23.03.2007
Next stop to Teheran
Ca y est, j’ai obtenu mon visa iranien. Comme je dois m’y rendre avant juin, il va falloir que j’organise très rapidement mon voyage. J’avais dis que ma prochaine destination serait le Liban, mais au vu de mes derniers rebondissements financiers, je passerai d’abord par Téhéran.
J’en ai profité pour écrire à Hossein Derakhshan, le blogger iranien qui s’est rendu plusieurs fois en Israël afin de savoir si je ne risquai pas de problème par rapport à mon voyage précédent.
Voici sa réponse :
“Hey Julien,
It's wonderful that you're going to Iran. :) I wish more people are as
couragous as you are.
But if you have the Israeli stampin your French passport, chances are
they won't let you in Iran. Talk to Iranian embassy about it.
With mehr »
Au regard du respect que j’ai pour le travail de Hossein, je suis très flatté par ce email. En revanche je me vois très mal parler d’un tampon israélien à l’ambassade d’Iran (« Salut c’est John Mc Clane, je reviens d’Israël et je veux me rendre à Téhéran. Comment on fait ? »)
De toute façon, j’ai déjà obtenu le visa, ce n’est donc plus un problème.
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11.03.2007
Beyrouth4Life
Avec tous mes petits soucis, j’ai oublié de raconter mon séjour en Belgique pour le Festival du Film d’Amour de Mons. Il y a quelques années, j’ai travaillé au sein de cet événement dans le cadre d’un stage universitaire et mon boulot consistait en l’organisation, la coordination et l’encadrement d’une rencontre internationale réunissant une trentaine de jeunes, professionnels ou passionnés de cinéma, provenant d’Europe et d’Afrique du Nord.
L’expérience fut non seulement très enrichissante, mais la «Rencontre» était on ne peut plus passionnante puisque pour une semaine, nos meilleurs amis sont issus du Maroc, de la Bulgarie, de la Tunisie, d’Allemagne, du Burkina Faso, de la Roumanie, d’Espagne, d’Italie et j’en passe. Bref, un vrai groupe United Colored of Benneton. Le stage ayant bien fonctionné, je suis invité chaque année à participer à cet événement. Je ne cache pas que pour cette fois, j’avais la tête bien ailleurs, mais une bonne dose de film d’amour ne pouvait me faire que du bien, même si pour beaucoup de cinéastes européens torturés l’amour est représenté par des scènes de sexes bien crues.
Comme à chaque fois, ce programme culturel réunit une jeunesse hétéroclite allant d’Amsterdam à Casablanca. Sauf que depuis un an il y a du neuf, car la direction du Festival a élargit le cercle de cette Rencontre en incluant le Liban. J’ai pu ainsi faire connaissance avec Siska et Alain D., tous deux étudiants à l’école de Cinéma de Beyrouth. Le premier est fan de rap, le second se tourne plutôt vers le métal progressif et se présente comme un grand fan de DreamTheater.
Siska exerce sa passion du hip-hop à travers l’écriture, le graffiti et la danse. Il possède son propre «crew» à Beyrouth, et collabore régulièrement avec d’autres mouvements dans la région comme Ramallah Underground, un groupe de rap palestinien. Le crew libanais se veut comme un exemple de tolérance car il regroupe des tendances confessionnelles diverses comme chrétiens, musulmans, maronites, chiites, druzes ou sunnites. «La règle d’or, c’est de ne pas parler de politique car on veut apporter un message alternatif au Liban», raconte Siska. «Même ici en Belgique, dès que je parle de mon pays, les gens me demandent si je suis chrétien ou musulman. C’est dommage, être libanais ne s’arrête pas qu’à la religion».
Il ajoute que son groupe commence à connaître un certain succès auprès du public libanais. Il avait même organisé un concert ainsi qu’un spectacle de danse et de graff la veille de son arrivée en Belgique, mais il n’omet pas de préciser que «quand tu fais du hip-hop underground dans un pays considéré comme sous développé, il faut un peu de temps avant de percer». Apparemment, des producteurs libano-américains seraient intéressé pour un premier album et un rendez-vous à Paris a été organisé à cet effet.
Comme chaque année, le rythme festivalier se révèle particulièrement intense et je passe la plupart du temps à parler cinéma et musique avec les libanais. La politique n’est pas vraiment un sujet tabou mais au regard des tensions actuelles, certains domaines restent assez délicats à aborder. Il est d’ailleurs interdit au sein de l’école de cinéma de Beyrouth d’afficher ses tendances politiques sous peine de renvoi.
