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10.01.2008
Barak Obama Président?
Il est encore trop tôt pour prétendre que Barak Obama sera le prochain Président des Etats-Unis, surtout après sa défaite dans le New Hampshire. Cependant, rien n’est encore gagné, et sa victoire dans l’Iowa peut nous laisser imaginer les symboles forts qu’entraînerait l’investiture d’Obama à la présidence.
La plupart des commentateurs politiques sont au moins d’accord pour une chose : le prochain chef de l’Etat aura le formidable avantage de ne pas être George W. Bush. En votant en majorité pour Obama dans l’Iowa, les électeurs démocrates ont opté pour le changement, une « rupture » par rapport à ce qui a été fait précédemment. Barak Obama représente encore plus que cela. Il constitue un symbole très fort pour toute une génération.
Avant même la politique post11septembre, George W. Bush était déjà mal parti. Représentant le fils à papa WASP du Texas, fortune pétrolière et partisan de la peine de mort, l’image du cow-boy analphabète avait de quoi largement accentuer l’antiaméricanisme sévissant déjà un peu partout dans le monde. Ces éléments ajoutés aux nombreuses références religieuses dans ses discours offraient aux responsables de communication d’Al Qaïda un large créneau pour séduire les masses musulmanes.
Barak Obama est différent. Il n’est pas WASP, il n’est pas black, il est métisse, fils d’un père kenyan et d’une mère américaine (qui serait d’ailleurs d’ascendance Cherokee d’après ce que j’ai entendu). Il représente une Amérique que l’on aime, une Amérique multiculturelle et métissé où chacun peut avoir sa chance ; où un jeune ayant travaillé dans les bas fonds de Chicago peut arriver à tenir tête à une « bête politique » comme Hillary Clinton. Le Rocky de la politique. Un président à l’image des films qui ont bercé nôtre jeunesse dans les années 80. Il ne manquerait plus qu’un Arnold Schwarzenegger à la vice présidence et la réalité dépassera la fiction. Ben Laden ne tiendrait plus longtemps.
Bien sur, la réalité reste plus complexe et un Barak Obama président pourrait être un Barak Obama sacrifié au profit du prochain candidat. L’élection de Jimmy Carter en 1977, ancien Prix Nobel de la paix, constituait aussi une rupture par rapport à la Realpolitik de Nixon et Kissinger. Jimmy Carter voulait combattre le communisme à travers la promotion des droits de l’homme et des valeurs américaines. Cette politique s’est traduite par un soutiens beaucoup moindre envers les autocrates pro-américain du globe, dont notamment le dernier Shah d’Iran. La Révolution Islamique n’avait pas réellement rendu grâce à cette politique d’ouverture puisque l’une des premières actions des « Etudiants de l’Imam » fut d’occuper pendant 444 jours l’ambassade américaine pour finalement libérer les otages quelques jours avant la passation de pouvoir à Ronald Reagan, l’homme de la course aux armements et du programme anti-missiles Stars Wars, le tout avec un slogan explicite : « America is Back !». Bien que, vu des iraniens, cette action représentait une réponse adéquate face à l’insurrection montée par la CIA contre l’ancien Premier Mossadegh en 1953, le soutien de Khomeyni à cette prise d’otage fut sans doute une des premières grandes erreurs stratégiques de la République Islamique. D’autant plus que Medhi Barzagan, premier Président iranien postrévolutionnaire avait rencontré Zbigniew Brzezinski, conseiller américain à la sécurité nationale, le 1er novembre 1979 à Alger.
Carter a été également élu par un désir de changement, suite au traumatisme de la guerre du Vietnam et aux conséquences économiques engendrées par la crise pétrolière de 1973. Obama intervient dans un cadre similaire, même si la Guerre d’Irak demeure une réalité. La situation à Bagdad constitue d’ailleurs un lourd fardeau qui jouera de son influence au sein de la politique étrangère américaine et l’année 2008 débute avec la crise du logement et un baril de pétrole à 100$.
