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04.02.2008
La perception des élections américaines au Moyen Orient
En allant remplir mes papiers administratifs, je rencontre Madhi Jahandar, un ami iranien dont j’ai cité plusieurs fois le nom dans ce blog et avec qui j’ai travaillé à l’IRIS. Déjà, c’était assez fou de voir à quel point le monde est petit, mais surtout ce fut une sacré aubaine pour moi de le croiser à Montréal alors que je travaille sur la perception des élections américaines au Moyen Orient. Résultat : tout le week end à boire du thé et du café et à faire le tour de la presse iranienne et arabe. Il n’y a pas encore beaucoup d’informations sur le sujet mais il y avait tout de même de quoi faire écrire.
Les élections américaines annoncent de nouvelles perspectives dans la politique étrangère de Washington, notamment au Moyen-Orient. Du moins, c’est ce qu’il est tenté de croire au regard de la diversité des candidats ainsi que dans leurs discours pro-changement par rapport à la politique précédente. Le prochain Président aura fort à faire pour redorer le blason américain, car à l’exception de l’Etat hébreu, les Etats-Unis sont très mal perçus dans la région. Le maintien des troupes en Irak en est une première raison, mais le soutien affiché à Israël lors des différentes crises au Liban et au sein des territoires palestiniens ont largement contribué à accentuer l’anti-américanisme qui sévissait déjà dans cette zone.
Les médias arabes et iraniens n’accordent pas encore de réel suivi sur les premiers résultats de ces élections. Cela s’explique surtout pour des raisons internes : les Palestiniens font face à une grave crise humanitaire. Les Libanais, sans Président depuis trois mois, se confrontent à plusieurs attentats ainsi qu’à de violentes manifestations. Les Irakiens ont déjà fort à faire au niveau de la sécurité et les Iraniens sont en pleine élection législative. Les pays du Golfe ont consacré quelques chroniques sur la tournée de Bush au Moyen-Orient ainsi que sur la fin de son mandat, mais très peu d’articles sur les nouveaux candidats à la présidence.
La presse israélienne, en revanche, suit de très près ces élections, notamment le quotidien de gauche Haaretz à travers son correspondant américain Schmuel Rosner. Le Jerusalem Post (situé à droite, plutôt libéral) couvre également cet événement, mettant en évidence sur son site des opinions assez variées.
A/ L’Iran et les pays arabes
D’après Pamela Chrabieh Badine, chercheuse invitée au centre d’étude islamo-chrétien à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, les libanais seraient plutôt « désintéressés qu’intéressés » à ces élections, et pour la partie « intéressée : plutôt fataliste n’espérant qu’un changement positif à court ou moyen terme ». « Les talk-shows politiques n'ont pas accordé à ce jour des émissions spéciales sur les élections présidentielles aux Etats-Unis et rares sont les articles de fond que l'on trouverait dans la presse », explique-t-elle. « Au vu de la crise actuelle, les libanais sont soit entraînés par la politique interne ; soit vaquent-ils à leurs occupations quotidiennes : assurer de quoi vivre en restant au pays ou en émigrant ».
Malgré l’absence de débat sur les élections , les candidats démocrates ; « symbole de la montée des minorités » comme le souligne l’agence de presse étudiante iranienne ISNA, suscitent l’intérêt. En particulier le sénateur de l’Illinois Barak Obama auquel les médias arabes n’omettent pas de préciser son deuxième prénom « Hussein ». Comme l’explique Madhi Jahandar, ancien directeur des relations publiques du réseau des mosquées de Téhéran, « la martyr d’Hussein à une portée symbolique très forte dans l’Islam chiite. Ce n’est pas un hasard si les journalistes orientaux y font référence ».
Ainsi Hossein Derakhshan, blogger irano-canadien et ancien journaliste réformateur à Téhéran écrit le 3 janvier 2008 : « Si Barak ‘Hussein’ Obama est élu à la Maison-Blanche , le monde pourra être tranquille pendant quatre ans. Ne possédant pas de liens étroits avec les lobbies, Obama se concentrera surtout sur la politique intérieure de son pays.
