04.02.2008
La perception des élections américaines au Moyen Orient
En allant remplir mes papiers administratifs, je rencontre Madhi Jahandar, un ami iranien dont j’ai cité plusieurs fois le nom dans ce blog et avec qui j’ai travaillé à l’IRIS. Déjà, c’était assez fou de voir à quel point le monde est petit, mais surtout ce fut une sacré aubaine pour moi de le croiser à Montréal alors que je travaille sur la perception des élections américaines au Moyen Orient. Résultat : tout le week end à boire du thé et du café et à faire le tour de la presse iranienne et arabe. Il n’y a pas encore beaucoup d’informations sur le sujet mais il y avait tout de même de quoi faire écrire.
Les élections américaines annoncent de nouvelles perspectives dans la politique étrangère de Washington, notamment au Moyen-Orient. Du moins, c’est ce qu’il est tenté de croire au regard de la diversité des candidats ainsi que dans leurs discours pro-changement par rapport à la politique précédente. Le prochain Président aura fort à faire pour redorer le blason américain, car à l’exception de l’Etat hébreu, les Etats-Unis sont très mal perçus dans la région. Le maintien des troupes en Irak en est une première raison, mais le soutien affiché à Israël lors des différentes crises au Liban et au sein des territoires palestiniens ont largement contribué à accentuer l’anti-américanisme qui sévissait déjà dans cette zone.
Les médias arabes et iraniens n’accordent pas encore de réel suivi sur les premiers résultats de ces élections. Cela s’explique surtout pour des raisons internes : les Palestiniens font face à une grave crise humanitaire. Les Libanais, sans Président depuis trois mois, se confrontent à plusieurs attentats ainsi qu’à de violentes manifestations. Les Irakiens ont déjà fort à faire au niveau de la sécurité et les Iraniens sont en pleine élection législative. Les pays du Golfe ont consacré quelques chroniques sur la tournée de Bush au Moyen-Orient ainsi que sur la fin de son mandat, mais très peu d’articles sur les nouveaux candidats à la présidence.
La presse israélienne, en revanche, suit de très près ces élections, notamment le quotidien de gauche Haaretz à travers son correspondant américain Schmuel Rosner. Le Jerusalem Post (situé à droite, plutôt libéral) couvre également cet événement, mettant en évidence sur son site des opinions assez variées.
A/ L’Iran et les pays arabes
D’après Pamela Chrabieh Badine, chercheuse invitée au centre d’étude islamo-chrétien à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, les libanais seraient plutôt « désintéressés qu’intéressés » à ces élections, et pour la partie « intéressée : plutôt fataliste n’espérant qu’un changement positif à court ou moyen terme ». « Les talk-shows politiques n'ont pas accordé à ce jour des émissions spéciales sur les élections présidentielles aux Etats-Unis et rares sont les articles de fond que l'on trouverait dans la presse », explique-t-elle. « Au vu de la crise actuelle, les libanais sont soit entraînés par la politique interne ; soit vaquent-ils à leurs occupations quotidiennes : assurer de quoi vivre en restant au pays ou en émigrant ».
Malgré l’absence de débat sur les élections , les candidats démocrates ; « symbole de la montée des minorités » comme le souligne l’agence de presse étudiante iranienne ISNA, suscitent l’intérêt. En particulier le sénateur de l’Illinois Barak Obama auquel les médias arabes n’omettent pas de préciser son deuxième prénom « Hussein ». Comme l’explique Madhi Jahandar, ancien directeur des relations publiques du réseau des mosquées de Téhéran, « la martyr d’Hussein à une portée symbolique très forte dans l’Islam chiite. Ce n’est pas un hasard si les journalistes orientaux y font référence ».
Ainsi Hossein Derakhshan, blogger irano-canadien et ancien journaliste réformateur à Téhéran écrit le 3 janvier 2008 : « Si Barak ‘Hussein’ Obama est élu à la Maison-Blanche , le monde pourra être tranquille pendant quatre ans. Ne possédant pas de liens étroits avec les lobbies, Obama se concentrera surtout sur la politique intérieure de son pays.
Hillary Clinton serait en revanche pire que Bush[1] ». De même, le chroniqueur arabe Jihad el-Khazen a écrit dans le journal panarabe publié à Londres Al-Hayat : « Beaucoup d’arabes soutiennent le candidat Barak ‘Hussein’ Obama à la présidence. J’avoue avoir moi même une préférence pour lui parce qu’il est noir. Mon expérience du congrès américain m’a montré que les représentants de la « cause noire » sympathisent plus facilement avec nous […] Toutefois, les arabes et les musulmans ne doivent pas se faire d’illusions. Comme tout bon politicien américain, Barak Obama se soucie d’abord de lui même avant le reste[2] ».
Jihad el-Khazen relate que le candidat démocrate a fait référence, comme Bush, aux « Etats voyous » et qu’il a déclaré être prêt à poursuivre les terroristes au sein des frontières pakistanaises avec ou sans l’accord du gouvernement. L’auteur remarque également le silence d’Obama lors des frappes israéliennes au Liban et sur Gaza. Il ajoute qu’au final « aucun candidat à la présidence ne pourrait formuler un soutien explicite envers la cause arabe, car cela représenterait un suicide politique. Le lobby israélien et les pro-guerres ne feraient que déstabiliser le candidat avec tous les moyens financiers et médiatiques nécessaires[3]».
Cette réflexion reflète ce qui ressort du forum de discussion proposé par le site d’Al-Jazeera en version anglaise. Le sujet proposé était « Quel impact peut avoir les élections américaines sur votre pays ?». Les commentaires provenant du Moyen-Orient présentent une tendance fatalise certifiant que rien ne changera avec le prochain Président Américain. Les Etats-Unis étaient un grand pays mais leur système est aujourd’hui régi par de puissants lobbies ainsi que des firmes corporatives.
Néanmoins, Hillary Clinton comme Barak Obama sont parfois cités car ils demeurent le meilleur choix face aux Républicains.
Ron Paul est le seul candidat Républicain qui ressort régulièrement sur les forums et blogs moyen-orientaux. Ce dernier, qui a réussit à amasser 4,3 millions de dollars en 24h par le seul biais de l’Internet, a de quoi séduire les « électeurs » de la région : retrait immédiat des troupes d’Irak, politique étrangère de non-intervention, et fin de toutes alliances avec les autres pays (et donc Israël)[4].
