09.05.2008

L'Iran, l'Irak et les élections américaines

598516343.jpgUne analyse que j’ai écrite pour le quotidien francophone de Montréal Le Devoir, en collaboration avec Sam Razavi, étudiant irano – canadien à la maîtrise de Sciences Politiques de l’UQAM à Montréal.

 

http://www.ledevoir.com/2008/05/02/187850.html

 

28.04.2008

Idéologie ou pragmatisme?

1664971744.JPGWhaou! Le résumé de mon mémoire de Master a été publié dans la Revue Internationale et Stratégique de l'IRIS.

Voici le résumé:

La stratégie politique iranienne a voulu se présenter comme une rupture politique, à vocation panislamique. Portée par l'Ayatollah Khomeyni, cette philosophie politique vît ses effets escomptés avec le retour de politiques plus modérées. Sa mort confronta la République islamique à un choix : Hachémi Rasfandjani, remettra l'Iran dans le jeu international en conciliant pragmatisme et valeurs idéologiques. En 2005, M. Ahmadinejad arrive au pouvoir. Ses déclarations sur l'État hébreu, et sa position sur le nucléaire, amènent à se demander si l'Iran ne revient pas à une politique d'exportation de la révolution. Il est important de placer ces éléments dans le contexte historique de la République islamique afin de mieux cerner si la politique étrangère de l'Iran reprend une tournure idéologique ou reste sur une voie pragmatique.

- Pour lire l'article en entier -

28.03.2008

"We are peace"

1486415735.jpgPartir à New York le week-end de Pâques n’est pas l’une des meilleures idées qui soit. Déjà tout le monde à la même idée, ce qui équivaut à deux heures de file d’attente avant de prendre le bus, suivit de deux heures d’attentes à la frontière suivit d’encore d’une heure d’attente  avant de déposer ses bagages à l’hôtel pour au final entendre parler français autour de soi. Maintenant New York restera toujours la ville cosmopolite par excellence, et une messe gospel à Harlem le matin ajoutée à une session shopping à Chinatown l’après-midi suffisent à nous faire voyager et à oublier tout ces petits tracas.

 

Cependant, toutes ces mésaventures ajoutées les unes aux autres ont finalement réussit à me fatiguer et c’est dans ce cadre qu’au lieu d’aller faire la tournée des boites le samedi soir, je me suis retrouvé à demi-sommeil dans un bar de Greenwich Village en train de visionner l’énième rediffusion du discours d’Obama sur l’importance de dépasser les clivages raciaux. Il est vrai que la polémique qui tourne autour de son pasteur Jeremiah Wright ne joue pas vraiment en sa faveur.

 

Trois jeunes au look d’étudiants s’assoient à côté de moi et discutent entre eux. Je n’ai pas vraiment écouté leur conversation mais j’ai juste compris qu’ils cherchaient un endroit sympa pour aller faire la fête. L’un d’eux m’aborde, se présente sous le nom de Jimmy et m’explique qu’il vit dans le New Jersey. Il me demande si je connais un peu la ville. Je réponds qu’en tant que français fraîchement débarqué à Montréal, j’aurais vraiment du mal à les aider. La tentation est trop forte pour les interroger sur leurs opinions politiques, je me lance et fort heureusement la discussion ne s’arrête pas la.

 

Jimmy m’annonce avec fierté qu’il est pour Obama, celui du milieu préfère ne pas répondre  et le troisième, tatouage qui recouvre le bras, piercing à l’arcane et bière à la main soutien McCain. Jimmy lance en rigolant : « pff, regardez moi ce républicain ! ».

 

Quand je demande « pourquoi Mc Cain ? », le jeune tatoué m’explique (avec une insulte tous les trois mots) que le candidat républicain à le soutien de Bush et que cela ne sert à rien de changer la politique qui a été faite jusqu’à maintenant. « On ne va pas quitter l’Irak comme ça et négocier avec tout le monde. On risque de passer pour des rigolos !» (Pour être honnête, il a utilisé un mot plus vulgaire que « rigolos »). Le reste n’a été qu’une série d’insulte envers les démocrates. Je pense que l’alcool n’a pas contribué à apaiser sa colère.