Hillary Clinton serait en revanche pire que Bush[1] ». De même, le chroniqueur arabe Jihad el-Khazen a écrit dans le journal panarabe publié à Londres Al-Hayat : « Beaucoup d’arabes soutiennent le candidat Barak ‘Hussein’ Obama à la présidence. J’avoue avoir moi même une préférence pour lui parce qu’il est noir. Mon expérience du congrès américain m’a montré que les représentants de la « cause noire » sympathisent plus facilement avec nous […] Toutefois, les arabes et les musulmans ne doivent pas se faire d’illusions. Comme tout bon politicien américain, Barak Obama se soucie d’abord de lui même avant le reste[2] ».
Jihad el-Khazen relate que le candidat démocrate a fait référence, comme Bush, aux « Etats voyous » et qu’il a déclaré être prêt à poursuivre les terroristes au sein des frontières pakistanaises avec ou sans l’accord du gouvernement. L’auteur remarque également le silence d’Obama lors des frappes israéliennes au Liban et sur Gaza. Il ajoute qu’au final « aucun candidat à la présidence ne pourrait formuler un soutien explicite envers la cause arabe, car cela représenterait un suicide politique. Le lobby israélien et les pro-guerres ne feraient que déstabiliser le candidat avec tous les moyens financiers et médiatiques nécessaires[3]».
Cette réflexion reflète ce qui ressort du forum de discussion proposé par le site d’Al-Jazeera en version anglaise. Le sujet proposé était « Quel impact peut avoir les élections américaines sur votre pays ?». Les commentaires provenant du Moyen-Orient présentent une tendance fatalise certifiant que rien ne changera avec le prochain Président Américain. Les Etats-Unis étaient un grand pays mais leur système est aujourd’hui régi par de puissants lobbies ainsi que des firmes corporatives.
Néanmoins, Hillary Clinton comme Barak Obama sont parfois cités car ils demeurent le meilleur choix face aux Républicains.
Ron Paul est le seul candidat Républicain qui ressort régulièrement sur les forums et blogs moyen-orientaux. Ce dernier, qui a réussit à amasser 4,3 millions de dollars en 24h par le seul biais de l’Internet, a de quoi séduire les « électeurs » de la région : retrait immédiat des troupes d’Irak, politique étrangère de non-intervention, et fin de toutes alliances avec les autres pays (et donc Israël)[4].
Malgré tout, Hillary Clinton et Barak Obama sont les candidats les plus cités à travers la presse et les sites Internet de la région. « Concernant Hillary Clinton, les gens se disent qu’une femme, ce ne serait pas mal pour une fois », souligne Pamela Chrabieh Badine. Elle ajoute que « Barak Obama reste le favori. Il est vu comme un jeune hautement qualifié et prometteur et aussi parce qu’il opte pour un retrait des troupes américaines de l’Irak. Du moins, c’est ce que j’entends personnellement dans mon environnement, social et académique ». Le sénateur de l’Illinois est le candidat le plus souvent cité lorsque les médias arabes évoquent les élections. Obama suscite l’intérêt et la curiosité par tous les nouveaux symboles qu’il incarne. Sa couleur de peau, son enfance, son métissage ainsi que sa famille.
B/ Israël
La religion d’Obama provoque aussi des interrogations. De nombreuses rumeurs lancées sur le Net affirment que Barak Obama est fils d’un musulman Kenyan, et qu’il a étudié dans une école coranique (Madrasa) lors de son enfance en Indonésie. Bien qu’aucune preuve ne soit parvenue jusqu’ici à authentifier cette affirmation, les questions ne manquent pas en Israël, en particulier sur les conséquences qu’apporterait un Barak Obama président.
Le quotidien israélien Maariv avait titré en première page de son journal « Inquiétude à Jérusalem sur la présidence d’Obama ». Le journal, tout en citant des « officiels israéliens », expliqua que le manque d’expérience en politique étrangère du candidat ajoutée à ses appels au dialogue avec l’Iran éveillaient l’inquiétude du gouvernement israélien. Les sources restèrent anonymes[5].