Siska et Alain D ne savent comment va se terminer la crise libanaise actuelle ; si elle va finir par s’étouffer ou bien faire revivre les horreurs passés avec une nouvelle guerre civile. Ils appréhendent beaucoup la date du 14 février, qui ne correspond pas à une série de déclaration d’amour consumériste, mais plutôt à l’attentat perpétué en 2005 contre Rafic Hariri, symbole politique anti-syrien dont la mort entraîna des manifestations assez fortes pour exiger le retrait des troupes de Damas. Depuis lors, des mouvements populaires sont organisés chaque année, mais les prochains se dérouleront dans un climat de crise face aux partisans du Hezbollah ainsi que de son allié chrétien Michel Aoun.
Les revendications politiques et religieuses du Hezbollah ne bénéficient pas d’un soutien sans faille auprès de tous les libanais, en particulier ceux comme Alain et Siska qui ont grandi dans une tradition chrétienne et laïque. Cela n’enlève rien en revanche au charisme de Hassan Nasrallah qui jouit d’une importante popularité au Liban, en particulier depuis les bombardements israéliens de juillet dernier, effet complètement inverse à la stratégie voulue par Tel-Aviv. «Quand il parle, tout est calculé au millimètre près», raconte Siska. «La voix, le discours, le décor, la mèche de cheveu. On adhère pas à ses idées mais on était quasiment tous derrière lui en juillet dernier». Il ajoute qu’il passait un examen oral lors des premiers bombardements et que celui avait dû être reporté. «C’est comme ça le Liban !», exprime t’il.
Attentats divers, crise politique, guerre civile, bombardements étrangers. Je reste admiratif devant l’attitude posé, souriante et ouverte d’esprit des deux libanais, surtout lorsque j’entends : «J’aimerai un jour être libre de pouvoir me rendre à Tel-Aviv». Moi qui pleure pour des soucis d’argents et des repas trop salés…
Le 13 février au matin, un double attentat à la bombe a visé deux minibus de transport sur une route de montagne dans la région à majorité chrétienne du Metn, au nord-est de Beyrouth. Les explosions ont fait trois morts et 18 blessés. Ayant veillé un petit peu tard, le groupe et moi même n’étions pas debout assez tôt pour suivre les informations. Les libanais apprirent cette nouvelle lors d’une conférence avec un réalisateur français, Jean Marboeuf, qui avait un peu de mal à accepter les critiques sur son dernier film (pour l’info, celui-ci partait d’une bonne idée, l’utilisation de la caméra subjective, mais il lui manquait l’efficacité et la provocation d’un Smack my bitch up du groupe techno Prodigy, summum du vidéo-clip pour ma part).
Je ne pourrai pas dire si il y a avait une volonté inconsciente de blesser ou bien simplement un manque de recul qui explique l’absence de tact et de finesse dont Jean Marboeuf à fait preuve en balançant l’information à Siska : «Ah tu viens de Beyrouth ? Tiens il y a eu un attentat ce matin, c’était horrible, plein de mort.. Enfin bref pour revenir à mon film.. ». Une attaque visant un bus de civil, cela ne peut que rappeler le détonateur de la première guerre civile plongeant Beyrouth dans le chaos[1]. Pour Alain D. on peut distinguer trois suspects potentiels dans cette attaque : les iraniens à travers leurs influence sur le Hezbollah, les groupes chrétiens pro-israéliens qui pourraient être soutenu de façon logistique par Tel-Aviv, ou bien les syriens. «Beaucoup de journalistes mettent en avant l’influence syrienne omniprésente au Liban, mais aujourd’hui c’est des petits rigolo, Damas suit surtout les directives de Téhéran, Bachar Assad ne possède plus le même pouvoir qu’à l’époque».
Les manifestations du 14 février se sont déroulées sans trop de débordements. Pour penser à autre chose, Siska nous a offert un petit freestyle en arabe lors d’une soirée Drum and Bass organisé par Namto, un habitué du festival. J’ai plutôt bien sympathisé avec les libanais, et apparemment, je suis le bienvenu à Beyrouth. Je dois déjà rejoindre un ami pour le tournage d’un de ses courts-métrages alors si j’intègre en plus le mouvement hip-hop de Beyrouth, je pourrai sûrement écrire quelque chose sortant des clichés habituels qui caractérisent le pays du cèdre. Ca me motive bien tous ça, il me reste plus qu’à préparer le voyage.