 

Jimmy a eu un discours différent, aussi bien au niveau de la forme que du fond. « Nous représentons la paix. Nous avons un autre message à faire passer au monde et Barack Obama peut contribuer à cela », raconte-t-il de manière posée. Je lui demande ce qu’il pense d’un éventuel dialogue avec l’Iran, « C’est une bonne idée. Il faut maintenant passer à autre chose ». Et en ce qui concerne le retrait des troupes en Irak : « Oui, il faut stopper cette guerre et on doit faire revenir les boys, mais seulement après des négociations. D’abord on négocie, ensuite on ramène les troupes. »

 

Je ne sais pas si l’électeur est à l’image du candidat, mais n’empêche que Jimmy reste le seul qui m’a répondu avec le sourire.

21.02.2008

Redemption

817ddf39dc88d978dfc30e9363f095a4.jpgCette semaine, j’ai parlé de mon voyage au Kazakhstan au sein de mon stage. Contrairement à ce que l’on peut croire, ce n’était pas volontaire. Il est vrai qu’à une certaine période, on prenait connaissance de mes « malheurs » avant même de connaître mon nom. Cette fois pourtant, c’était différent.

Une fois par mois, un membre de l’équipe doit faire une petite présentation lors du lunch break sur le sujet de son choix. Le thème importe peu, ce qui compte c’est de parler un peu de soi. Une manière très américaine de rapprocher les gens.

 

J’ai toujours parlé du Kazakhstan de deux façons. Dans la première, je prenais ma voix de jeune étudiant parisien, sorti tout droit d’une école de commerce payé par papa pour dire que le Kazakhstan c’est génial, parce qu’il y a du fric, du pétrole, des nouveaux marchés et même le représentant de Total (ridicule…). Dans la deuxième approche (la plus connue jusqu’ici) je résumais mon expérience en quelques secondes : « je suis parti au Kazakhstan, j’ai perdu de l’argent et ce sont tous des en…). Il fallait donc que je fasse une présentation un peu plus soigné.

 

Pour la première fois, j’ai parlé de mon expérience avec du recul et surtout en essayant de rester moi même. Je ne vendais pas un projet commercial, je ne crachais pas ma haine. J’ai tout de même reconnu que j’étais déjà déçu du projet avant même d’avoir des problèmes d’argents. Le projet Kazakhstan avait une connotation « business » qui ne me correspondait pas. Je garde un excellent souvenir de ma conversation sur le trafic d’arme avec les jeunes mafieux Kazakhs, mais je n’ai en aucun cas trouvé transcendant ma rencontre avec Total. C’était déjà une première « claque » relative à l’énergie que j’avais investi dans ce projet. Il fallait tout de même que je me rende la bas pour en prendre conscience.

 

Le meilleurs moment de ma présentation fut bien sur la fin. « Après plusieurs mois à travailler en tant que garçon de café, j’ai finalement réussi à soutenir mon mémoire. Il fallait ensuite passer à autre chose. Comme je garde de bons souvenirs de mes études au Québec, j’ai choisis de partir pour Montréal, et quelques mois plus tard, je me retrouve ici devant vous à parler de mon voyage au Kazakhstan ».

 

Le public a apprécié. Moi aussi.

08.02.2008

A JustBeMe good news

Ma revue de presse sur la perception des élections américaines au Moyen-Orient est diffusé sur le site Internet de la Chaire Raoul Dandurand. L'article a également été repris sur le site Cyberpresse

 

Le lien : http://www.er.uqam.ca/nobel/raoul978/b2evolution/blogs/in...

07.02.2008

Le fils d'Abou Mazen à Montréal

133cec8c83b0efbd06812926d41bbb8f.jpgHier, je me suis rendu à une conférence donnée par Yasser Mahmoud Abbas, fils du Président actuel de l’Autorité Palestinienne et représentant du Fatah en Amérique du Nord. La conférence s’intitulait : « Quelle Etat pour quelle Palestine ?» et s’est déroulé au sein de l’Université du Québec à Montréal. A dire vrai, je me suis retrouvé la un peu par hasard. J’étais à la base parti chercher du café  puis je me suis retrouvé à cette conférence (il y a toujours un rapport entre le café et la géopolitique avec moi).