La vision internationale de Barak Obama représente incontestablement une rupture. Le candidat prône le dialogue avec toutes les nations, amis comme ennemis, l’établissement de liens avec le monde musulman, le dialogue avec Téhéran et Damas pour gérer la crise irakienne, l’amélioration de l’aide étrangère pour combattre la pauvreté, le renforcement du Traité de Non Prolifération et la lutte contre le dérèglement climatique. “The United States needs a president willing to talk to all nations, friend and foe. Such openness will help reverse America’s perceived obstructionism”, a-t-il écrit dans Newsweek[1]. “To overcome the threat of Islamic extremism, the United States should replace it’s overalliance on the use of large-scale military force with targeted action against terrorist safe havens and an international program of intelligence and law-enforcement cooperation to break up terrorist networks. To counter prophet oh hate with message of hope, America should send its best and brightest abroad to build ties with the Islamic world. And the president must restore moral leadership by shutting down Guantanamo and renouncing torture without equivocation”.
Barak Obama pourrait payer très lourdement la politique de son prédécesseur, mais son élection donnerait la possibilité de remettre en avant la force du SoftPower américain : une promotion des Etats-Unis à travers ses valeurs, son métissage et son efficacité. “My father crossed an ocean to seek the dream of America. As a boy, I played barefoot with children in Indonesia. As a young man, I work with the forgottten corners of America, where people struggled with violence and hopelessness. Whether I am at a G8 summit or in Africa, I will speak one with grandmother lives in a hut without indoor plumbing in a Kenyan village devastated by HIV/AIDS”.
Honnètement si j’étais américain (et romantique aussi), je voterai Barak Obama.
16:00 Publié dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Barak Obama, Etats Unis, election, démocrats, primary, primaire, iowa
09.01.2008
Faut-il avoir peur de l'Islam?
Au mois d’octobre dernier, j’ai écris un article pour un magazine israélien francophone. Compte tenu de quelques modifications internes au niveau de la rédaction, le journal devait sortir début janvier. Venant d’être informé que je ne serai publié qu’en avril suite à je ne sais quelle véritable raison, j’ai préféré diffuser l’article directement sur mon blog. Le sujet demandé était : « Iran, Irak, Maghreb, faut-il avoir peur de l’Islam ? » (comment ça « cliché » ?). L’article ne devait pas dépasser les 700 mots. J’invite les lecteurs à me faire part de leurs commentaires.
Depuis le 11 septembre, nombreux spécialistes, journalistes et observateurs étrangers essayent de comprendre et définir si l’Islam, dans sa globalité, constitue au final une menace à l’encontre de l’occident et de ses institutions en général. Ce débat avait déjà pris une certaine ampleur bien avant l’effondrement des Tours Jumelles, notamment avec la polémique qu’avait suscitée la thèse de Samuel Huntington sur le conflit des civilisations. La boite de Pandore ouverte en Irak depuis l’intervention militaire américaine amène aujourd’hui cette question à son paroxysme. La chute de Saddam Hussein a donné naissance à une confrontation armée entre diverses milices qui toutes se réclament d’avoir comme mission la ré-instauration de l’Islam. L’Iran, régime islamique à obédience chiite, est aujourd’hui accusé de prosélytisme et d’ingérence en Irak ainsi que dans le reste de la région tout en étant au cœur d’une des principales crises balistiques contemporaines.
Les pays du Maghreb traversent une véritable islamisation par le bas des sociétés qui peut se traduire par la montée en puissance de partis politiques religieux qui gagnent des points à chaque fois que le peuple exprime son opinion par le vote[1]. Comme le dit Kader Abderrahim, journaliste et chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques : «Si demain, des élections démocratiques sont organisées au sein de tous les pays arabes, les partis islamiques obtiennent le pouvoir[2]». En dehors de la voie démocratique, des groupes minoritaires, se réclamant le plus souvent d’Al-Qaida[3] tentent d’imposer par la force une autre interprétation de l’Islam, à savoir l’effondrement des états-nations pour la restauration d’un califat conforme aux lois de la charia.
