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07.02.2008

Le fils d'Abou Mazen à Montréal

133cec8c83b0efbd06812926d41bbb8f.jpgHier, je me suis rendu à une conférence donnée par Yasser Mahmoud Abbas, fils du Président actuel de l’Autorité Palestinienne et représentant du Fatah en Amérique du Nord. La conférence s’intitulait : « Quelle Etat pour quelle Palestine ?» et s’est déroulé au sein de l’Université du Québec à Montréal. A dire vrai, je me suis retrouvé la un peu par hasard. J’étais à la base parti chercher du café  puis je me suis retrouvé à cette conférence (il y a toujours un rapport entre le café et la géopolitique avec moi).

 

Au départ, j’avoue avoir été très sceptique vis-à-vis du public. J’avais à côté de moi deux jeunes alter mondialistes, l’un portant le célèbre keffieh blanc et noir autour du coup, l’autre ressemblant comme deux goûtes d’eau à l’acteur français Romain Duris. Le fils d’Abbas expliquait à l’aide de schéma, photos, cartes et dessins humoristiques la vie quotidienne des Palestiniens et les humiliations incessantes dues aux check points, aux soldats et aux colonies. En revanche, pas un mot sur le Hamas où la situation actuelle à Gaza.

 

J’ai donc rapidement conclut que cette conférence n’allait pas mener à grand chose. Qu’au final, Yasser Mahmoud Abbas allait balancer un discours entendu déjà mille fois pour un public convaincu. Un peu comme si un Diplomate israélien allait expliquer lors d’une conférence de l’AIPAC qu’Israël à le droit de se défendre et puis c’est tout. (Avec la voix de Philipe Lucas, la marionnette des Guignols).

 

Je me suis trompé…

 

Première intervention : «Je comprends très bien votre besoin d’espace, mais pouvez vous me dire pourquoi votre père qui se dit représentant des Palestiniens a affirmé explicitement sa volonté de maintenir le frontières fermés à Gaza, contribuant ainsi à affamer des milliers de réfugiés qui vivent littéralement dans leurs propres m… ».  Le fils d’Abbas devenu tout rouge dans son costume trois pièces Giorgio Armani s’est soudain maintenu dans une position me rappelant des photos de Pervez Musharraf. « Je suis heureux de vous dire, très chère madame, que mon père vit dans un appartement près du mien et près du peuple à Ramallah. Quant au peuple Palestinien, donnons aux israéliens la responsabilité de s’en occuper et vous verrez ce qu’il se passera ». Une réponse un peu détournée. Passons…

 

La seconde intervention provient d’une israélienne qui à vécu plusieurs mois à Jérusalem Est, du côté arabe : « J’ai rencontré beaucoup de Palestiniens qui rêvent d’obtenir la citoyenneté israélienne. J’aurai aimé connaître votre opinion à ce sujet ». Nouvelle question dérangeante, je commence à apprécier cette conférence. M. Abbas reste toutefois relativement calme. « Les palestiniens veulent la citoyenneté israélienne ? Je les comprends. C’est là ou on trouve des emplois et c’est là ou on gagne de l’argent. C’est vrai que ce n’est pas très agréable de vivre en Palestine », dit-il d’un ton ironique. L’israélienne lui demande alors ce qui est préférable à ses yeux. Un Etat binational ou deux Etats côte à côte. « Moi, c’est clair. Je suis pour le divorce ».

 

Troisième intervention qui porte justement sur le sujet tabou : « La plupart des israéliens pensent aujourd’hui que le processus de paix est impossible à cause de la présence du Hamas. Quel est votre opinion justement sur ce mouvement ? » Yasser Mahmoud Abbas rappelle à juste titre malheureusement[1] qu’Israël avait encouragé à une époque[2] le développement du Hamas pour accentuer les divisions au sein des Palestiniens. Il ajoute également que les Israéliens et des représentants du Hamas négocient en secrets depuis quelques temps. « J’ai même des noms, des dates et des lieux » précise-t-il, mais sans en dire plus.