 

Au départ, j’avoue avoir été très sceptique vis-à-vis du public. J’avais à côté de moi deux jeunes alter mondialistes, l’un portant le célèbre keffieh blanc et noir autour du coup, l’autre ressemblant comme deux goûtes d’eau à l’acteur français Romain Duris. Le fils d’Abbas expliquait à l’aide de schéma, photos, cartes et dessins humoristiques la vie quotidienne des Palestiniens et les humiliations incessantes dues aux check points, aux soldats et aux colonies. En revanche, pas un mot sur le Hamas où la situation actuelle à Gaza.

 

J’ai donc rapidement conclut que cette conférence n’allait pas mener à grand chose. Qu’au final, Yasser Mahmoud Abbas allait balancer un discours entendu déjà mille fois pour un public convaincu. Un peu comme si un Diplomate israélien allait expliquer lors d’une conférence de l’AIPAC qu’Israël à le droit de se défendre et puis c’est tout. (Avec la voix de Philipe Lucas, la marionnette des Guignols).

 

Je me suis trompé…

 

Première intervention : «Je comprends très bien votre besoin d’espace, mais pouvez vous me dire pourquoi votre père qui se dit représentant des Palestiniens a affirmé explicitement sa volonté de maintenir le frontières fermés à Gaza, contribuant ainsi à affamer des milliers de réfugiés qui vivent littéralement dans leurs propres m… ».  Le fils d’Abbas devenu tout rouge dans son costume trois pièces Giorgio Armani s’est soudain maintenu dans une position me rappelant des photos de Pervez Musharraf. « Je suis heureux de vous dire, très chère madame, que mon père vit dans un appartement près du mien et près du peuple à Ramallah. Quant au peuple Palestinien, donnons aux israéliens la responsabilité de s’en occuper et vous verrez ce qu’il se passera ». Une réponse un peu détournée. Passons…

 

La seconde intervention provient d’une israélienne qui à vécu plusieurs mois à Jérusalem Est, du côté arabe : « J’ai rencontré beaucoup de Palestiniens qui rêvent d’obtenir la citoyenneté israélienne. J’aurai aimé connaître votre opinion à ce sujet ». Nouvelle question dérangeante, je commence à apprécier cette conférence. M. Abbas reste toutefois relativement calme. « Les palestiniens veulent la citoyenneté israélienne ? Je les comprends. C’est là ou on trouve des emplois et c’est là ou on gagne de l’argent. C’est vrai que ce n’est pas très agréable de vivre en Palestine », dit-il d’un ton ironique. L’israélienne lui demande alors ce qui est préférable à ses yeux. Un Etat binational ou deux Etats côte à côte. « Moi, c’est clair. Je suis pour le divorce ».

 

Troisième intervention qui porte justement sur le sujet tabou : « La plupart des israéliens pensent aujourd’hui que le processus de paix est impossible à cause de la présence du Hamas. Quel est votre opinion justement sur ce mouvement ? » Yasser Mahmoud Abbas rappelle à juste titre malheureusement[1] qu’Israël avait encouragé à une époque[2] le développement du Hamas pour accentuer les divisions au sein des Palestiniens. Il ajoute également que les Israéliens et des représentants du Hamas négocient en secrets depuis quelques temps. « J’ai même des noms, des dates et des lieux » précise-t-il, mais sans en dire plus.

 

Intrigué par ces accords secrets, je vais m’adresser directement à M. Abbas pour essayer de recueillir au moins quelques noms. Il m’observe en hochant la tête de manière négative pendant quelques secondes puis me dit : « Je vous donne un nom et une date : Ahmed Youssef et une rencontre datant de deux mois».

 

7d3a59835267b7ad7c387eca6fc32e0c.jpgEn regardant sur Internet, je tombe sur une tribune du New-York Times datant du 1er novembre 2006 et rédigé par Ahmed Youssef, proche conseiller du Premier Ministre Ismail Haniyeh à Gaza. En voici quelques extraits :

« Ici, à Gaza, peu de gens rêvent de paix. Pour l’instant, la plupart n’osent rêver que de non-guerre. C’est la raison pour laquelle le Hamas propose une trêve à long terme, pendant laquelle les peuples israélien et palestinien pourraient tenter de négocier une paix durable.