Dans le cadre d’un village global, l’Occident subit de plein fouet le retour de la religion dans ses débats contemporains. Cela s’explique par la forte influence des communautés musulmanes européennes, notamment en France et en Angleterre, mais aussi à travers les événements récents qui ont suscité tant de polémiques autour des caricatures de Mahomet. La fatwa iranienne lancée contre Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques, en 1989 posait déjà de sérieuses questions sur le rapport entre Islam et liberté mais les menaces d’attentats envers des entreprises suédoises en raison d’une énième caricature du Prophète amène la communauté européenne à reconsidérer son modèle de liberté d’expression. «Le blasphème a été légalisé lors de la Révolution Française, fondatrice de notre identité. Critiquer la religion, n’importe quelle religion, est une liberté fondamentale reconnue par la loi», rappelle Elizabeth Schemla[4], journaliste spécialiste du conflit israélo-palestinien. Difficile d’ailleurs de comprendre l’ampleur des protestations pour une affaire de dessins tendancieux alors que les massacres interconfessionnels en Irak ne suscitent que très peu de réactions. «Il est ardu de dire ce qui est le plus préoccupant : les meurtres barbares à caractère religieux perpétrés par des sunnites et des chiites en Irak, ou le silence assourdissant dans lequel ces massacres sont accueillis dans le monde musulman», note l’éditorialiste américain Thomas Friedman[5].
Cette remarque ramène à la complexité inhérente à la religion musulmane. Au-delà du clivage chiisme – sunnisme, il existe de multiple interprétations du Coran qui s’expriment par la multitude de factions religieuses, qu’elle soit politique, sociale ou militaire. Cette diversité tourne parfois à la confrontation directe comme le montre l’exemple irakien aujourd’hui. Cela amène les théologiens à parler de la Fitna, la guerre au sein de la nation musulmane qui entraînerait l’effondrement de l’Oumma, la communauté des croyants. Hassan Nasrallah a lui même fait part de cette crainte au journaliste d’investigation Seymour Hersh dans la cadre d’un entretien[6].
Il subsiste malheureusement une vison commune à l’Islam dans sa vocation politique en dépit des divergences d’interprétation religieuse. Celle-ci réside dans la non reconnaissance d’Israël comme nation. L’état hébreux vu la proximité de ses frontières, ne peut pour le moment concevoir l’Islam comme un partenaire pour la paix. Il est menacé au nord par la milice chiite libanaise Hezbollah, et au sud par le mouvement sunnite Hamas. Mouvement qui n’a pas hésité à mettre de côté les clivages idéologiques afin d’obtenir le soutien logistique et financier d’un Téhéran chiite. Depuis l’avènement de la République Islamique d’Iran, un des premiers mots d’ordre du régime a été de «libérer Jérusalem du joug sioniste». La géopolitique islamique divise le monde en deux catégories, le Dar al-islam (domaine de l’Islam) et le Dar al-harb, domaine ou les lois islamiques ne sont pas appliqués. La Palestine, symbole des croisades et du mythe de Saladin, réside dans le domaine de l’Islam et il est encore inconcevable d’accepter la légitimité d’une autre nation.