 

Intrigué par ces accords secrets, je vais m’adresser directement à M. Abbas pour essayer de recueillir au moins quelques noms. Il m’observe en hochant la tête de manière négative pendant quelques secondes puis me dit : « Je vous donne un nom et une date : Ahmed Youssef et une rencontre datant de deux mois».

 

7d3a59835267b7ad7c387eca6fc32e0c.jpgEn regardant sur Internet, je tombe sur une tribune du New-York Times datant du 1er novembre 2006 et rédigé par Ahmed Youssef, proche conseiller du Premier Ministre Ismail Haniyeh à Gaza. En voici quelques extraits :

« Ici, à Gaza, peu de gens rêvent de paix. Pour l’instant, la plupart n’osent rêver que de non-guerre. C’est la raison pour laquelle le Hamas propose une trêve à long terme, pendant laquelle les peuples israélien et palestinien pourraient tenter de négocier une paix durable.

En arabe, une trêve se dit "hudna". Valable pour une période de dix ans, elle est reconnue par la jurisprudence musulmane comme un accord légitime et contraignant. Une houdna va au-delà de la conception occidentale du cessez-le-feu, et oblige les parties à utiliser cette période pour chercher une solution durable et non-violente à leurs différends. Le Coran attribue un grand mérite à ces efforts de promoution de la compréhension entre les peuples. Alors que la guerre déshumanise l’ennemi et rend plus facile le fait de tuer, la hudna permet d’humaniser ses opposants et de comprendre leur position avec pour but de résoudre les conflits inter-tribaux ou internationaux.

Pareille conception - une période de non guerre mais de résolution seulement partielle d’un conflit - est étrangère à l’Occident et a été accueillie avec beaucoup de suspicion. Beaucoup d’Occidentaux à qui je parle se demandent comment on peut arrêter la violence sans mettre fin au conflit.

Je répondrais, pourtant, que cette conception n’est pas aussi étrangère qu’il y paraît. Après tout, l’IRA a accepté de stopper ses actions militaires dans son combat pour libérer l’Irlande du Nord sans pour cela reconnaître la souveraineté britannique. Les républicains irlandais continuent d’aspirer à une Irlande unie et libérée de la tutelle britannique, mais ils veulent utiliser pour cela des méthodes pacifiques. Si l’on avait obligé l’IRA à renoncer à sa vision d’une Irlande réunifiée avant de négocier, la paix ne serait jamais advenue. Pourquoi exiger davantage des Palestiniens, alors que l’on sait que l’esprit de notre peuple ne le permettra jamais ? »

Maintenant, comme précise l’organisation Française La Paix Maintenant : « le jour de la parution de cet article dans le NYT, le ministre des Affaires étrangères du Hamas déclarait à Gaza que les Palestiniens devaient récupérer la totalité de la Palestine , de la Méditerranée au Jourdain, et que la place des juifs de Palestine était en Europe ».

Il est vrai que de nombreux paradoxes subsistent à ce conflit. Yasser Mahmoud Abbas avait apporté pour sa conférence quelques exemplaires de la charte de l’Initiative de Paix Arabe, qui a été reconnu publiquement et appuyé lors du meeting de l’Organisation de la Conférence Islamique donné en mai 2003 en Iran. Pays qui revendique régulièrement la destruction d’Israël.  

M. Abbas a insisté sur les conditions nécessaires au processus de paix : Retrait des colonies, rétablissement des frontières d’avant 67, statut des réfugiés, Jérusalem Est comme capitale et le partage de l’eau.

Au regard de l’actualité, on ne peut s’empêcher de ressortir de la salle avec l’estomac noué. La situation palestinienne est véritablement une tragédie.



[2] En 1987 exactement, voir Gordon Thomas, Mossad : les nouveaux défis, p.181, Nouveau Monde édition

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