[1] le 13 avril 1975. Le matin, lors de l'inauguration d'une église dans la banlieue ouest de Beyrouth, des tirs provenant d'une voiture envoyée par le SSNP (Parti Social Nationaliste Syrien) tue le garde du corps de Pierre Gemayel pour venger la mort et la torture dans les prisons infligés par ce dernier aux prisonniers du SSNP. L'après-midi, les mitrailleurs phalangistes attaquent un bus passant dans la même rue, et tuent 27 travailleurs palestiniens
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21.01.2007
"Good Bye Israël"
Mon périple en Israël s’arrête ici. J’avais dis qu’à mon arrivée, j’étais presque déçu de ne pas être questionné sur les raisons de ma présence en «terre promise». Ben pour le retour, j’ai eu droit à plein de surprises : Deux heures d’entretiens musclés et un chauffeur de taxi qui m’explique les similitudes entre le judaïsme et la spiritualité du Yoga (il a d’ailleurs réussi à me faire acheter un livre).
Il y a beaucoup de chose que j’aurais aimé faire en Israël. Je devais notamment me rendre à Ramallah pour voir Yoel Schemla, mais ce dernier était incapable de m’expliquer ou était situé sa base. Je me voyais mal entrer en plein territoire Palestinien et faire : «Salut les mecs, je cherche une base militaire israélienne, vous pouvez me renseigner ? Comment ça je ne peux plus ressortir…». Je voulais également me rendre au Golan, ce territoire stratégique qui alimente tant de tensions entre Damas et Jérusalem, mais là aussi, je fus pris par le temps.
Dans l’avion, j’ai repensé aux propos d’un israélien qui s’était rendu à Auschwitz dans le cadre d’un travail de mémoire. Un groupe de polonais alcoolique qui n’était pas loin avait crié que «les allemands auraient du finir le travail». L’israélien a mis un mois à s’en remettre. Il m’a dit qu’aujourd’hui «ça ne pourra plus nous arriver, car on a un état, une armée et les moyens de se défendre».
Ma prochaine étape sera le Liban. Si tout va bien, je serai à Beyrouth fin février, début mars. Ca me permettra d’obtenir une autre vision du Moyen Orient, de comprendre les différentes crises et mutations qui traversent cette région. La situation actuelle à l’air de se dégrader de plus en plus, mais si il y a un pays où il est difficile de prévoir l’avenir, c’est bien celui-là.
Pour le moment, je suis en France. J’ai allumé la télé et je suis tombé sur un énième débat avec Ségolène Royale, j’ai changé de chaîne et je suis tombé sur un énième débat avec Nicolas Sarkozy, alors j’ai éteint. J’ai voulu me détendre avec la presse locale, mais le premier article m’expliquait qu’en mettant trop de sel dans mes plats, j’allais mourir. Le deuxième article étayait le portrait d’Annie F., une étudiante «génération C.P.E».
Apparemment, elle a gâché sa vie car à 24 ans, après six ans d’études, elle n’a toujours pas trouvé de boulot. Je me dis qu’il faut pas s’étonner si les jeunes ont peur de la précarité. Si déjà à 24 ans, on est un raté parce qu’on a pas de boulot, comment peut on vouloir prendre des risques ? Changer de travail ? Monter sa boite ?
Je reviens à peine d’un pays où les jeunes risquent tous les jours d’exploser dans un bus, et j’angoisse déjà sur le chômage et les repas trop salés. C’est peut être cela l’exception culturelle française.
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12.01.2007
Passage à l'université
Je dois retrouver Dan E. (le français que j’ai connu à Eilat) ce matin à l’Université hébraïque de Jérusalem. Le réveil fut des plus difficiles car j’ai travaillé très tard la veille, mais la radio du taxi passe un remix de Tupac Shakur et Elton John intitulé «Ghetto Gospel». On reste loin de la spiritualité, mais pour moi, entendre 2pac et Elton John chanter un hymne baptiste à Jérusalem, ça le fait. La journée commence plutôt bien.
L’Université hébraïque a été créée en 1925, bien avant la proclamation de l’état d’Israël, sur la volonté d’intellectuels européens engagés comme Sigmund Freud ou Albert Einstein. «C’était également une manière d’imposer la souveraineté d’Israël à une Palestine qui était alors sous mandat britannique» m’explique au téléphone Stéphane Amar, correspondant à Jérusalem pour Arte, RTBF ou encore TSR, et qui a réalisé plusieurs reportages sur le campus. L’Université va véritablement se développer à partir de 1967, après la guerre des six jours, lorsqu’ Israël parvient à réunifier Jérusalem. Aujourd’hui, c’est la meilleure université du pays. «C’est un pôle d’excellence» raconte Stéphane Amar. «Tous les juges de la cour suprême d’Israël sont issus de la même faculté de droit et au niveau scientifique, on peut voir des professeurs millionnaires grâce aux royalties qu’ils touchent sur leurs brevets d’inventions».