Cette vision ramène à une notion spécifique de l’Islam : l’Oumma Islamiyah, qui consiste à s’affranchir des frontières étatiques afin de regrouper tous les musulmans du monde dans un seul et même califat. Khomeyni était partisan de ce modèle d’une nation unique et voulait à tout prix exporter sa révolution au-delà des frontières iraniennes. Mais le Royaume Saoud, garant de la communauté sunnite et protecteur des lieux saints ne pouvait laisser un régime chiite prétendre redonner au Dar al-Islam son rayonnement originel. L’invasion des troupes soviétiques en Afghanistan offrit à Riad l’opportunité de reprendre le flambeau de l’islamisme contemporain et la guerre déclenchée par Saddam Hussein dans les années 80 fédéra l’ensemble des Etats sunnites contre le souffle déstabilisateur de Téhéran.Ces éléments vont toutefois avoir un impact profond dans la région. En juin 1967, la défaite de trois armées arabes face à Israël avait pu mettre un coup final au nationalisme nassérien soutenu par l’Union Soviétique. Le cri révolutionnaire iranien de «Ni est, ni ouest, Révolution Islamique» proposera une alternative face à ce traumatisme. «On ne comprendra pas le fait que l’islamisme, dans ces différentes dynamiques, rafle la mise de la contestation sociale à partir des années 70», explique l’historien philosophe Mohammed Taleb. « Le mouvement arabe de libération nationale a abouti à un échec, cristallisé par 1967 lorsque l’armée israélienne occupe le reste de la Palestine qu’elle n’avait pas occupée en 48. Et ce fait là va être terrible dans la conscience»[7]. Aujourd’hui, pour la rue arabe et sunnite, le Hezbollah est la seule «armée» à avoir tenu tête à Tsahal, ce qui joue en faveur du retour de l’Islam comme option politique.
Pour Mahdi Jahandar, Imam et théologien chiite, la majorité des Partis religieux, sans le dire ouvertement, s’inspire du modèle théocratique iranien dans le sens où le régime des Mollahs reste toujours insoumis à la pression de Washington. «C’est le premier reproche lancé à l’Occident», affirme-t-il. «Les mouvements musulmans veulent faire tomber les dictatures qui les gouvernent et accusent l’occident de fermer les yeux sur la nature de ces régimes».
La mort de Khomeyni, le bilan d’une guerre de huit ans avec l’Irak ainsi que l’isolement international ont entraîné les Mollahs à faire un choix entre l’intérêt national et la préservation de leur idéologie. Vingt-sept ans après la Révolution islamique, l’Iran présente une autre notion de l’Islam appuyée sur le nationalisme iranien et plus ancrée dans la tradition chiite à travers le mahdisme, l’attente de l’Imam occulté. Le chiisme possède un caractère messianique en considérant que le douzième imam reviendra sur terre lorsque le chaos régnera afin de mettre fin à la dictature des puissants. Ce retour est considéré comme la fin de l’Histoire et le triomphe de Dieu dans le destin des hommes. Le culte ardent que voue le président iranien actuel au Mahdi ne manque de défrayer la chronique. Nombreux observateurs estiment qu’Ahmadinejad ne craint pas la confrontation avec l’Occident car celle-ci ne ferait qu’accélérer le retour du Guide disparu.
Zeev Magen, spécialiste de l’Iran et de la culture perse à l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv, ne croit pourtant pas à cette vision apocalyptique de l’Iran. Il est vrai qu’Ahmadinejad est un mystique, mais il ne contrôle -et ne contrôlera- pas, le pays. Le système iranien est tel que le président reste le numéro 5 du régime, et ne possède pas l’accès aux décisions stratégiques. «Il n’y a aucun doute en revanche sur la volonté des dirigeants iraniens à détruire Israël, puisqu’ils ne reconnaissent pas sa légitimité», affirme Magen. Il cite en exemple une lettre écrite par l’Ayatollah Khamenei –l’actuel Guide suprême- à Hassan Nasrallah où il est dit qu’en Israël, les juifs ne respectent pas le shabbat, que les femmes portent des tenues provocantes et que par conséquent, une société comme celle-ci court à sa perte. «C’est intéressant car il est écrit la même chose dans le Coran», ajoute-t-il. Pour Mahdi Jahandar, il existe effectivement des références similaires envers le «Peuple élu» dans le livre saint musulman. «Il est dit que les juifs n’ont pu obtenir la terre promise car ils n’ont pas respecté leur promesse envers Dieu. Cet argument est toujours mis en avant pour délégitimer Israël».