Malgré tout, Hillary Clinton et Barak Obama sont les candidats les plus cités à travers la presse et les sites Internet de la région. « Concernant Hillary Clinton, les gens se disent qu’une femme, ce ne serait pas mal pour une fois », souligne Pamela Chrabieh Badine. Elle ajoute que « Barak Obama reste le favori. Il est vu comme un jeune hautement qualifié et prometteur et aussi parce qu’il opte pour un retrait des troupes américaines de l’Irak. Du moins, c’est ce que j’entends personnellement dans mon environnement, social et académique ». Le sénateur de l’Illinois est le candidat le plus souvent cité lorsque les médias arabes évoquent les élections. Obama suscite l’intérêt et la curiosité par tous les nouveaux symboles qu’il incarne. Sa couleur de peau, son enfance, son métissage ainsi que sa famille.
B/ Israël
La religion d’Obama provoque aussi des interrogations. De nombreuses rumeurs lancées sur le Net affirment que Barak Obama est fils d’un musulman Kenyan, et qu’il a étudié dans une école coranique (Madrasa) lors de son enfance en Indonésie. Bien qu’aucune preuve ne soit parvenue jusqu’ici à authentifier cette affirmation, les questions ne manquent pas en Israël, en particulier sur les conséquences qu’apporterait un Barak Obama président.
Le quotidien israélien Maariv avait titré en première page de son journal « Inquiétude à Jérusalem sur la présidence d’Obama ». Le journal, tout en citant des « officiels israéliens », expliqua que le manque d’expérience en politique étrangère du candidat ajoutée à ses appels au dialogue avec l’Iran éveillaient l’inquiétude du gouvernement israélien. Les sources restèrent anonymes[5].
Quelques semaines après ces informations, l’ancien ambassadeur israélien à Washington, Danny Ayalon, a écris dans le Jerusalem Post « qu’il faut suivre la candidature d’Obama avec une certaine inquiétude ». Encore une fois, sa politique d’ouverture à l’égard de Téhéran est mise en avant. « Depuis le début de sa campagne, il dit qu’il serait prêt à rencontrer le Président de l’Iran, mais il reste encore trop d’obscurité sur ce qui va être dit dans cette rencontre. […] Obama n’a pas donné d’objectifs clairs sur les conditions et propositions qu’il va donner aux iraniens afin de démanteler leur programme nucléaire[6] ».
Ces déclarations n’ont pas manqué de provoquer diverses réactions au sein de la presse israélienne. Le correspondant de Haaret’z Schmuel Rosner s’interroge sur son blog sur les raisons qui ont poussé Danny Ayalon à écrire de tels propos : « Lorsqu’un ancien ambassadeur -d’autant plus un diplomate qui a quitté ses fonctions il y un an tout au plus-, se sent concerné par la candidature d’un politicien américain, cela ne peut passer inaperçu », a-t-il écrit. « Il serait fort compréhensible que la campagne d’Obama soit touchée par cet article[7] ».
L’ancien diplomate Alon Pinkas avait déjà écrit dans le Jérusalem Post -peu après les affirmations soutenues par le quotidien Maariv-, que la campagne menée sur Internet contre Barak Obama n’est rien de moins que de la désinformation. « Obama n’est pas mauvais pour Israël. […] Il n’a jamais dépassé une limite que les israéliens estimeraient incompatible avec ce qu’une politique moyen-orientale pro-israélienne devrait être[8] ».
Shmuel Rosner ajoute d’ailleurs que ce n’est pas un hasard, au regard de toutes les rumeurs, si le sénateur de l’Illinois a envoyé une lettre à Zalman Khalilzad, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU ou il est écrit : « Nous sommes tous inquiets des conséquences que peuvent entraîner le blocage israélien sur les familles palestiniennes. Toutefois, nous devons également comprendre pourquoi Israël est obligé de se défendre ». Tout comme ce n’est pas un hasard si Obama a été photographié au sein de différentes églises récemment[9].
Hillary Clinton ne provoque pas autant de réaction auprès des israéliens, et bénéficie déjà d’un fort lien affectif grâce à son mari, son statut de minorité n’est pas vraiment pris en compte. « Ce n’est pas une surprise pour nous. Nous avons déjà eu une femme Premier Ministre ici » exprime pour le Jerusalem Post Itzik Nir, citoyen israélien.
« Nous sommes très influencés par ce qu’il se passe aux Etats-Unis. Les gens ici estiment que c’est dans leurs propres intérêts de supporter Hillary » ajoute-t-il.
Pour le Jerusalem Post, être l’épouse de Bill Clinton représente un formidable avantage pour un pays qui le décrit régulièrement comme un ami proche, attaché à l’Etat hébreu par un lien émotionnel et non politique. Lorsque qu’il a quitté la présidence américaine en 2000, un sondage israélien a démontré qu’une grande majorité de la population était prête à le laisser diriger Israël s’ils avaient l’opportunité de voter pour lui. « J’apprécie Hillary Clinton car c’est la personne la plus proche après son mari » lance Robert Grosz, autre citoyen israélien.
D’après les personnes interrogées par Jerusalem post, les israéliens ne doutent pas vraiment du soutien étroit à Israël que donnera le prochain Président[10].
Les médias israéliens parlent moins des Républicains que des Démocrates. Toutefois, Rudy Guliani est considéré comme le plus pro-israélien et le plus proche de la communauté juive américaine. Le Journal Haaret’z a classé par ordre hiéarchique les candidats américains les plus en phase avec les intérêts israéliens. Guliani, ancien maire de New-York, ville qui regroupe la plus grande communauté juive après Israël, est classé premier avec comme commentaire : « L’ancien maire de New York a refusé une aide de 10 millions de dollars d’un prince saoudien après les commentaires de ce dernier sur le 11 septembre ».
John Mc Cain arrive à la deuxième place, en estimant que l’état hébreu à droit à toute la technologie nécessaire pour assurer sa défense. Hillary Clinton est quatrième et Barak Obama finit dernier juste derrière Mike Huckabee qui figure lui aussi comme un des grands inconnus des élections pour les israéliens[11].
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18.08.2007
A JustBeMe come back coffee time
Au sommaire :
Une interview d’Ismail Haniyeh sur Euronews
Le témoignage d’ancien prisonniers de Guantanamo Bay
Un éditorialiste du NewYorkTimes regrette d’avoir soutenu le Président Bush
Dans le New York Times, le politologue et éditorialiste Michael Ignatieff prend la plume pour se repentir. Devant la catastrophe irakienne, il regrette d'avoir soutenu le président Bush. Extraits :
"La catastrophe irakienne a définitivement décrédibilisé le jugement politique d'un président mais aussi de beaucoup d'autres personnes, moi inclus, qui, comme commentateurs, ont soutenu l'invasion. Nous étions nombreux à penser, comme me l'a dit un ami exilé irakien la nuit où la guerre a commencé, que c'était la seule chance pour les gens de sa génération de vivre libre dans leur pays. Que ce rêve semble lointain aujourd'hui."
