avant même la politique post11septembre, George W. Bush était déjà mal parti. Représentant le fils à papa WASP du Texas, fortune pétrolière et partisan de la peine de mort, l’image du cow-boy analphabète avait de quoi largement accentuer l’antiaméricanisme sévissant déjà un peu partout dans le monde. Ces éléments ajoutés aux nombreuses références religieuses dans ses discours offraient aux responsables de communication d’Al Qaïda un large créneau pour séduire les masses musulmanes.

 

Barak Obama est différent. Il n’est pas WASP, il n’est pas black, il est métisse, fils d’un père kenyan et d’une mère américaine (qui serait d’ailleurs d’ascendance Cherokee d’après ce que j’ai entendu). Il représente une Amérique que l’on aime, une Amérique multiculturelle et métissé où chacun peut avoir sa chance ; où un jeune ayant travaillé dans les bas fonds de Chicago peut arriver à tenir tête à une « bête politique » comme Hillary Clinton. Le Rocky de la politique. Un président à l’image des films qui ont bercé nôtre jeunesse dans les années 80. Il ne manquerait plus qu’un Arnold Schwarzenegger à la vice présidence et la réalité dépassera la fiction. Ben Laden ne tiendrait plus longtemps.

 

Bien sur, la réalité reste plus complexe et un Barak Obama président pourrait être un Barak Obama sacrifié au profit du prochain candidat. L’élection de Jimmy Carter en 1977, ancien Prix Nobel de la paix, constituait aussi une rupture par rapport à la Realpolitik de Nixon et Kissinger. Jimmy Carter voulait combattre le communisme à travers la promotion des droits de l’homme et des valeurs américaines. Cette politique s’est traduite par un soutiens beaucoup moindre envers les autocrates pro-américain du globe, dont notamment le dernier Shah d’Iran. La Révolution Islamique n’avait pas réellement rendu grâce à cette politique d’ouverture puisque l’une des premières actions des « Etudiants de l’Imam » fut d’occuper pendant 444 jours l’ambassade américaine pour finalement libérer les otages quelques jours avant la passation de pouvoir à Ronald Reagan, l’homme de la course aux armements et du programme anti-missiles Stars Wars, le tout avec un slogan explicite : « America is Back !». Bien que, vu des iraniens, cette action représentait une réponse adéquate face à l’insurrection montée par la CIA contre l’ancien Premier Mossadegh en 1953, le soutien de Khomeyni à cette prise d’otage fut sans doute une des premières grandes erreurs stratégiques de la République Islamique. D’autant plus que Medhi Barzagan, premier Président iranien postrévolutionnaire avait rencontré Zbigniew Brzezinski, conseiller américain à la sécurité nationale, le 1er novembre 1979 à Alger. 

 

Carter a été également élu par un désir de changement, suite au traumatisme de la guerre du Vietnam et  aux conséquences économiques engendrées par la crise pétrolière de 1973. Obama intervient dans un cadre similaire, même si la Guerre d’Irak demeure une réalité. La situation à Bagdad constitue d’ailleurs un lourd fardeau qui jouera de son influence au sein de la politique étrangère américaine et l’année 2008 débute avec la crise du logement et un baril de pétrole à 100$.

 La vision internationale de Barak Obama représente incontestablement une rupture. Le candidat prône le dialogue avec toutes les nations, amis comme ennemis, l’établissement de liens avec le monde musulman, le dialogue avec Téhéran et Damas pour gérer la crise irakienne, l’amélioration de l’aide étrangère pour combattre la pauvreté, le renforcement du Traité de Non Prolifération et la lutte contre le dérèglement climatique. “The United States needs a president willing to talk to all nations, friend and foe. Such openness will help reverse America’s perceived obstructionism”, a-t-il écrit dans Newsweek[1]. “To overcome the threat of Islamic extremism, the United States should replace it’s overalliance on the use of large-scale military force with targeted action against terrorist safe havens and an international program of intelligence and law-enforcement cooperation to break up terrorist networks. To counter prophet oh hate with message of hope, America should send its best and brightest abroad to build ties with the Islamic world. And the president must restore moral leadership by shutting down Guantanamo and renouncing torture without equivocation”. 

Barak Obama pourrait payer très lourdement la politique de son prédécesseur, mais son élection donnerait la possibilité de remettre en avant la force du SoftPower américain : une promotion des Etats-Unis à travers ses valeurs, son métissage et son efficacité. “My father crossed an ocean to seek the dream of America. As a boy, I played barefoot with children in Indonesia. As a young man, I work with the forgottten corners of America, where people struggled with violence and hopelessness. Whether I am at a G8 summit or in Africa, I will speak one with grandmother lives in a hut without indoor plumbing  in a Kenyan village devastated by HIV/AIDS”.

Honnètement si j’étais américain (et romantique aussi), je voterai Barak Obama.



[1] Barak Obama, « The need for a new face », Newsweek: issues 2008, p.40