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04.02.2008

Tenir la distance

a033a394c69f8d90297c320bcffb3fce.jpgJ’ai commencé à écrire ce post le 25 janvier, une date particulière pour moi, car il y a un an jour pour jour, ma banque m’avait appelé pour me mettre le nez dans les dettes. Un an après, je suis en stage à Montréal, je dirais donc que c’est le bon moment pour faire un premier bilan.

 

Je connais bien le Québec, j’y avais déjà vécu quelques mois dans le cadre d’un échange étudiant. Je n’ai donc pas vraiment eu de problème pour tout ce qui concerne les aspects « pratiques » du voyage : les rapports humains, les affaires administratives, les moyens de transports etc. En plus, le Canada, ce n’est pas le Kazakhstan, il est beaucoup plus facile de prendre ses repères.

 

 Je vis d’ailleurs en colocation avec une personne dans un grand appartement (6 pièces, alors que je payais le même loyer dans un 30m2 en colocation à Paris) et motivée par ma philosophie œil du tigre, je me suis inscrit à une salle de kickboxing. Non pas une salle de fitness pour jeunes cadres dynamiques gagnant 8000$ par mois et qui aimeraient ressembler au type de la pub Gilette Mach 4 ; mais une vraie salle de boxe puant la sueur et la rue, le tout couvert par de la musique rap et un entraîneur latino. Le premier cours était tellement intense que j’ai vomi dans le vestiaire. Au moins, on pourra dire que je me suis imposé dès mon arrivée.

 

Concernant le stage, Ca se passe aussi très bien. Déjà je n’ai pas vomi mais surtout j’ai un bureau avec une baie vitrée qui donne sur le centre de Montréal. Il suffit de prendre mon café en lisant The Economist pour me croire dans un film. Mon premier boulot est plutôt cool, je dois faire une revue de presse détaillée sur la perception des élections américaines au Moyen Orient, comment sont perçus les nouveaux candidats à la Maison-Blanche  ? Quel espoir de changement ? Je sais que je me répète mais c’est vraiment plus sympa que le cappucino glacé (avec une pointe de chantilly, le tout saupoudrés de cacao…).

 

Je me lamentais beaucoup sur mon sort l’année dernière. Aujourd’hui, je réalise la formidable opportunité qui s’offre à moi. Je travaille dans un cadre passionnant et j’ai la possibilité d’envisager des projets d’avenirs. Je sais aussi qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait donc autant profiter un max du séjour.

 

Ceux qui me connaissent doivent être étonné de cet excès de pensée positive. Je vais donc les rassurer tout de suite : Je n’avais pas cette vision la les premiers jours. J’avais peur. Pas une peur visible qui peut se rassurer à coup de calmants et d’épisode des Simpsons (d’ailleurs maintenant je me suis mis sur les Sopranos). Mais une peur beaucoup plus vicieuse qui s’exprime par des tas de réactions impulsives parfois incompréhensibles.

 

Pour citer quelques exemples : 1) Je me réveille dans mon nouvel appart, ma colocataire possède un labrador qui veut s’imposer et me grogne dessus. Une heure après j’étais à la  recherche d’un nouvel appart, persuadé que le chien allait me sauter dessus une fois que j’allais prendre ma douche. 2) Une personne au travail me dit jamais bonjour. J’ai beau le regarder dans les yeux et lui demander si ça va, il ne me répond pas. J’ai failli me lever et lui faire un coup de pression du style lascar avec un accent marseillais : « Ho il y a un problème ou quoi ? Tu veux qu’on s’explique ? Viens on va dehors ? » (Oui le kickboxing donne parfois un excès de confiance en soi). 3) Je suis sorti à deux reprises depuis mon arrivée ici. A chaque fois, je fais la fête comme si j’allais faire la tournée des bus à Tel-Aviv le jour d’après (bon ça à la limite, ça ce n’est pas très grave. Faire la fête, pas la tournée des bus). 4) Je regarde le site d’une agence de placement à Montréal. Il recherche des commerciaux pour des banques. Avant même de commencer mon stage, je me dis « Après tout je suis bon la dedans et puis ça paye pas si mal.. ».

 

Maintenant rien de tout cela n’est arrivé. Je suis resté dans l’appart, le chien veut tout le temps se faire caresser. Je n’ai encore boxé personne dans mon bureau (ni vomis, j’insiste). Je ne suis pas en train d’ouvrir des comptes en banques au Canada et je ne mets pas encore le feu dans les soirées Montréalaises (cela par contre ne saurait tarder). La chance que j’ai et elle est de taille, c’est que je me suis déjà laissé avoir à Paris. Cette fois, j’arrive un peu à me maîtriser.

 

Finalement Paulo Coelho a raison. On a tous pensé qu’il se moquait bien de nous avec ces livres répétant sans cesse le même thème : Qu’il faut croire en ses rêves et ne pas abandonner sur un coup du destin. Qu’il faut faire attention aux signes extérieurs qui ne sont jamais le fruit du hasard. Qu’il faut acheter son livre pour se sentir mieux. Qu’il faut aussi porter des chaussures Nike, etc. Mais si il y a un point où je ne peux pas lui donner tort, c’est qu’à l’approche de nos objectifs, la peur nous envahit et on risque de perdre le contrôle. Je ne connais pas vraiment de formule miracle pour surpasser cette étape. La seule chose dont je suis sur, c’est qu’il faut être patient, garder son sang froid et surtout tenir la distance.

 

Si je suis les leçons de Paulo Coelho, j’ai peut être fait deux rencontres qui ne sont pas dû aux fruits du hasard. La première c’est Yakov M Rabkin, professeur à l’Université de Montréal, spécialiste en histoire soviétique et en histoire juive qui avait suscité une importante controverse avec la sortie de son dernier livre : « Au nom de la Torah. Une histoire de l’opposition juive au sionisme » (le titre se suffit à lui même je crois ). Dans le cadre d’un éventuel projet commun dont je donnerai les détails le moment venu, Nous avons discuté sur la place que tient le Moyen Orient au Canada. « C’est un domaine qui n’est pas encore assez développé » m’explique Yakov. Je rétorque alors que je suis peut être arrivé ici au bon moment. Il me répond :

-          « Bien sur ! Vous connaissez l’histoire du commercial canadien et du commercial américain ? Ce sont deux vendeurs en chaussures qui partent en Afrique afin de prospecter le marché. Le Canadien est plutôt déçu, il remarque que personne ne porte de chaussures ici et conclut que le marché ne doit pas être porteur. Lorsque l’Américain arrive et observe les gens, il s’exclame : « Whoa ! This is a crazy new market ! Nobody wear shoes !! » ».

 

La deuxième rencontre s’est faite au Kickboxing. Au début, je me défoulais, je frappais vite et fort mais un peu n’importe comment. Puis je me suis retrouvé face un petit jeune, typé sri lankais, qui ne paye pas de mine mais qui tape comme un champion. En m’entraînant avec lui, il me reprenait à chaque fois : « Ca ne sert à rien de vouloir aller trop vite. Tu ne protèges pas ta garde comme ça. Tu risque surtout de te faire mal… »

 

A méditer.   

Commentaires

Haha!! Post genial! Je t'imagine bien avec ton cafe et ton journal devant ta baie vitree... J'aime voir que le positif en toi sort enfin de son trou... L'Amerique, ca fait ca!

Ecrit par : Miss Worldwide | 04.02.2008

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