La République Islamique a toutefois bien évolué depuis sa création. A l’heure où les régimes arabes font face à une forte demande de leur population à plus de religion, les iraniens ont peut-être fait le bilan de l’Islam politique pour le dépasser. Comme l’explique la sociologue Azadeh Kian-Thiébaut, les femmes iraniennes rejettent le port du voile au mépris des lois islamiques en vigueur, alors que leurs consœurs marocaines, égyptiennes ou encore européennes se voilent[8]. Avant d’être religieuse, la Révolution était avant tout nationale. «Tout en gardant l’idiome islamique, la priorité iranienne d’aujourd’hui réside avant tout dans les intérêts nationaux. Ceux-ci peuvent correspondre aux intérêts occidentaux, voir même israélien», explique Mahdi Jahandar. «Seule l’identité nationale peut aider à la réconciliation avec l’état hébreux», conclut-il. En clair, c’est la primauté de la nation sur le religieux qui peut être un partenaire pour la paix. Hossein Derakhshan's, journaliste et blogger iranien, maintient que les iraniens n’oublient pas le rôle d’Israël dans la vente d’armes à Téhéran lors de l’affaire des Contras. «Ce qui est, bien sûr, en faveur d’Israël[9]».
Faut-il donc avoir peur de l’Islam ? Il est clair que l’instauration d’un califat universel au profit d’une seul Oumma religieuse ne peut correspondre à la réalité géopolitique occidentale. La primauté du religieux sur le politique reste un risque de déstabilisation. Cependant un Islam politique intégré dans la notion d’Etat et acceptant les règles du pragmatisme pour préserver l’intérêt national peut à l’inverse emmener à un «dialogue des civilisations». Termes employés par l’ancien président iranien, Mohammed Khatami, religieux et descendant du Prophète, qui alla même jusqu’à plaider pour la non ingérence de son pays sur le conflit israélo-palestinien. Pour le moment, l’heure n’est pas encore au dialogue. «Nous traversons actuellement une longue période de crise, peut-être même l’approche d’un autre conflit militaire» estime Mahdi Jahandar. «Mais cela reste une transition. Je pense que la prochaine étape sera la paix, du moins je l’espère[10]».
17:40 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Islam, Iran, Irak, Maghreb, Israël, Khomeyni, Imam
Nouvelle étape
Hé oui, un nouveau post ! Les rares lecteurs qui continuent à jeter un coup d’œil occasionnel sur mon site doivent être surpris de voir un nouveau billet en ce début d’année 2008. Il y a un an tout juste, j’étais dans un des nombreux coffee shop de Tel Aviv en train de partager mes impressions sur ce blog. Le point central résidait dans les rencontres ou les interview qui pouvaient servir à améliorer mon mémoire de recherche. Malgré quelques péripéties et plusieurs changements j’ai pu terminer ce mémoire et comme j’ai pu l’exprimer dans mon post précédent, j’avais besoin de faire le point.
Il était difficile ensuite de revenir sur ce blog. J’ai essayé à plusieurs reprises d’écrire une chronique sur les divers événements du Proche-Orient (et entre les élections libanaises, la conférence d’Annapolis et le rapport des services secrets américains sur les intentions nucléaires de Téhéran, les sujets ne manquaient pas), mais je n’avais pas de fortes motivations. Oui, j’avoue, j’ai été un vrai fainéant. Je travaillais toujours au café, je devais écrire un article pour un magazine israélien et un autre pour la Revue Internationale et Stratégique puis surtout, il fallait que je fasse le point sur l’après - mémoire. Il fallait penser sérieusement à mon orientation professionnelle et contrairement aux années précédentes, je ne voulais pas me disperser.