"La décision à laquelle sont aujourd'hui confrontés les Etats-Unis illustre l'extrême difficulté du jugement politique. Rester ou partir : chaque option représente un coût énorme. Une chose est sûre : si les Etats-Unis restent, le coût sera supporté par les Américains, s'ils partent, il sera essentiellement supporté par les Irakiens. L'énoncé du problème montre en lui-même dans quel sens les responsables américains trancheront probablement la question."
"On peut dès lors se demander qui a le mieux anticipé le déroulement des événements sur la question irakienne. Or beaucoup de ceux qui avaient à juste titre prédit une catastrophe ne l'avaient pas fait en exerçant leur jugement mais en faisant appel à l'idéologie. Ils étaient contre l'invasion parce qu'ils pensaient que le président n'en voulait qu'au pétrole irakien ou parce qu'ils pensaient que, de toute façon, les Etats-Unis ont toujours tort."
"Ceux qui ont fait preuve d'un bon jugement ont correctement prédit les conséquences de l'invasion mais également correctement évalué les motifs qui guidaient celle-ci. Ces commentateurs n'avaient pas nécessairement plus d'informations que moi. Ils ont travaillé avec les mêmes renseignements tronqués et la même méconnaissance de l'antique division religieuse de l'Irak. Ils n'ont cependant pas pris leurs désirs pour la réalité. Ils n'ont pas supposé, comme l'a fait le président Bush, que, puisqu'ils croyaient en l'honnêteté de leurs motifs, tout le monde dans la région y croirait aussi. Ils n'ont pas cru qu'un Etat libre pouvait se construire sur les fondations de trente-cinq ans de terrorisme policier. Ils n'ont pas supposé que les Etats-Unis avaient le pouvoir de modeler l'évolution politique d'un pays lointain dont les Américains savaient peu de choses. Ils n'ont pas imaginé que, puisque les Etats-Unis avaient défendu les droits de l'homme en Bosnie et au Kosovo, ils allaient faire de même en Irak. Ils se sont épargné toutes ces erreurs."
"J'ai moi-même commis certaines de ces erreurs, plus quelques autres. La leçon que j'en ai tirée pour l'avenir, c'est de moins me laisser influencer par les passions de personnes que j'admire – les exilés irakiens, par exemple – et de moins me laisser dominer par mes émotions. Je me suis rendu dans le nord de l'Irak en 1992. J'ai vu ce que Saddam Hussein avait fait aux Kurdes. A partir de cet instant, j'ai pensé qu'il devait partir. Mes convictions avaient toute l'autorité de l'expérience personnelle. Mais pour cette même raison j'ai laissé les émotions me faire perdre de vue les questions difficiles, par exemple : les Kurdes, les sunnites et les chiites peuvent-ils ensemble vivre en paix dans un pays que Saddam Hussein tenait par la terreur ?"
"Pour avoir un bon jugement en politique, il faut se juger sévèrement soi-même. Le président n'a pas pris la peine de comprendre l'Irak, mais il n'a pas non plus pris la peine de se comprendre lui-même. Le sens des réalités qui aurait pu le sauver de la catastrophe aurait pu prendre la forme d'une sorte de sonnette d'alarme interne l'avertissant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Il est toutefois peu probable que le président ait jamais entendu de sonnette d'alarme interne. Il a eu une vie protégée et les sonnettes d'alarme ne tintent pas dans ce genre de vie."
21:10 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hamas, Haniyeh, Palestine, Guantanamo, Irak, War, Bush
08.06.2007
L'Etat hébreu prêt à se retirer des hauteurs du Golan
Je mets en lien un article du Yediot Aharonot repris par Courrier International :
http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7...
14:25 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Israël, Syrie, Paix, Golan
27.04.2007
Elections françaises: Une nouvelle donne internationale?
De quelle manière va évoluer la politique étrangère Française avec le prochain président(e) ? Pour certains idéologues américains (et je dis bien certain), une victoire de Sarkozy pourrait changer pas mal la donne concernant les relations transatlantiques. Voici un texte issue du Think Tanks très conservateur The Heritage Foundation qui analyse les conséquences d’une éventuelle victoire électorale du président de l’UMP.
October 31, 2006
Regime Change in Paris: How Nicolas Sarkozy Could Reinvigorate U.S.-French Relations
by Sally McNamara
WebMemo #1241
| According to the latest polls, by spring 2007 the president of France could well be Nicolas Sarkozy, the man who The Washington Post described as “not your everyday French politician.”[1] For a start, the current French Interior Minister and leader of the UMP conservative party is pro-American. He understands that the war on terrorism is the world’s fight and not one America should have to bear alone. He grasps the nature of the threat facing Continental Europe from Muslim extremism and favors fighting terrorism head-on and without apology. His worldview is not one that ends in the Michelin-starred restaurants of Paris. Further, he is vocally enthusiastic about the Anglo-Saxon economic model and keen to shake up the statist, government-centered French economy with a hefty dose of innovation and entrepreneurialism. So if Nicolas Sarkozy does become president next year, what exactly will it mean for U.S. interests? Sarkozy and U.S. Foreign Policy It looks increasingly likely that the ineffective Jacques Chirac will be forced to make way for his younger and more popular colleague to take his party’s presidential nomination in January 2007. Having openly flaunted his ambitions for some time, Mr. Sarkozy has used his many elected and appointed political offices to set out a powerful manifesto for the presidency. And for American strategic interests, it is a good one.As chief pretender to the throne, Sarkozy has recently taken it upon himself to conduct his own foreign policy while abroad, independent of the traditional Gaullist line. Chirac’s well-reported fury at Sarkozy’s pro-American rhetoric during a U.S. visit in September 2006 indicates just how far Sarkozy is willing to go to distance himself from what he sees as the ancien régime.[2] Chirac’s ire has risen following Sarkozy’s successful Washington visit, which was timed to mark the 5th anniversary of the 9/11 attacks. During this trip, Sarkozy was as honest about the fractured Franco-American relationship as he was unabashed in his pro-American remedy for the problem. His speech at the French Embassy was breathtaking by French standards: The crisis our two countries experienced in 2003 was probably the gravest since 1966, when American forces withdrew from French NATO bases…. You Americans were struck in the heart on September 11, 2001, and never understood our opposition to the intervention in Iraq. Some of you, to call a spade a spade, even felt it as a form of betrayal.[3]It is an open secret that Sarkozy was critical of Chirac’s vocal opposition to the Iraq War in 2003, an issue that dogs Franco-American relations to this day. In his September 2006 interview with Le Monde, Sarkozy said that this period marked a “crisis” for Franco-American relations and that “Americans felt that they were abandoned by a nation with which they had felt close historical ties and shared values.”[4] Chirac, in turn, described Sarkozy’s comments as “irresponsible” and “lamentable.”[5] Sarkozy’s stance on the Israeli-Lebanon war represented another break with French foreign policy. Sarkozy was not afraid to condemn Hezbollah as the aggressor and spoke up for Israel’s right “to defend herself.”