Quelques semaines après ces informations, l’ancien ambassadeur israélien à Washington, Danny Ayalon, a écris dans le Jerusalem Post « qu’il faut suivre la candidature d’Obama avec une certaine inquiétude ». Encore une fois, sa politique d’ouverture à l’égard de Téhéran est mise en avant. « Depuis le début de sa campagne, il dit qu’il serait prêt à rencontrer le Président de l’Iran, mais il reste encore trop d’obscurité sur ce qui va être dit dans cette rencontre. […] Obama n’a pas donné d’objectifs clairs sur les conditions et propositions qu’il va donner aux iraniens afin de démanteler leur programme nucléaire[6] ».
Ces déclarations n’ont pas manqué de provoquer diverses réactions au sein de la presse israélienne. Le correspondant de Haaret’z Schmuel Rosner s’interroge sur son blog sur les raisons qui ont poussé Danny Ayalon à écrire de tels propos : « Lorsqu’un ancien ambassadeur -d’autant plus un diplomate qui a quitté ses fonctions il y un an tout au plus-, se sent concerné par la candidature d’un politicien américain, cela ne peut passer inaperçu », a-t-il écrit. « Il serait fort compréhensible que la campagne d’Obama soit touchée par cet article[7] ».
L’ancien diplomate Alon Pinkas avait déjà écrit dans le Jérusalem Post -peu après les affirmations soutenues par le quotidien Maariv-, que la campagne menée sur Internet contre Barak Obama n’est rien de moins que de la désinformation. « Obama n’est pas mauvais pour Israël. […] Il n’a jamais dépassé une limite que les israéliens estimeraient incompatible avec ce qu’une politique moyen-orientale pro-israélienne devrait être[8] ».
Shmuel Rosner ajoute d’ailleurs que ce n’est pas un hasard, au regard de toutes les rumeurs, si le sénateur de l’Illinois a envoyé une lettre à Zalman Khalilzad, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU ou il est écrit : « Nous sommes tous inquiets des conséquences que peuvent entraîner le blocage israélien sur les familles palestiniennes. Toutefois, nous devons également comprendre pourquoi Israël est obligé de se défendre ». Tout comme ce n’est pas un hasard si Obama a été photographié au sein de différentes églises récemment[9].
Hillary Clinton ne provoque pas autant de réaction auprès des israéliens, et bénéficie déjà d’un fort lien affectif grâce à son mari, son statut de minorité n’est pas vraiment pris en compte. « Ce n’est pas une surprise pour nous. Nous avons déjà eu une femme Premier Ministre ici » exprime pour le Jerusalem Post Itzik Nir, citoyen israélien.
« Nous sommes très influencés par ce qu’il se passe aux Etats-Unis. Les gens ici estiment que c’est dans leurs propres intérêts de supporter Hillary » ajoute-t-il.
Pour le Jerusalem Post, être l’épouse de Bill Clinton représente un formidable avantage pour un pays qui le décrit régulièrement comme un ami proche, attaché à l’Etat hébreu par un lien émotionnel et non politique. Lorsque qu’il a quitté la présidence américaine en 2000, un sondage israélien a démontré qu’une grande majorité de la population était prête à le laisser diriger Israël s’ils avaient l’opportunité de voter pour lui. « J’apprécie Hillary Clinton car c’est la personne la plus proche après son mari » lance Robert Grosz, autre citoyen israélien.
D’après les personnes interrogées par Jerusalem post, les israéliens ne doutent pas vraiment du soutien étroit à Israël que donnera le prochain Président[10].
Les médias israéliens parlent moins des Républicains que des Démocrates. Toutefois, Rudy Guliani est considéré comme le plus pro-israélien et le plus proche de la communauté juive américaine. Le Journal Haaret’z a classé par ordre hiéarchique les candidats américains les plus en phase avec les intérêts israéliens. Guliani, ancien maire de New-York, ville qui regroupe la plus grande communauté juive après Israël, est classé premier avec comme commentaire : « L’ancien maire de New York a refusé une aide de 10 millions de dollars d’un prince saoudien après les commentaires de ce dernier sur le 11 septembre ».
John Mc Cain arrive à la deuxième place, en estimant que l’état hébreu à droit à toute la technologie nécessaire pour assurer sa défense. Hillary Clinton est quatrième et Barak Obama finit dernier juste derrière Mike Huckabee qui figure lui aussi comme un des grands inconnus des élections pour les israéliens[11].
23:25 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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