Sur le campus, je fais la connaissance d’étudiants palestiniens : Youssef, Wassin et Chadi, mais aussi de David, Dan, Emmanuel et Johana, des étudiants français qui ont fait leur aliya. Ils sont en première année d’hébreu et possèdent tous les mêmes droits, mais chacun à sa propre raison d’être ici. La réputation de l’université et le symbole de Jérusalem ont joué dans le choix des français, mais d’autres facteurs sont à prendre en compte. «On se sentait plus vraiment bien en France» lance Dan Benmoyn. «C’est paradoxal, mais on est venu ici pour la sécurité». Tout le monde acquiescent, «En France, je ne me sentais pas libre, ici je peux pratiquer ma religion sans problèmes», précise David Dbibaes.
Bien sur, pour les palestiniens, les choix sont différents : «On veut travailler en Israël plus tard, c’est pour ça qu’on est ici» m’affirme Chadi. «Il faut bien apprendre la langue de l’ennemi, mais ça ne le note pas» ajoute-t-il . Cette petite boutade traduit l’absence de dialogue instaurée entre les groupes. Chacun reste dans sa communauté et les classes sont séparées, mais cela reste positif pour David. «Il n’y a pas de mauvaises ambiances, pas de bagarres, pas d’insultes, c’est déjà porteur d’espoir». Emmanuel Aben-Zour est d’accord. Il travaille dans un café avec des arabes sur le campus, et «tout se passe très bien».
Pour Stéphane Amar, le nombre considérable d’étudiants palestiniens fait la force de l’université car il n’y a aucune ségrégation au niveau des admissions. «Les étudiants sont admis à travers leurs dossiers scolaires et non à travers leurs origines». Ce symbole fut toutefois brisé en 2002, en pleine deuxième intifada, avec l’explosion d’une bombe dans la cafétéria du campus. Aujourd’hui, près du drame se trouve un arbre penché –Tilted Tree- en souvenir des victimes : On Wednesday July 31, 2002, at 13h32, a bomb exploded in the cafetaria at this site. In this act of terrorism, nine hebrew university students and staff were killed. More than eighty were wounded. The very foundation of the university were shaken. Dan Morin, 2003.
Avant de partir, je ne peux m’empêcher de poser quelques questions sur l’avenir du pays, notamment sur l’idée émise par les intellectuels arabes, d’un système binational où chaque communauté s’occuperai de sa propre éducation. «Ce serait une bonne chose, mais bon l’essentiel pour nous, c’est la paix», me répond Chadi. «Ca nous ramène au débat central d’Israël. Faut il mettre en avant un état juif ou un état démocratique ? » explique David. «Mais si demain, je dois choisir, si vraiment je suis obligé, je prendrai l’état juif».
Et pour une paix avec la Syrie ? «Je n’y crois pas vraiment, et puis on ne peut pas leur donner le Golan. Déjà cela fait partie de nos terre, et puis c’est un lieu stratégique», précise David. «Sans le Golan, comment protéger le nord ? Il ne faut pas oublier qu’Israël est entouré d’ennemis».
Stéphane Amar ajoute que la paix avec les pays limitrophes reste «une paix sur le papier». Dans ce cadre, l’Université hébraïque de Jérusalem est un pôle plutôt tourné vers l’occident et l’Asie qu’un pôle régional.
En revenant sur Jérusalem, Nasser, le chauffeur du taxi, me dit que la France est un pays formidable et tolérant. Je lui demande si il est palestinien car ce n’est pas le discours typique d’un israélien. Il me répond par l’affirmative et ajoute que ce qu’il aimerait, c’est «chacun son état et la paix pour tous». J’ai l’impression que tout le monde veut la paix ici. Ils ne doivent pas lui faire confiance.
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11.01.2007
Jérusalem
Il y a quelque chose de prenant à Jérusalem. Ce n’est pas le côté religieux, mais plutôt les marques et cicatrices laissées à travers son histoire. N’ayant pas de plan à mon arrivée, je me suis perdu du côté des hôtels de luxe dans la partie moderne de la ville, ce qui n’a pas manqué de jouer sur un jugement hâtif (Genre : «Ha bravo la spiritualité les mecs !). Cependant, une fois dans la vieille ville, la passion de Jérusalem prend tout son sens. C’est vrai, les communautés vivent ensemble. Les chrétiens orthodoxes et les musulmans au nord, les arméniens et les juifs au sud, mais il ne faut pas rêver, ils se côtoient, se parlent parfois, mais ne se fréquentent pas.