[6] While urging that Israel should “maintain level headedness and restraint,” he refused to join the European Union (EU) chorus calling for a total ceasefire.[7] In fact, his policy was remarkably similar to that of the United States and marked Sarkozy as a sensible voice on the Middle East in Europe. Sarkozy’s efforts to combat disturbingly high levels of anti-Americanism in France have great significance for the overall war on terrorism.[8] One year after the start of Operation Iraqi Freedom, more than half of the French people believed that the U.S. motivation for the war on terror was to dominate the world.[9] Today, 76 percent of the French people believe that the war in Iraq and removal of Saddam Hussein has made the world a more dangerous place.[10] For his part, Sarkozy has publicly acknowledged that Paris could just have easily been the target of the 9/11 terrorists and is adamant that anti-Americanism is not “a French thing.” Sarkozy’s “new” foreign policy is sending a powerful message right to the heart of Europe. His warm relationship with German Chancellor Angela Merkel quashes any prospect of the sort of anti-American axis between Berlin, Rome, and Paris that left-wing Italian Prime Minister Roman Prodi might have hoped for. In all, the gulf growing between Chirac and his potential heir favors the United States. Ahead in the polls, Sarkozy may well be the next president of France. His victory would mean the chance for America to work more effectively with a medium-sized foreign power in ad hoc coalitions, such as in Afghanistan, and also that the U.S. would have a more genial partner within the EU and the United Nations Security Council. With huge foreign policy questions such as Iran and North Korea taking center stage, America will benefit from a more cooperative approach from the Élysée Palace. The White House should relish the prospect of a potential ally in Europe who rejects the rabid anti-Americanism that has become an integral part of modern French politics. Sarkozy and the European Union Despite Sarkozy’s warmth toward Washington, a Sarkozy administration would probably not shift French policy away from Brussels significantly or shy from supporting further European integration. Sarkozy is keen to breathe life into the European Constitution, despite the overwhelming “non” from French voters in 2005. In arguing for the European Constitution during the French referendum, Sarkozy said that he was the first 50-year-old in French history not required to go to war for his country and cited “one simple reason: Europe.”[11]The draft Constitution threatens to drive a stake through the heart of the transatlantic alliance that has secured peace in Europe since 1945. From top to bottom, the Constitution will establish Europe as a rival political force to the United States, with its own foreign minister, powers of taxation, and legal personality. In alliance with Chancellor Merkel, Sarkozy may seek to resurrect a Franco-German axis in support of “ever-closer union” in Europe, a political development that is in the interests of neither Europe nor the United States. Conclusion Nicolas Sarkozy represents the best hope for a French administration that would work more closely with the United States on the world stage. His rejection of the crude anti-Americanism that has dominated U.S.-French relations since the Iraq War is brave and refreshing and should win Sarkozy friends in Washington. Sarkozy has also demonstrated a tougher stance on the global war on terrorism than any of his leading competitors for the presidency. However, the United States should not expect an immediate sea change in French foreign policy if Sarkozy comes to power. He will face opposition from powerful vested interests in the French political establishment that will resist fundamental changes in Paris’s approach toward Washington. Sarkozy is also likely to stick to the trusted model of the Franco-German alliance and will push for more, not less, centralization of political power in Europe. His European policy aside, Nicolas Sarkozy will be a breath of fresh air on the international stage, but whether he has the drive, determination, and leadership ability to fundamentally transform the U.S.-French relationship remains to be seen. Sally McNamara is Senior Policy Analyst in European Affairs in the Margaret Thatcher Center for Freedom at The Heritage Foundation. Peter Cuthbertson assisted with research for this paper. [1] George Gedda, “Sarkozy Visits U.S. to Show Solidarity,” The Washington Post, September 12, 2006, at http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2006.... [2] Martin Arnold,“Chirac hits at Sarkozy over pro-US stance,” The Financial Times, September 18, 2006, at http://www.ft.com/cms/s/e59be13c-4737-11db-83df-0000779e2....[3] Interior Minister Nicolas Sarkozy, Embassy of France in the United States, September 12, 2006, at http://www.ambafrance-us.org/news/statmnts/2006/sarkozy_U....[4] “Nicolas Sarkozy: ‘J'aime l'énergie et la fluidité de l'Amérique,’” Le Monde, September 09, 2006, at http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-811330@....[5] Arnold, “Chirac hits at Sarkozy over pro-US stance.” [6] David Twersky, “France’s Next President?” The New York Sun, August 8, 2006, p. 8. [7] Ibid. [8] See Andrew Kohut et al., “No Global Warming Alarm in the U.S.,” The Pew Research Center for the People and the Press, June 13, 2006. [9] Andrew Kohut et al., “A Year After Iraq War,” The Pew Research Center for the People and the Press, March 16, 2004, p.19. [10] Kohut et al., “No Global Warming Alarm in the U.S.” [11] Jed Babbin, “Gilligan’s Ghost,” The American Spectator Online, April 25, 2005, at |
Je me demande souvent quelle aurait été la position de la France à l’égard de l’Irak en 2003 si Sarkozy avait été président (N’y voyez pas une position partisane car on peut mettre également sur la balance l’admiration de Mme Royal à « l’efficacité » de la justice chinoise). Je vous laisse avec la position des trois candidats publié dans Le Monde du 16 avril (Bayrou n’est plus vraiment d’actualité mais comme une alliance P.S-UDF peut voir le jour, sa position est non négligeable). Un iranien m’a expliqué que quoi qu’il arrive, la France ne pourra pas exercer une politique ferme face à Téhéran car les relations commerciales entre les deux pays sont beaucoup trop étroites.
Dix enjeux de politique étrangère
LE MONDE | 16.04.07 | 14h40 • Mis à jour le 16.04.07 | 14h40
LE NUCLÉAIRE IRANIEN
Si les Etats-Unis ou Israël décident à un moment donné que la seule façon d'empêcher l'Iran d'acquérir la bombe atomique est de procéder à des frappes militaires sur ses sites nucléaires, considérez-vous que la France devra s'opposer à ce scénario ? De quelle façon ?
François Bayrou : Alors que la société politique iranienne est de plus en plus divisée et que les provocations d'Ahmadinejad la marginalisent, une intervention militaire ressouderait instantanément la nation iranienne derrière son président et plongerait l'ensemble du Moyen-Orient dans le chaos. Il ne s'agit pas de "s'opposer" aux Etats-Unis, car je doute qu'ils solliciteraient dans cette hypothèse l'aval de la communauté internationale, il s'agit de les dissuader de s'engager dans une nouvelle impasse. Je fais confiance à la majorité du peuple américain, telle qu'elle s'est exprimée à l'automne 2006, pour faire échec aux tentations aventuristes.