En arabe, une trêve se dit "hudna". Valable pour une période de dix ans, elle est reconnue par la jurisprudence musulmane comme un accord légitime et contraignant. Une houdna va au-delà de la conception occidentale du cessez-le-feu, et oblige les parties à utiliser cette période pour chercher une solution durable et non-violente à leurs différends. Le Coran attribue un grand mérite à ces efforts de promoution de la compréhension entre les peuples. Alors que la guerre déshumanise l’ennemi et rend plus facile le fait de tuer, la hudna permet d’humaniser ses opposants et de comprendre leur position avec pour but de résoudre les conflits inter-tribaux ou internationaux.

Pareille conception - une période de non guerre mais de résolution seulement partielle d’un conflit - est étrangère à l’Occident et a été accueillie avec beaucoup de suspicion. Beaucoup d’Occidentaux à qui je parle se demandent comment on peut arrêter la violence sans mettre fin au conflit.

Je répondrais, pourtant, que cette conception n’est pas aussi étrangère qu’il y paraît. Après tout, l’IRA a accepté de stopper ses actions militaires dans son combat pour libérer l’Irlande du Nord sans pour cela reconnaître la souveraineté britannique. Les républicains irlandais continuent d’aspirer à une Irlande unie et libérée de la tutelle britannique, mais ils veulent utiliser pour cela des méthodes pacifiques. Si l’on avait obligé l’IRA à renoncer à sa vision d’une Irlande réunifiée avant de négocier, la paix ne serait jamais advenue. Pourquoi exiger davantage des Palestiniens, alors que l’on sait que l’esprit de notre peuple ne le permettra jamais ? »

Maintenant, comme précise l’organisation Française La Paix Maintenant : « le jour de la parution de cet article dans le NYT, le ministre des Affaires étrangères du Hamas déclarait à Gaza que les Palestiniens devaient récupérer la totalité de la Palestine , de la Méditerranée au Jourdain, et que la place des juifs de Palestine était en Europe ».

Il est vrai que de nombreux paradoxes subsistent à ce conflit. Yasser Mahmoud Abbas avait apporté pour sa conférence quelques exemplaires de la charte de l’Initiative de Paix Arabe, qui a été reconnu publiquement et appuyé lors du meeting de l’Organisation de la Conférence Islamique donné en mai 2003 en Iran. Pays qui revendique régulièrement la destruction d’Israël.  

M. Abbas a insisté sur les conditions nécessaires au processus de paix : Retrait des colonies, rétablissement des frontières d’avant 67, statut des réfugiés, Jérusalem Est comme capitale et le partage de l’eau.

Au regard de l’actualité, on ne peut s’empêcher de ressortir de la salle avec l’estomac noué. La situation palestinienne est véritablement une tragédie.



[2] En 1987 exactement, voir Gordon Thomas, Mossad : les nouveaux défis, p.181, Nouveau Monde édition

04.02.2008

Reflexion

931be681e62693838a4af3cd1ed9e76c.jpgCe n’est vraiment pas sur, mais l’un de mes contacts, intéressé par mon expérience de blogger en Israël, m’a proposé de m’organiser une conférence où je parlerai du thème : « Web 2.0 au Moyen Orient : vers un rapprochement des peuples ? ».

 

Cela pourrait être une belle opportunité pour me faire un peu de pub. Cependant, au lieu de me présenter comme un expert en nouvelles technologies (où je risque vite de me faire avoir), je devrais plutôt me concentrer sur les travaux des bloggers qui oeuvrent à travers la région. Une idée intéressante : reprendre le projet de visiter plusieurs pays du Moyen-Orient, de rencontrer les bloggers directement sur place (activistes ou autres) et de prendre en compte les premiers feedback pour voir si le projet est viable.

 

A méditer.

Good news

54edda52e09808759a1a226c1b7f79aa.jpgBonne nouvelle ! Je vais être publié dans le Revue Internationale et Stratégique de l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques de Paris) qui sort au mois d’avril prochain. C’est un article qui reprend le thème de mon mémoire et qui garde par conséquent le même titre : « Stratégie politique iranienne : Idéologie ou pragmatisme ? »

 

Rendez vous au mois d’avril donc.