Malgré tout, on assiste à des scènes sympathiques, ce rabbin qui faisait ses courses dans la partie arabe de la ville, ou ce petit vieillard portant le keffieh jordanien marcher côte à côte d’un groupe de prêtres orthodoxes, ou encore, et c’est ce qui est le plus ironique vu la situation, voir les vendeurs arabes proposer des T shirts «Free Palestine» à côté de T shirts glorifiant Tsahal. Les affaires sont les affaires après tout.
Mais le plus beau, ce qui donne à Jérusalem toute sa splendeur, c’est de se retrouver devant le mur des lamentations au coucher du soleil et entendre l’appel du Muezzin résonner de l’esplanade des mosquées. C’est ce que j’appelle un moment JustBeMe.
Je devais justement me rendre au mur pour y glisser quelques mots (exercice assez particulier, car ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’écrire à Dieu). Je traverse le portail de sécurité où on me demande si je parle arabe et une fois devant le mur, un «gang de rabbins» me saute dessus pour me proposer fils rouges et Tefillins. Je les arrête tout de suite en expliquant que je ne suis pas vraiment juif, vu que ma mère ne l’est pas et ils me répondent en chœur : «Ha d’accord ! Dans ce cas, va au mur faire une prière pour ton père». J’avais envie de leur demander si les autres membres de ma famille pouvaient aller se faire voir, mais étant sur un lieu sacré, j’ai préféré me taire.
Un petit peu vexé par cet épisode, je décide de me changer les idées en consultant des livres sur le pays et malheureusement pour moi, je tombe sur «Why Jewish must marry Jewish». Un livre qui explique que même dans nôtre époque moderne, les enfants issus d’un mariage mixte risquent d’être instables et de ne pas réussir leur vie. Je commence à en avoir marre et je rentre à l’hôtel. Le lendemain, des jeunes palestiniens me prendront pour un agent du mossad. En fait, je ne crois pas pouvoir m’intégrer à Jérusalem.
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08.01.2007
Les juifs, les arabes et la peur de l'autre
Eilat n’est pas ce qu’on peut appeler une ville représentative de l’état hébreu. Station balnéaire au bord de la mer rouge, population majoritaire de touristes dont beaucoup de français. Eilat, c’est un peu Juan les Pins à la sauce Las Vegas au Moyen Orient. Les hôtels sont gigantesques et les terrasses de café abondent. En revanche, trois pays aux frontières distinctes entourent la ville : la Jordanie à gauche, l’Egypte à droite et entre les deux l’Arabie Saoudite. On reste loin de Las Vegas.
Le mariage –au bord de la mer- fut magnifique et la soirée qui suivit également impressionnante. Par contre, je ne suis pas des plus à l’aise dans ce type d’événement. Danser et chanter en tapant des mains n’est pas dans mes habitudes et je remarque qu’à chaque fois qu’on doit dîner, je suis placé à la table des petits. Ils ont entre 17 et 20 ans, sont tous en place, et moi je suis déprimé. Pour éviter d’accompagner la dépression à coup de vodka redbull, je décide de m’ouvrir un peu et de faire connaissance, ce qui m’a permis de rencontrer Dan.
Dan E. est un jeune français qui a fait son aliya (c’est à dire s’installer en tant que juif en Israël) il y a environ un an et demi. Il étudie aujourd’hui l’hébreu à l’université de Jérusalem et veux devenir médecin, ce qui n’est pas chose facile vu la rigueur dans la sélection. On se met d’accord pour dire qu’Eilat n’est pas vraiment le top au niveau spirituel et on en arrive à parler de Jérusalem. «C’est très pesant et en même temps très beau là-bas car les trois grandes religions sont présentes» affirme t’il. « Il y a les juifs, les arabes musulmans et les chrétiens au sein de mon université et même si on ne peut pas renier les tensions, on est tous uni à travers Jérusalem». Il m’en faut pas plus pour qu’on s’échange les numéros afin de prendre rendez vous et de voir cette « unité » de plus près.
Le lendemain, en demandant mon chemin, je fais connaissance de Ehab, un arabe israélien. Sa mère est italienne et son père palestinien, mais il précise que « tout ça, c’est une très longue histoire». On partage le même point de vue sur Eilat, et il ajoute que même si je vais apprécier Tel Aviv, je vais adorer Jérusalem. «Tout a un symbole la bas, et il ne faut pas croire ce qu’on dit, les juifs et les arabes vivent ensemble, meme dans la veille ville». Je reste stupéfait par les propos de Ehab, comme ceux de Dan, tant ils sont éloignés de la haine et la violence qui connotent ce pays.