Ségolène Royal : J'ai été la première, en France, à prendre une position très ferme sur le dossier iranien. Nous devons impérativement obtenir de l'Iran l'arrêt de l'enrichissement d'uranium et la reprise des inspections de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique). L'accès de l'Iran au nucléaire militaire déstabiliserait la région. Pour autant, je refuse toute initiative unilatérale. Les pressions sur l'Iran doivent s'exercer par l'intermédiaire de résolutions du Conseil de sécurité et l'action du groupe 5+1. L'Iran doit entendre la voix de la raison et comprendre qu'il ne pourra jouer dans cette région le rôle auquel la géographie et l'histoire lui permettent de prétendre que s'il respecte la légalité internationale.
Nicolas Sarkozy : Je suis convaincu qu'une solution diplomatique est possible si la communauté internationale reste ferme sur ses principes et dans ses demandes. Un nouveau conflit aurait des conséquences très graves pour la région. L'accès de l'Iran à l'arme nucléaire est inacceptable, mais le règlement de la crise avec l'Iran doit être recherché par la négociation et dans un cadre multilatéral. La France doit agir pour que la communauté internationale reste unie, comme elle l'a été en adoptant à l'unanimité les résolutions 1 737 et 1 747.
Etes-vous favorable, au cas où l'Iran continuerait à refuser de se conformer aux demandes de l'ONU et de l'AIEA, à ce que les grandes puissances mettent en place un embargo sur les ventes de produits pétroliers raffinés à l'Iran ? Accepteriez-vous l'idée de sanctions adoptées en dehors du cadre de l'ONU, sur la base d'une "coalition de pays volontaires" ?
F. B. : Il ne faut pas sous-estimer la dépendance de l'économie iranienne par rapport à l'Occident. La politique d'Ahmadinejad a échoué et c'est ce qui explique ses provocations répétées. Les principaux responsables de l'économie iranienne sont, pour cette raison, soucieux d'éviter des mesures de rétorsion américaines et européennes, dans le secteur financier autant que dans le secteur pétrolier. Je crois donc qu'il faut procéder à un examen précis de tous les instruments de pression économiques dont nous disposons. Le pire serait que la communauté internationale se divise sur une querelle théologique sur le droit d'ingérence. Nous devons être assez déterminés pour faire plier l'Iran et assez intelligents pour ne pas nous opposer frontalement à la Chine et à la Russie.
S. R. : Si l'Iran persiste à ne pas se conformer à ses obligations, nous devrons monter d'un cran dans les sanctions. Mais je n'accepte pas l'idée de "coalition de pays volontaires" qui a été utilisée par l'administration américaine lors de l'intervention en Irak, avec les résultats que l'on sait.
N. S. : Si l'Iran continue à ne pas respecter les résolutions du Conseil de sécurité, il faudra aller plus loin dans les sanctions pour faire comprendre au régime que nous n'acceptons pas le fait accompli d'un Iran nucléaire. Dans ce cas, nous rechercherons en priorité l'unité du Conseil de sécurité sur de nouvelles mesures. Rien n'est exclu, a priori , ce qui compte, c'est l'efficacité. S'agissant de sanctions en dehors du Conseil de sécurité, ce n'est pas un problème de principe. Mais il est, bien sûr, préférable d'avoir une résolution de l'ONU.
Seriez-vous d'accord pour que l'Iran soit autorisé à mener sur son territoire, et sous contrôle étroit de l'AIEA, des activités de recherche et développement dans le domaine de l'enrichissement d'uranium comme compromis éventuel pour sortir de l'impasse diplomatique ?
F. B. : Il serait à la fois illusoire et inéquitable d'interdire à l'Iran l'accès au nucléaire civil. Le traité de non-prolifération ne proscrit pas formellement les activités d'enrichissement, sous réserve qu'elles ne débouchent pas sur la fabrication d'armes nucléaires. Tout le problème est dans l'efficacité du contrôle, et les Iraniens ne nous ont pas habitués à beaucoup de bonne foi en ce domaine. Toute la question est donc de savoir ce que pourrait être un "contrôle étroit". Nous ne pouvons pas cautionner un simple habillage juridique de la marche iranienne au nucléaire militaire.
S. R. : La question est aujourd'hui que l'Iran arrête son processus d'enrichissement sans contrôle. C'est seulement ainsi que la confiance indispensable à la bonne application du traité de non-prolifération pourra revenir. Et je redis que la meilleure solution me paraît être la proposition faite par la Russie de fournir l'uranium enrichi à l'Iran, ce qui écarterait le risque de prolifération, tout en permettant à ce pays d'accéder à l'électricité d'origine nucléaire.
N. S. : Ce programme d'enrichissement iranien est dangereux car il n'a pas d'utilisation pacifique identifiable. Le Conseil de sécurité a donc exigé de l'Iran qu'il suspende y compris ce qu'il appelle ses "activités de recherche et développement". Téhéran doit coopérer sans réserve avec l'AIEA, pour faire toute la lumière sur des années d'activités clandestines. La communauté internationale a fait des propositions ambitieuses, en particulier la possibilité pour l'Iran de développer un programme nucléaire clairement civil. Mais pour cela, l'Iran doit démontrer ses intentions pacifiques.
CRISE AU DARFOUR
Etes-vous favorable à l'adoption de nouvelles sanctions contre le régime soudanais, si ce dernier continue de refuser le déploiement d'un contingent de casques bleus de l'ONU au Darfour, ainsi que le demande la résolution 1 706 du Conseil de sécurité ? Quelles sanctions exactement ?
F. B. : Les sanctions doivent être immédiates et couvrir l'exportation des produits pétroliers, le gel des avoirs financiers des dignitaires du régime et le lancement de nouvelles poursuites pénales aux plus hauts niveaux. Ces sanctions doivent avoir un double objectif : d'abord pousser Khartoum à accepter les résolutions du Conseil de sécurité votées depuis trois ans et en urgence l'application du cessez-le-feu et l'accès total, sans condition, à l'ensemble des populations civiles par les agences humanitaires. Ensuite, reconnaître l'échec de l'accord de paix du 5 mai et faire accepter au gouvernement soudanais une réouverture réelle de négociations politiques avec l'ensemble des groupes rebelles, notamment ceux qui n'ont pas signé l'accord d'Abuja (entre le gouvernement et une partie des factions, en mai 2006).