Tenir la distance

a033a394c69f8d90297c320bcffb3fce.jpgJ’ai commencé à écrire ce post le 25 janvier, une date particulière pour moi, car il y a un an jour pour jour, ma banque m’avait appelé pour me mettre le nez dans les dettes. Un an après, je suis en stage à Montréal, je dirais donc que c’est le bon moment pour faire un premier bilan.

 

Je connais bien le Québec, j’y avais déjà vécu quelques mois dans le cadre d’un échange étudiant. Je n’ai donc pas vraiment eu de problème pour tout ce qui concerne les aspects « pratiques » du voyage : les rapports humains, les affaires administratives, les moyens de transports etc. En plus, le Canada, ce n’est pas le Kazakhstan, il est beaucoup plus facile de prendre ses repères.

 

 Je vis d’ailleurs en colocation avec une personne dans un grand appartement (6 pièces, alors que je payais le même loyer dans un 30m2 en colocation à Paris) et motivée par ma philosophie œil du tigre, je me suis inscrit à une salle de kickboxing. Non pas une salle de fitness pour jeunes cadres dynamiques gagnant 8000$ par mois et qui aimeraient ressembler au type de la pub Gilette Mach 4 ; mais une vraie salle de boxe puant la sueur et la rue, le tout couvert par de la musique rap et un entraîneur latino. Le premier cours était tellement intense que j’ai vomi dans le vestiaire. Au moins, on pourra dire que je me suis imposé dès mon arrivée.

 

Concernant le stage, Ca se passe aussi très bien. Déjà je n’ai pas vomi mais surtout j’ai un bureau avec une baie vitrée qui donne sur le centre de Montréal. Il suffit de prendre mon café en lisant The Economist pour me croire dans un film. Mon premier boulot est plutôt cool, je dois faire une revue de presse détaillée sur la perception des élections américaines au Moyen Orient, comment sont perçus les nouveaux candidats à la Maison-Blanche  ? Quel espoir de changement ? Je sais que je me répète mais c’est vraiment plus sympa que le cappucino glacé (avec une pointe de chantilly, le tout saupoudrés de cacao…).

 

Je me lamentais beaucoup sur mon sort l’année dernière. Aujourd’hui, je réalise la formidable opportunité qui s’offre à moi. Je travaille dans un cadre passionnant et j’ai la possibilité d’envisager des projets d’avenirs. Je sais aussi qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait donc autant profiter un max du séjour.

 

Ceux qui me connaissent doivent être étonné de cet excès de pensée positive. Je vais donc les rassurer tout de suite : Je n’avais pas cette vision la les premiers jours. J’avais peur. Pas une peur visible qui peut se rassurer à coup de calmants et d’épisode des Simpsons (d’ailleurs maintenant je me suis mis sur les Sopranos). Mais une peur beaucoup plus vicieuse qui s’exprime par des tas de réactions impulsives parfois incompréhensibles.

 

Pour citer quelques exemples : 1) Je me réveille dans mon nouvel appart, ma colocataire possède un labrador qui veut s’imposer et me grogne dessus. Une heure après j’étais à la  recherche d’un nouvel appart, persuadé que le chien allait me sauter dessus une fois que j’allais prendre ma douche. 2) Une personne au travail me dit jamais bonjour. J’ai beau le regarder dans les yeux et lui demander si ça va, il ne me répond pas. J’ai failli me lever et lui faire un coup de pression du style lascar avec un accent marseillais : « Ho il y a un problème ou quoi ? Tu veux qu’on s’explique ? Viens on va dehors ? » (Oui le kickboxing donne parfois un excès de confiance en soi). 3) Je suis sorti à deux reprises depuis mon arrivée ici. A chaque fois, je fais la fête comme si j’allais faire la tournée des bus à Tel-Aviv le jour d’après (bon ça à la limite, ça ce n’est pas très grave. Faire la fête, pas la tournée des bus). 4) Je regarde le site d’une agence de placement à Montréal. Il recherche des commerciaux pour des banques. Avant même de commencer mon stage, je me dis « Après tout je suis bon la dedans et puis ça paye pas si mal.. ».