Pourtant en me renseignant un peu, tout n’est pas rose à Jérusalem. Depuis la série d’attentats meurtriers lors de la deuxième intifada en 2000, le quartier arabe à l’est de la ville est littéralement encerclé par les militaires, et mieux vaut pas s’amuser à forcer les barrages avec les soldats de Tsahal, tout comme il ne faut pas trop traîner dans la vieille ville le soir. Enfin bon, je verrai bien.
Dernier jour à Eilat. Je dis au revoir à ma famille et à ma grand mère, ce qui me touche beaucoup, (je me suis très attaché à son caractère finalement). Ayant quelques heures devant moi avant de reprendre un bus pour Tel Aviv, je profite de la superbe vue que donne ma chambre d’hôtel sur la mer rouge en écoutant «Something between us» des Dafts Punk. Le tout accompagné d’un bon café. Je me dis qu’en dépit du côté touristique, l’expérience à Eilat fut enrichissante.
Avant de monter dans le car je remarque un jeune homme très stressé qui enchaîne les cigarettes et qui boit beaucoup d’eau. Il a le regard fuyant, n’arrête pas de bouger la tête, observe les gens autours de lui. Dans le bus, il n’y a que des militaires armés de M16, des cibles légitimes et stratégiques pour les kamikazes. Je sais aussi qu’on a pas fouillé mon sac, qu’il y a eu trois morts palestiniens à Ramallah lors d’une opération de Tsahal et que au plus loin remonte un attentat, au plus près est le suivant. Ca fait des mois qu’il n’y a pas eu d’attentat en Israël et il m’en faut pas plus pour imaginer cette personne crier «Allah akbar» dans le bus avant de rejoindre 70 vierges au paradis. Résultat : cinq heures d’angoisses en plein désert du Néguev (paysages fabuleux et bibliques cela dit en passant), mais il n’y a pas eu d’explosion. Peut être qu’il était angoissé car c’était le seul arabe dans un bus rempli de militaires israéliens ; peut être qu’il était nerveux car je n’arrêtais pas de le regarder ; peut être qu’il était préoccupé par des histoires personnelles qui n’ont rien à voir avec Israël, la Palestine, les Kamikazes, les militaires ; peut être que c’est simplement un stressé de nature. Ca doit être aussi ça l’insécurité parfois : la peur des autres. Demain, j’irai à Jérusalem en taxi. Rien à cirer.
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05.01.2007
Prendre le bus en Israel
Comme j’avais flâné un petit peu à Tel-Aviv la journée et qu’il fallait que je sois à Eilat (situé de l’autre côté du pays) le lendemain pour la seconde partie du mariage, je devais prendre un bus de nuit. La station centrale étant située au neuvième étage d’un centre commercial, et ayant quelques heures devant moi, j’en profite pour m’offrir un petit Mcdonald. Je remarque que la personne devant moi, habillé en civil style « Célio » et qui commande le menu numéro 4, tiens un M-16 dans sa main. Autours de moi, des tas de jeunes recrus de Tsahal attendent le bus, prêtes a rejoindre leurs bases.
On recueille beaucoup d’informations en attendant dans un aéroport, toutefois il n’y a rien de mieux que de prendre le pouls d’une société à travers l’utilisation des transports en communs. Prendre un autocar en Israël, c’est un peu comme prendre l’avion. On fouille nos affaires, on nous fouille, on passe à travers un portail électronique, et des militaires vérifient le bus. Malgré ces mesures de sécurités, on reste relativement calme. D’une part on connaît la situation géopolitique et stratégique de l’état hébreu, mais on sait qu'aujourd'hui les risques d’attentats sont une réalité pour tous. C’est arrivé à Madrid, à Londres à New York, mais également à Casablanca, à Riad, à Bali, à Amman. Dans un village global où les frontières sont abolies, on vit et on est touché par ce qui se passe chez le voisin. Israël, c’est un peu une vision sombre mais symptomatique de notre avenir. L’armée est omniprésente, la sécurité tout autant, mais l’économie tourne, les gens consomment, travaillent et vivent. L’être humain s’adapte à toute situation après tout.