S. R. : Ce drame humain est totalement intolérable : 300 000 victimes, deux millions de déplacés. Personne ne pourra prétendre l'avoir ignoré. Et en face il y a une forme de mollesse diplomatique, que rien ne saurait excuser et certainement pas la présence de pétrole dans le sous-sol ! Il faut que la communauté internationale se mobilise plus énergiquement, et je souhaite que la France, au Conseil de sécurité, fasse des propositions, notamment de sanctions, si le Soudan continue à tergiverser.
Ces sanctions pourraient être le gel des avoirs ou l'embargo sur les exportations de pétrole soudanais. Il est indispensable qu'une force conjointe de l'Union africaine et des Nations unies se déploie rapidement. Je souhaite aussi qu'il y ait une dimension européenne à cette action : voilà un sujet sur lequel l'Europe pourrait exister sur le plan diplomatique en parlant d'une même voix.
N. S. : Au Darfour, je n'accepte pas que la mauvaise volonté du gouvernement soudanais à appliquer la résolution 1 706 et sa complaisance à l'égard des milices djandjawids nous transforment en témoins impuissants de l'horreur. Si je suis élu, je n'hésiterai pas à militer pour un durcissement décisif des sanctions contre tous les responsables de la prolongation du conflit. Des mesures immédiates s'imposent, comme le gel des avoirs ou le refus de délivrer des visas pour les individus impliqués dans les massacres. La France appliquera au besoin ces mesures avec ses partenaires européens ou à titre national.VENTES D'ARMES À LA CHINE
Etes-vous favorable à une levée de l'embargo européen sur les ventes d'armes à la Chine ?
F. B. : Je ne suis pas favorable à une levée sans contrepartie de l'embargo sur les armes en direction de la Chine. Cet embargo a été décidé à la suite du massacre de Tiananmen, c'est-à-dire au refus de toute libéralisation politique en Chine. Les économies française et chinoise prospèrent ensemble. Les échanges culturels nous enrichissent mutuellement. Qu'il s'agisse du Darfour, de Taïwan, de l'Iran, de la protection de la préservation des minorités et du respect des droits de la personne, nous sommes en droit d'attendre une forte inflexion de la politique chinoise avant d'envisager de normaliser la situation.
S. R. : La Chine a changé depuis 1989, date des événements de la place Tienanmen et de la décision d'embargo prise par l'Union européenne. Il reste toutefois beaucoup de progrès à faire dans le domaine de la démocratie et du respect des droits de l'homme. En outre, la Chine accroît fortement ses capacités militaires depuis quelques années, ce qui commence à inquiéter les pays de la région. Je pense donc que la levée de l'embargo est prématurée.
N. S. : La levée de l'embargo est une décision collective, qui doit être prise par l'ensemble des partenaires européens. La Chine est un partenaire de première importance pour la France et l'Europe. Nos relations se sont beaucoup développées au cours des dernières années, et c'est une très bonne chose. Mais l'embargo sur les armes a une signification bien particulière, liée notamment à la situation des droits de l'homme dans ce pays. Dans ce domaine, la Chine peut encore faire des progrès. C'est à l'aune de cette question que nous devons continuer de discuter avec nos partenaires chinois.
BOUCLIER ANTIMISSILE AMÉRICAIN
Etes-vous favorable à l'installation en Pologne et en République tchèque d'éléments du bouclier antimissile que veulent mettre en place les Etats-Unis ? Considérez-vous que ce projet a un sens, face au risque que l'Iran se dote à l'avenir de missiles pouvant atteindre le territoire européen ?
F. B. : Je suis favorable sur ce point à une attitude commune de tous les Européens. Nous devons penser cette question dans le cadre d'une refondation de la relation atlantique. Les Européens doivent disposer d'un instrument d'analyse des menaces, de prospective stratégique et de programmation de leurs moyens militaires communs. Rien ne serait pire que des décisions prises en ordre dispersé selon que les uns et les autres sont ou pas sensibles à la pression américaine. C'est le politique qui détermine le militaire et non l'inverse : commençons par discuter avec les Etats-Unis de notre conception de l'ordre international souhaitable et nous verrons alors dans quelle mesure nous pouvons partager leurs options militaires.
S. R. : La France est dotée de forces nucléaires qui garantissent en dernier ressort notre liberté. Je veillerai à ce que cet outil indispensable de notre indépendance politique et diplomatique garde en permanence sa crédibilité. Le projet américain de bouclier antimissile pose beaucoup de questions. Son efficacité reste hypothétique, sa crédibilité incertaine : les Européens seraient-ils protégés par un parapluie américain dont ils n'auraient pas la maîtrise ? Il faut que les Américains répondent à ces questions dans le cadre de l'OTAN. Il faut aussi que les Européens en discutent entre eux. Je crois surtout que nous devons relancer la politique européenne de défense.
N. S. : Je trouve quand même préoccupant de ne pas discuter ensemble, avec nos partenaires européens, du système de défense antimissile que les Etats-Unis sont en train de mettre en place. Je ne vois pas comment on peut dire que c'est simplement le problème de la République tchèque ou de la Pologne et que ce n'est pas du tout celui de l'Europe, sauf à renoncer à toute ambition d'une politique européenne de la défense.
L'EUROPE FACE À LA RUSSIE
Etes-vous favorable à l'entrée, un jour, de l'Ukraine et de la Géorgie dans l'OTAN ? Dans l'Union européenne ?
F. B. : Il ne peut y avoir de nouvelles adhésions tant que nous n'aurons pas redéfini précisément la vocation de l'Union et redessiné son architecture institutionnelle. Ensuite, nous devrons tenir compte de la volonté de ces pays, comme des liens qu'ils entretiennent avec la Russie.
S. R. : Inviter un pays dans l'OTAN, c'est élargir une alliance de défense et étendre une garantie de sécurité. C'est un engagement qui ne se prend pas à la légère. Il suppose bien sûr des valeurs communes et des garanties sur sa pérennité comme sur sa crédibilité. Il faut aussi que l'adhésion contribue à la sécurité et à la stabilité du continent européen. Au regard de ces critères, les candidatures actuelles posent encore beaucoup de questions.
S'agissant d'une éventuelle entrée dans l'Union européenne, non seulement ces deux pays ne remplissent pas les critères d'adhésion, mais il est nécessaire de faire une pause dans le processus d'élargissement.
N. S. : Avec l'Ukraine et la Géorgie, je souhaite que nous progressions d'abord dans la voie du partenariat privilégié avec l'Union qui permettra à ces pays de prendre part au grand marché et de participer à certaines politiques européennes, par exemple dans le domaine commercial ou en matière d'éducation et de recherche. Concernant l'OTAN, je souhaite que le rapprochement amorcé avec l'Ukraine et la Géorgie se poursuive. Le "dialogue intensifié" peut être un premier pas vers une éventuelle intégration. Mais l'adhésion doit aussi refléter la volonté des pays concernés et de leurs citoyens.