 

Maintenant rien de tout cela n’est arrivé. Je suis resté dans l’appart, le chien veut tout le temps se faire caresser. Je n’ai encore boxé personne dans mon bureau (ni vomis, j’insiste). Je ne suis pas en train d’ouvrir des comptes en banques au Canada et je ne mets pas encore le feu dans les soirées Montréalaises (cela par contre ne saurait tarder). La chance que j’ai et elle est de taille, c’est que je me suis déjà laissé avoir à Paris. Cette fois, j’arrive un peu à me maîtriser.

 

Finalement Paulo Coelho a raison. On a tous pensé qu’il se moquait bien de nous avec ces livres répétant sans cesse le même thème : Qu’il faut croire en ses rêves et ne pas abandonner sur un coup du destin. Qu’il faut faire attention aux signes extérieurs qui ne sont jamais le fruit du hasard. Qu’il faut acheter son livre pour se sentir mieux. Qu’il faut aussi porter des chaussures Nike, etc. Mais si il y a un point où je ne peux pas lui donner tort, c’est qu’à l’approche de nos objectifs, la peur nous envahit et on risque de perdre le contrôle. Je ne connais pas vraiment de formule miracle pour surpasser cette étape. La seule chose dont je suis sur, c’est qu’il faut être patient, garder son sang froid et surtout tenir la distance.

 

Si je suis les leçons de Paulo Coelho, j’ai peut être fait deux rencontres qui ne sont pas dû aux fruits du hasard. La première c’est Yakov M Rabkin, professeur à l’Université de Montréal, spécialiste en histoire soviétique et en histoire juive qui avait suscité une importante controverse avec la sortie de son dernier livre : « Au nom de la Torah. Une histoire de l’opposition juive au sionisme » (le titre se suffit à lui même je crois ). Dans le cadre d’un éventuel projet commun dont je donnerai les détails le moment venu, Nous avons discuté sur la place que tient le Moyen Orient au Canada. « C’est un domaine qui n’est pas encore assez développé » m’explique Yakov. Je rétorque alors que je suis peut être arrivé ici au bon moment. Il me répond :

-          « Bien sur ! Vous connaissez l’histoire du commercial canadien et du commercial américain ? Ce sont deux vendeurs en chaussures qui partent en Afrique afin de prospecter le marché. Le Canadien est plutôt déçu, il remarque que personne ne porte de chaussures ici et conclut que le marché ne doit pas être porteur. Lorsque l’Américain arrive et observe les gens, il s’exclame : « Whoa ! This is a crazy new market ! Nobody wear shoes !! » ».

 

La deuxième rencontre s’est faite au Kickboxing. Au début, je me défoulais, je frappais vite et fort mais un peu n’importe comment. Puis je me suis retrouvé face un petit jeune, typé sri lankais, qui ne paye pas de mine mais qui tape comme un champion. En m’entraînant avec lui, il me reprenait à chaque fois : « Ca ne sert à rien de vouloir aller trop vite. Tu ne protèges pas ta garde comme ça. Tu risque surtout de te faire mal… »

 

A méditer.   

09.01.2008

Nouvelle étape

81d83b6b85683fd7d6d7c0c1a637b905.jpgHé oui, un  nouveau post ! Les rares lecteurs qui continuent à jeter un coup d’œil occasionnel sur mon site doivent être surpris de voir un nouveau billet en ce début d’année 2008. Il y a un an tout juste, j’étais dans un des nombreux coffee shop de Tel Aviv en train de partager mes impressions sur ce blog. Le point central résidait dans les rencontres ou les interview qui pouvaient servir à améliorer mon mémoire de recherche. Malgré quelques péripéties et plusieurs changements j’ai pu terminer ce mémoire et comme j’ai pu l’exprimer dans mon post précédent, j’avais besoin de faire le point.

 

Il était difficile ensuite de revenir sur ce blog. J’ai essayé à plusieurs reprises d’écrire une chronique sur les divers événements du Proche-Orient (et entre les élections libanaises, la conférence d’Annapolis et le rapport des services secrets américains sur les intentions nucléaires de Téhéran, les sujets ne manquaient pas), mais je n’avais pas de fortes motivations. Oui, j’avoue, j’ai été un vrai fainéant. Je travaillais toujours au café, je devais écrire un article pour un magazine israélien et un autre pour la Revue Internationale et Stratégique puis surtout, il fallait que je fasse le point sur l’après - mémoire. Il fallait penser sérieusement à mon orientation professionnelle et contrairement aux années précédentes, je ne voulais pas me disperser.