Au mois d’août dernier, j’ai écris que ma priorité était de trouver un travail plus épanouissant que ma situation actuelle. J’avais également ajouté que je commençais à avoir une vision plus claire sur mon avenir et que j’en parlerai le moment venu.
Aujourd’hui, je peux en dire plus sur l’avenir. J’ai finalement quitté le café et j’ai décidé de quitter la France également (du moins pour quelques temps), non pas pour un pays du Moyen-orient mais vers une destinations beaucoup moins « chaude » puisque je serai au Canada le 17 janvier. Avec un visa temporaire d’un an en poche, je pars m’installer à Montréal dans l’optique de trouver du travail.
Je ne pars pas non plus 100% à l’aventure car je commence un stage à mon arrivée à la Chaire Raoul-Dandurand, un centre de recherche en géopolitique qui travaille entre autre sur les Etats-Unis, le terrorisme et bien sur le Moyen - Orient. Je vais entre autre participer à l’organisation d’une conférence scientifique sur l’influence de la Turquie au Proche-orient ou encore rédiger une note de recherche sur la politique de défense de l’Iran. En bref, beaucoup plus cool que le Moccacino parfumé au caramel. Maintenant le but du jeu va être de trouver un travail et il est clair que ce stage peut être un excellent tremplin pour atteindre cet objectif.
Pourquoi le Canada ? Je ne vais pas sortir le discours habituel comme quoi la France est atteinte d’un cancer économique en pleine phase terminal et qu’il ne peut avoir aucune perspective d’avenir à l’exception d’être un maître de la Tectonik ou bien vendre des millions de singles d’une chanson où apparemment il faut faire attention aux garçons, il paraît que ce sont tous des c…
Non seulement, je ne le pense pas (j’ai du certainement crié le contraire lors de mes trop nombreuses sautes d’humeurs) mais surtout je ne considère pas le Canada comme un eldorado bienfaiteur accueillant à bras grands ouverts les jeunes français cyniques et désabusés. J’ai déjà eu la chance, il est vrai, de vivre quelques mois au Québec dans le cadre d’un échange universitaire et j’en garde un très bon souvenir, mais il est impossible de vivre deux fois la même expérience.
Mon choix est surtout le résultat logique d’un jeu de questions/réponses personnel du style : « Qu’es que tu vas faire maintenant ? », « chercher du travail ». « Des opportunités t’attendent en France ? », « aucune excepté devenir manager du café ». « Tu n’avais pas envie de vivre au Canada à une période ? », « oui c’est vrai ». « Qu’es ce que tu as à perdre si tu cherches du travail la bas », « à part un peu de temps, … rien ». « Si jamais cela ne donne rien », « c’est à 8 heures d’avion de la France ». En clair, quitte à prendre du temps pour trouver un bon job, autant tenter le coup la-bas. Au mieux, je réalise un rêve de gosse (partir à New York le week end pour assister à des concerts New-Soul à Harlem), au pire, je perds un peu de temps.
Je pars donc le 17 janvier et je commence ensuite mon stage en géopolitique. J’aurai sûrement des tas de choses à raconter qui sait ? A la place de l’étudiant bobo parisien qui me dira « Salut Julien, tu me fais un petit café ? », j’aurai peut être un chef de service typé Afro-américain qui me criera tous les matins : « Hé Saada ! je veux un rapport sur la situation iranienne à 9h tapante sur mon bureau ! Et tu me fais pas exploser la moitié de la ville comme la dernière fois ! Moi j’ai le maire, l’Agence Atomique et l’ONU sur le dos, alors il me faut des résultats Saada ! Et Fissa ! »
Il faudra tout de même que je veille à ne pas trop détailler mon passé parisien, sinon cela risque vite de se transformer en :
- Hé Saada !
- Oui ?
- Il paraît que tu sais faire du bon café….
17:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Canada, Raoul dandurand, montréal, québec