Même avec la plus grande ouverture d’esprit, le thème d’Israël comme «terre des juifs» doit susciter un nombre considérable de clichés et d’images sur la population de ce pays. Moi même je mentirai si je disais ne pas avoir été étonné, voir impressionné, face au Melting-pot, à la mixité présente tant chez les civils que chez les militaires. Black, blanc, latino, hindou, maghrébin, asiatique : on se croirait à New York sauf que tout est écrit en hébreu. En dépit des tensions communautaires (car il y en a ici aussi), la défense du pays et l’unité religieuse propose une sorte de « rêve américain » réussi. Le Jerusalem Post de cette semaine est révélateur de ce mélange puisque selon lui, sur les 21000 immigrants arrivés en 2006, 7300 viennent de la Russie, 1450 d’Amérique du Sud, 3600 d’Ethiopie et 20 juifs de la tribu des Bnei Menaché sont venus d’Inde cette année[1].
Enfin après cette réflexion, (et après avoir bu un café bien dégueulasse) je dois monter dans le car. Il est minuit et j’arriverai à Eilat à 5h du matin. Tous ceux qui ont déjà pris un bus la nuit savent comme on dort bien. Je risque d’être très frais pour le mariage.
[1][1]Jerusalem Post Edition française, n°823, du 2 au 8 janvier 2007
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02.01.2007
Abou Mazen, la mafia et la Syrie
Bon je ne vais pas mentir, j’ai eu quelques frayeurs le premier jour. Le problème est je rencontrais que des français. Normal, vous me direz, je suis la pour un mariage tout comme les amis français et la famille française de ma cousine. Mais c’était plus fort que moi, je ne voulais pas être au Moyen Orient pour être enfermé dans un cocon. Ce serait comme aller flamber sur son pouvoir d’achat avec des franco-tunisiens l’été à Sousse : on ne voyage pas vraiment.
Cependant ma crainte n’était qu’un leurre. En rentrant de ma soirée du nouvel an, Yoav Aharon, le chauffeur de taxi yéménite se lâche un peu. Pour lui le mur de sécurité ne changera rien à la situation, «il y aura une très grosse guerre à moment ou un autre», précise t’il. Rien de bien étonnant lorsqu’on sait qu’Israël à connu dix guerre en moins de soixante ans. «Nous on veut que la paix avec les palestiniens, qu’ils reprennent leurs territoires et qu’ils nous laissent tranquille, c’est un peu comme quand tu te sépare de ta femme tu vois, tu veux qu’elle prenne tes sous et qu’elle te lâche». En parlant du problème que suscite le hamas, je lui demande ce qu’il pense de Mahmoud Abbas, représentant du camp adverse le Fatah, et président de l’Autorité Palestinienne. «C’est quelqu’un de bien. On a rien contre Abou Mazen, le soucis est qu’il ne gouverne pas le parlement, c’est le Hamas !» Mahmoud Abbas a good guy ? je savais qu’il était plus considéré qu’Arafat, mais je n’aurait pas imaginé ce terme. J’ai posé la questions à d’autre israéliens qui m’ont également répondu en ce sens.
Le lendemain, je suis à la première soirée du mariage où selon la coutume tunisienne, les deux époux passent de l’henné sur leurs mains. Comme ma grand-mère commençait à me traiter d’alcoolo parce que je buvais du champagne au lieu de danser et taper des mains comme tout le monde. Je suis allé prendre l’air pour parler avec le responsable de la sécurité. Chrétien originaire d’Ouzbékistan, ce dernier me raconte que son pays est devenu une grande anarchie où la corruption et les attentats kamikazes sont légions en raison d’un président trop vieillissant. Arrivée en Israël en 2001, il a l’air d’être plutôt bien intégré ici. "Il y a toujours du boulot en Israël", m'affirme-t-il. Je me la raconte grave en lui disant que je connais des mafieux au Kazakhstan. Il rétorque qu’il y a beaucoup de mafieux en Israël aussi. D’après lui on en distingue trois type : les russes, les israélites et les arabes israélien. Il précise que c’est la troisième catégorie qui fournissent les explosifs aux kamikazes palestiniens et il ajoute que les parlementaires arabes de la Knesset qui ont des liens avec cette mafia ont exercé leurs influences pour stopper ce trafic et pour éviter un trop gros scandale.
Je me souviens d’avoir vu un citoyen israélien aider un kamikaze dans le film Palestinien «Paradise Now» de Hany Abu-Assad. Cependant il n’y avait aucune information sur l’origine de cet intermédiaire. Le thème est intéressant car il évoque le lien entre terrorisme à obédience idéologique et groupe strictement criminel. J’en ai un peu parlé autour de moi, mais il n’y avait aucun débat sur cette relation Mafia-Knesset. Il est clair que cette source ne peut être 100% fiable mais je sais aussi que l’agent de sécurité Ouzbek n’a pas voulu me donner son nom et prénom. Il m’a demandé le nom du blog, je n’ai pas osé lui dire « JustBeMe », il m’a donné son adresse mail, je lui enverrai ça plus tard.