Seriez-vous prêt à accélérer le projet de gazoduc Nabucco qui vise à permettre à l'Europe de réduire sa dépendance aux approvisionnements en gaz russe, en ouvrant une voie d'acheminement des hydrocarbures d'Asie centrale qui éviterait le territoire russe ?
F. B. : Tout ce qui contribue à réduire la dépendance de l'Europe en matière d'approvisionnement énergétique doit être encouragé. Ce type de projet ne doit pas être perçu comme l'expression politique d'une hostilité à la Russie mais comme un instrument bienvenu de diversification économique.
S. R. : L'Union européenne aura besoin à l'horizon 2025 de 250 à 300 milliards de mètres cubes par an de gaz supplémentaires, par rapport aux 500 milliards consommés actuellement. Dans ce contexte, il est normal que les Etats membres cherchent à équilibrer leurs sources d'approvisionnement. C'est une question d'indépendance énergétique.
N. S. : Oui, car ce gazoduc est un projet d'infrastructure énergétique particulièrement important pour l'Union européenne ; c'est également un outil pour développer la coopération avec notre voisin turc ainsi qu'avec les pays producteurs de gaz, en particulier de la Caspienne. La question n'est pas de réduire notre dépendance vis-à-vis de tel ou tel pays en particulier, il s'agit d'organiser un approvisionnement stable et diversifié sur le long terme pour les besoins énergétiques de l'Europe. Le développement d'une véritable politique européenne de l'énergie est un des principaux défis pour les prochaines années ; le projet Nabucco s'inscrit bien dans cet objectif.
Etes-vous favorable à l'augmentation des capitaux russes dans la société EADS, où ils sont présents actuellement à hauteur de 5 % ?
F. B. : Non, j'y suis hostile, compte tenu de la contribution d'EADS à l'équipement militaire de la France. Plus généralement, je crois que les Européens doivent être beaucoup plus vigilants qu'ils ne le sont en matière de contrôle des offres publiques d'achat. Je n'admets pas que nos industries puissent être achetées par des firmes qui elles-mêmes, selon des modalités d'ordre juridique ou culturel, ne sont pas achetables.
S. R. : EADS peut tirer profit de coopérations avec les grands groupes russes spécialisés dans l'aéronautique et la défense. Je ne souhaite pas, en revanche, qu'on aille vers une intégration financière. L'autonomie de décision d'EADS doit être préservée.
N. S. : Non, pour une raison très simple : EADS est une entreprise stratégique, liée aux impératifs de la défense française et européenne. Une augmentation de la participation de l'Etat russe au capital d'EADS - ou d'actionnaires qui en dépendraient en réalité - pourrait, surtout si elle devait tendre vers une minorité de blocage, remettre en cause notre indépendance et notre souveraineté nationale.
Article paru dans l'édition du 17.04.07
11:20 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Royal, éléctions Françaises, Iran, Bayrou
31.03.2007
A JustBeMe CoffeeTime spécial "Otages Britanniques"
Rien ne vas plus, 15 otages britanniques ont été enlevés. On parle de guerre, on parle de paix. On veut calmer le jeu, mais on se la joue musclé. Que pense la presse de toute cette affaire ?
Du côté britannique, les journaux appellent plutôt le Foreign Office de Londres à garder l’option diplomatique. «Ce n’est pas le moment de brandir des menaces hasardeuses ou exagérées» déclare le quotidien Times du vendredi 30 mars. Cette crise «ne doit pas être utilisée comme un appel aux armes par des personnes qui auraient d'autres vues (c'est-à-dire les partisans d'une attaque armée contre l'Iran)», écrit Ali Ansari, directeur de l'Institut de recherche sur l'Iran, à l'université de Saint Andrews.
Les journalistes anglais, sont en grande majorité derrière les efforts de Londres pour obtenir la libération des quinze marins, mais n'oublient pas de préciser ce qu'ils jugent être les causes de cet enlèvement. Ali Ansari, dans le Times, rappelle le rôle d'allié que joue la Grande-Bretagne aux côtés des Etats-Unis et conclue : «La Grande-Bretagne est, bien sûr, une cible idéale» pour l'Iran.
Le Guardian, quotidien fermement opposé à la guerre en Irak depuis le début de l'intervention a en revanche des propos assez amers sur la politique étrangère britannique . Ronan Bennett, évoquant la diffusion d'images montrant les otages, titre vendredi 30 mars "Un outrage de façade". Il rappelle que l'une des otages, Faye Turney, a peut-être été forcée de porter le voile islamique, mais que ses ravisseurs ne l'ont pas obligée à se vêtir d'une combinaison orange, comme les détenus de Guantanamo. «On ne leur a pas attaché des électrodes aux parties génitales. Ils n'ont pas été attaqués par des chiens», poursuit l'éditorialiste, en une référence aux tortures perpétrées dans la prison irakienne d'Abou Ghraib.
En revanche, le site Internet du tabloïd Daily Mail recueille des commentaires plutôt agressive envers la république islamique. L'un des visiteurs affirme : «Si notre frégate s'était opposée à l'attaque des navires iraniens, il n'y aurait eu aucun problème. » Un autre écrit de Chicago (Etats-Unis) : «Une majorité d'entre vous en Europe critique les Etats-Unis pour leur politique agressive envers les terroristes. Vous noterez que l'Iran a choisi d'enlever des Britanniques et non des Américains. Je pense que vous comprenez pourquoi. Vous devez vous défendre, ou alors commencez à parler français comme votre voisin européen.»[1]
Du côté iranien, les bloggers se révèlent très critiques concernant les actions menées par leur gouvernement qui va selon eux ne faire qu’isoler encore plus la république islamique sur la scène internationale. «Cet incident va encore provoquer des gros titres négatif sur l’Iran», affirme Mr. Behi. «Je ne comprend rien à l’administration iranienne, qu’es ce qu’ils essayent de faire avec ces soldats ! J’espère sincèrement que cela ne provoquera pas une stupide réaction militaire». Il ajoute, que ce fleuve, le Chatt –Al-Arab situé entre l’Irak, l’Iran et le Koweït, constitue depuis longtemps une dispute territoriale[2]. C’était l’argument utilisé par Saddam Hussein dans les années 80 pour déclarer la guerre à Téhéran.
Une américaine qui vit à Téhéran avec son mari depuis quelques années a exprimé de vives critiques face à la position du gouvernement iranien dans cette affaire. «Aujourd’hui, je suis convaincu à 100% que les marins britanniques ne se trouvaient pas dans les eaux iraniennes. Je le dis car c’est la première fois que je vois l’occident, et particulièrement la Grande Bretagne montrer des preuves aussi rapidement et avec autant de détails. Habituellement, dans ce type d’affaire, personne ne montre de preuves»[3].