 

Au mois d’août dernier, j’ai écris que ma priorité était de trouver un travail plus épanouissant que ma situation actuelle. J’avais également ajouté que je commençais à avoir une vision plus claire sur mon avenir et que j’en parlerai le moment venu.

 

Aujourd’hui, je peux en dire plus sur l’avenir. J’ai finalement quitté le café et j’ai décidé de quitter la France également (du moins pour quelques temps), non pas pour un pays du Moyen-orient mais vers une destinations beaucoup moins « chaude » puisque je serai au Canada le 17 janvier. Avec un visa temporaire d’un an en poche, je pars m’installer à Montréal dans l’optique de trouver du travail.

 

Je ne pars pas non plus 100% à l’aventure car je commence un stage à mon arrivée à la Chaire Raoul-Dandurand, un centre de recherche en géopolitique qui travaille entre autre sur les Etats-Unis, le terrorisme et bien sur le Moyen - Orient. Je vais entre autre participer à l’organisation d’une conférence scientifique sur l’influence de la Turquie au Proche-orient ou encore rédiger une note de recherche sur la politique de défense de l’Iran. En bref, beaucoup plus cool que le Moccacino parfumé au caramel. Maintenant le but du jeu va être de trouver un travail et il est clair que ce stage peut être un excellent tremplin pour atteindre cet objectif.

 

Pourquoi le Canada ? Je ne vais pas sortir le discours habituel comme quoi la France est atteinte d’un cancer économique en pleine phase terminal et qu’il ne peut avoir aucune perspective d’avenir à l’exception d’être un maître de la Tectonik ou bien vendre des millions de singles d’une chanson où apparemment il faut faire attention aux garçons, il paraît que ce sont tous des c…

 

Non seulement, je ne le pense pas (j’ai du certainement crié le contraire lors de mes trop nombreuses sautes d’humeurs) mais surtout je ne considère pas le Canada comme un eldorado bienfaiteur accueillant à bras grands ouverts les jeunes français cyniques et désabusés. J’ai déjà eu la chance, il est vrai, de vivre quelques mois au Québec dans le cadre d’un échange universitaire et j’en garde un très bon souvenir, mais il est impossible de vivre deux fois la même expérience.

 

Mon choix est surtout le résultat logique d’un jeu de questions/réponses personnel du style : « Qu’es que tu vas faire maintenant ? », « chercher du travail ». « Des opportunités t’attendent en France ? », « aucune excepté devenir manager du café ». « Tu n’avais pas envie de vivre au Canada à une période ? », « oui c’est vrai ». « Qu’es ce que tu as à perdre si tu cherches du travail la bas », « à part un peu de temps, … rien ». « Si jamais cela ne donne rien », « c’est à 8 heures d’avion de la France ». En clair, quitte à prendre du temps pour trouver un bon job, autant tenter le coup la-bas. Au mieux, je réalise un rêve de gosse (partir à New York le week end pour assister à des concerts New-Soul à Harlem), au pire, je perds un peu de temps.

 

Je pars donc le 17 janvier et je commence ensuite mon stage en géopolitique. J’aurai sûrement des tas de choses à raconter qui sait ? A la place de l’étudiant bobo parisien qui me dira « Salut Julien, tu me fais un petit café ? », j’aurai peut être un chef de service typé Afro-américain qui me criera tous les matins : « Hé Saada ! je veux un rapport sur la situation iranienne à 9h tapante sur mon bureau ! Et tu me fais pas exploser la moitié de la ville comme la dernière fois ! Moi j’ai le maire, l’Agence Atomique et l’ONU sur le dos, alors il me faut des résultats Saada ! Et Fissa ! »

 

Il faudra tout de même que je veille à ne pas trop détailler mon passé parisien, sinon cela risque vite de se transformer en :

-         Hé Saada !

-         Oui ?

 - Il paraît que tu sais faire du bon café….

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