Je retourne au mariage et c’est l’heure de dîner, je parle avec mes voisins que je ne connais pas et je découvre que l’un deux est un soldat de Tsahal qui termine son engagement dans un mois. En quasiment trois ans de service, Yoel Schemla a connu de près ce qui fait l’actualité brûlante de ces derniers mois, il a combattu au Liban en juillet et reste encore perplexe quant aux ordres de ses supérieurs «on rentrait au Liban, puis on ressortait, des soldats meurent, on revient en arrière, on y retourne, on reperd des soldats alors on revient. On aurait du y aller une fois pour toute» lance-t-il. Mais pour Yoel, le plus dur a été le retrait des colonies de Goush Katif «Sur le coup, tu ne comprends pas ce qui se passe. Lui, il est juif comme moi et je dois le faire partir de chez lui. Mais on devait obéir aux ordres, c’est tout». Il me sort une info assez brûlante sur un éventuel conflit. D’après lui l’Iran ne représente pas une grande menace car ses supérieurs préparent les jeunes recrus à un conflit frontal avec la Syrie. Pas un conflit asymétrique comme on pu voir avec le Hezbollah, mais bien une guerre conventionnelle. Il me laisse son numéro. «Viens à Ramallah dans ma base si tu veux, il y a toujours des journalistes qui nous prennent en photo» me propose t’il. «Mais tu ne verras pas grand chose, à part des arabes», a-t-il ajouté.
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01.01.2007
Happy New Year Tel Aviv!!
Pas grand chose à dire, excepté qu'on est en Israel et qu'on fait la fête sans penser à ceux qui aimeraient s'envoyer en l'air. D'après certains, les mesures prises sous Sharon, avec notamment la barrière de sécurité, ont radicalement changé la fréquence des attentats.
En tout cas, les israéliens dansent non stop, et les shots de vodka partent dans tous les sens. Super son électro avec alcool plus raffinée que les bouteilles Kazakhs à 200 Tengue: Tel Aviv est dans la place!!
10:05 Publié dans Carnet de voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
31.12.2006
Israël..
Après un vol super agité (Turbulence tout le voyage + bébé qui pleure), me voici à Tel Aviv. Dès la sortie de l’avion, on m’arrête pour répondre à quelques questions mais très honnêtement, je m’attendais à ce que ce soit plus éreintant. La vue de mon nom sur le passeport déclenche un petit sourire et on félicite ma cousine pour son mariage. Même chose pour la douane, je demande de ne pas avoir de tampon israélien et je n’ai droit à aucune question, j’en ai presque été déçu. Je récupère mes bagages, il est 3heures du matin heure locale, et il y a autant de monde qu’à Châtelet les Halles un mercredi après midi. Comme j’ai trois heures à rien faire, je décide de me prendre un milk shake vanille grande taille.
On recueille beaucoup d’informations sur un pays dans un aéroport. A peine âgé de 60 ans, l’état hébreu présente une véritable richesse culturelle et historique au niveau humain, je remarque les fellaghas, les juifs éthiopiens devenus célèbres avec le film « Va, vis et deviens », mais aussi les yéménites, les afghans, les indiens, les perses, les séfarades, les ashkénazes, les arabes israéliens qui ont fait le choix de rester ici en 48. Chacun à sa propre histoire. On distingue aussi assez facilement les religieux des urbains «metrosexuels».
Le milk shake vanille est délicieux mais il est déjà 6h et je dois déposer mes bagages à l’aéroport. Le chauffeur de taxi ne parle pas anglais, je ne parle pas hébreux. Il me lâche dans une rue en me certifiant que c’est la bonne, ce qui s’avère faux. J’ai du appeler ma cousine et l’équipe de SFR en a profité pour organiser une soirée humanitaire pro-Puff Daddy à Miami. J’arrive à l’Hôtel et ma grand mère qui partage la même chambre que moi me sort qu’elle était morte d’inquiétude, qu’elle n’a pas dormi de la nuit, qu’elle est seule que tout le monde l’a abandonné, et de toute façon ils peuvent tous crever puisqu’elle se débrouille toute seule. Je lui répond gentiment que je dois dormir un peu avant de parler de tout ça. « Oui je sais, elle t’a gonflé ta grand mère, allez salut ».
Elle claque la porte et je m’endors devant CNN annonçant les prémices d’une guerre civile irakienne avec la pendaison de Saddam. Quelques heures après je croiserais des jeunes de 20 ans avec un M16 autour de la taille «Welcome home son».
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