Pour Bernard Hourcade chercheur sur l’Iran au CNRS, il n’y a pas de réelle stratégie au niveau interne de la part du gouvernement. La plupart des iraniens sont en vacances en raison des fêtes religieuses célébrant la nouvelle année iranienne. «Pour ceux qui en Iran, sont hostile à une stratégie pacifique et à une négociation avec la communauté internationale, c’est un moyen de gagner du temps», explique-t-il. «Pendant que les otages sont pris, Tony Blair ne peut pas discuter avec les iraniens, et c’est donc du temps de gagné pour les gens qui travaillent à l’enrichissement de l’uranium.[4]». Des similitudes sont à faire avec la prise d’otage de l’ambassade américaine en 1979, puisque une éventuelle coopération entre le nouveau régime iranien et le gouvernement américain, fut brutalement mis de côté par l’œuvre d’une minorité à travers l’action effectuée contre les officiels américains à Téhéran. Là encore, en 2007, c’est une partie au sein du gouvernement qui pousse l’Iran à un point de non-retour.
La presse américaine d’ailleurs n’hésite pas à faire la connotation avec cette ancienne prise d’otage en nommant l’actuelle crise : «L’affaire des otages britanniques». Washington développe une attitude contradictoire car en dépit de déclaration très discrètes sur le sujet, les manœuvres militaires dans le Golfe persique n’ont jamais été aussi élevées depuis 2003.
Le Blogger irano-canadien Hossein s’est contenté de mettre les commentaires de visiteurs sur le site web de la BBC, qui se montrent en majorité critiques envers la politique étrangère britannique[5].
Enfin, concernant la presse israélienne. Le blog du Jérusalem Post diffuse les opinions de divers éditorialistes sur l’attitude «conciliante» du gouvernement britannique face à l’action de Téhéran. Les avis divergent mais ce qui ressort est l’influence très forte qu’exerce la couverture des médias par rapport à la communication de Londres:
Question #28
Are you surprised by the relatively low-key reaction to Iran's kidnapping of the British soldiers? How do you see this crisis unfolding? David Horovitz: The British plainly preferred to hope that they'd be able to sort this out quietly, behind-the-scenes. The British media and the families evidently felt the same.There was none of the Israeli-style media blitz at the homes of the relatives, no personal dramas and tears played out on the nightly news or in the daily papers.
But the assumption, or at least the hope, that common decency would quickly prevail, and that the 15 would be swiftly freed, has crashed headlong into the cynical ruthlessness of the Iranian regime.
It's a bitter lesson for the British about the some of the norms in our neighborhood. We'll see how this episode plays out, but plainly this Iranian leadership is on a determined collision course with the free world and its values, and the sooner the free world internalizes the extent of the threat, the better.
Editor's Notes: No happy ending
Calev Ben-David: The initial low-key reaction was not surprising, because this is how the UK reacted after a similar incident in 2004 when eight British sailors were taken prisoner by Iran, and only released after "confessing" that they had trespassed into Iranian waters.
What actually is surprising now are the growing signs this time that Prime Minister Tony Blair will take a tougher stance toward Teheran in the current crisis.
The releasing of evidence showing the sailors were in Iraqi waters when captured, the freezing of UK-Iran ties, and the hint by Blair of more aggressive actions if the sailors are not released soon, already push the current situation several layers beyond what happened three years ago.
The likely reason is that London correctly perceives that the Iranians are holding the sailors hostage as a tactic in its conflict with the international community over its nuclear program, and possibly as a bargaining chip for its intelligence agents arrested earlier on in Iraq.
More surprising - or not - is the way some of the international media have been covering this crisis. It's incredible that only on Wednesday did the International Herald-Tribune finally put the story on page one.
Several media outlets seem intent on downplaying this story, because perhaps because they are uncomfortable focusing on the increasingly extreme actions of Ahmadinijad's regime, as it doesn't jibe with an editorial outlook that rejects wholesale whatever policies the Blair and Bush administrations are taking in response to the threat of Islamic extremism in the region.
This is THE story right now in the region, certainly far more important than some of the recent maneuverings in the Israeli-Arab peace process.
Snap Judgment My day in court
Pour finir, le régime islamique vient de déclarer que les otages risques d’êtres jugés si jamais au cas où des preuves démontreront leurs culpabilités. Pour en savoir plus :
http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1173879219228&...
[1] http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-890147,0.html
[2] http://mrbehi.blogs.com/
[3] http://viewfromiran.blogspot.com/
[4]http://www.lemonde.fr/web/panorama/0,11-0,32-890135,0.html
[5] http://hoder.com/weblog/
[6] http://blogcentral.jpost.com/view.php?cat_id=4&blog_id=61&blog_post_id=990
14:50 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Iran, Grande bretagne, otages britanniques, Irak
21.03.2007
A MissWorldwide moment
Ben oui, cela ne peut pas être un « JustBeMe moment», vu que c’est MissWorldwide (http://missworldwide.blogspot.com/) elle même qui m’a envoyé ces deux articles.
Le premier est assez étonnant puisque d’après le Jerusalem Post[1], Jacques Chirac aurait affirmé, lors du dernier conflit libanais, soutenir les forces de défenses israéliennes si jamais celles-ci lançaient un assaut contre la Syrie. La radio de Tsahal a affirmé que le Président français délivra ce message envers Israël à travers un canal crypté. L’article n’a pas manqué de susciter des commentaires, notamment sur le fait que ce sont toujours les mêmes qui font le sale boulot.
Eytan Gilboa, chercheur associé pour le Begin-Sadat Center for Strategic Studies à Tel-Aviv, m’avait expliqué qu’Israël était habitué à ce genre de tâche. Après tout, c’est bien l’aviation israélienne qui avait détruite l’ancienne centrale irakienne de Saddam Hussein OSIRAK, centrale nucléaire mise au point grâce à la technologie française. Il avait ajouté que Tsahal risque de remédier à ce genre d’opération avec la crise iranienne.Sinon, le deuxième article fait grand débat en Israël, puisque Bradley Burdson, chroniqueur pour le quotidien Haaretz propose de réformer les paroles de la «Hatikva», l’hymne national israélien afin que la population arabe-israélienne puisse s’y identifier.
La chronique a été publié le 18 mars, nous sommes le 21 mars et à ce jour il y a eu 370 commentaires. Si vous voulez y participer : http://www.haaretz.com/hasen/spages/838984.html
[1]http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1173879109084&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull
16:30 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


