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18.08.2007

Eye of the tiger

Ce texte est une suite à un post écrit le 24 février 2007 intitulé «La barque n’avance qu’en ramant».

 41532e29bd36fdd2489363e098da8e59.jpgLe 15 juillet dernier, à la veille de soutenir mon mémoire. Je m’imaginais déjà écrire un fabuleux post complètement mégalomaniaque relatant en détail et de façon très romancée la manière dont «j’ai pu me relever de mes épreuves et finir d’écrire ce mémoire en dépit des coups durs, des problèmes financiers et du nombre d’heures passées à servir des cappuccinos frappés».  

 Le 16 juillet dernier, le résultat dépassa largement mes espérances puisque j’ai obtenu la note de 17 sur 20, avec la mention «Très Bien». C’était encore plus beau que j’imaginais : il y a quelques mois encore, j’étais à 2000 euros de découvert, croulant de dettes, mes projets étaient à l’eau et je n’avais plus d’autre choix que de travailler à plein temps comme garçon de café. Aujourd’hui, j’ai non seulement réglé mes dettes, j’ai de l’argent de côté et surtout j’ai réussi à obtenir mon diplôme la tête haute (avant de vous entendre poser la question, je préfère répondre: « oui, je sers encore des cafés »). N’empêche qu’il m’en fallait de peu ce jour là pour voir débarquer Apollo Creed et l’entendre dire : « You see man, I told you ! Eye of the tiger man ! »

Après ma soutenance, j’ai eu deux réactions. Sur le coup, j’ai voulu tenir au courant tous mes proches et l’équipe SFR a rapidement compris que je célébrais un heureux événement (je les imagine déjà dans leurs bureaux taper des mains et chanter en chœur : «Il est revenu ! Il est revenu !»).  J’ai déambulé dans les rues parisiennes des heures durant avec mon plus beau sourire. Puis le soir venu, pris d’un coup de fatigue assez phénoménal, j’ai préféré fêter cette victoire tout seul chez moi en regardant l’île de la tentation (au passage, ils en tiennent tous une sacrée couche cette année) plutôt que de sortir faire la tournée des bars. J’étais vraiment heureux ce soir là, mais je ne me sentais pas encore prêt à l’exprimer pleinement ni à en parler sur ce blog. J’ai contenu tellement de choses ces six derniers mois qu’il m’était impossible de tourner la page aussi rapidement. Surtout que tout s’est joué au sein d’une petite demi-heure de soutenance. Je dois aussi reconnaître qu’il est plus facile d’écrire quand ça va mal que l’inverse…

Je suis arrivé à Paris en octobre 2005 afin de valider un Master 2 en Relations Internationales à l’IRIS – Institut de Relations Internationales et Stratégiques-. Je devais obtenir le diplôme en moins d’un an, je l’ai eu en deux ans. Je m’étais lancé sur tellement de fronts différents que j’avais oublié l’essence même de mon principal objectif. J’ai fait un peu tout et n’importe quoi ces deux dernières années : J’ai bien sûr servi des tas de cafés, mais j’ai également été prospecteur commercial pour des banques, RP événementiel pour les soirées parisiennes, «chef de projet» sur une étude au Kazakhstan, Président de l’association étudiante, stagiaire au service communication de l’IRIS, journaliste en Israël…

  Alors bien sur, toutes ces activités, ça crée des beaux souvenirs, et ça contribue aussi à des moments inoubliables. Mais je comprends aujourd’hui le manque de cohérence qui caractérisait ma première année à Paris. J’ai voulu aller trop vite,  j’ai joué au dessus de mes moyens. Un moment ou un autre, je devais en payer le prix.   

Ce mémoire représente donc une véritable revanche personnelle qui va bien au delà des six derniers mois. C’est une victoire qui met un terme à tout ce que j’ai entrepris ces deux dernières années. La page des études est finalement tournée et il est temps aujourd’hui de s’ouvrir à un nouveau chapitre. Il reste toutefois quelques points importants que je dois mettre à plat.

Le Kazakhstan

  Que dire sur le Kazakhstan ? Mes sentiments sont contradictoires envers ce pays. Il représente à la fois une grande expérience humaine mais demeure en même temps une source de problèmes, de déceptions, voir d’échec. J’imagine bien que vu de l’extérieur, cela peut sembler ridicule d’attacher autant d’importance à ce qui reste au final qu’un simple problème d’argent. Moi même parfois, je trouve ça assez dingue d’avoir réagi de cette manière alors que j’écris régulièrement sur une région où la mort est omniprésente, du genre : «c’est bien malheureux ce qui se passe là-bas, mais surtout qu’on ne touche pas à mon argent !».

 

Mais sur le coup, le souci était ailleurs. Ma déception a été à la hauteur de l’énergie que j’avais investie dans ce projet, et j’ai eu ce sentiment insupportable d’avoir échoué. Ce simple «problème d’argent» représentait l’aboutissement d’une série de coups durs amorcée depuis mon arrivée à Paris. Sur le moment, je me suis senti diminué, je me suis senti… un looser et l’idée de mettre de la chantilly sur les Moccacinos ne m’a pas vraiment remonté le moral.  

Puis le temps est passé, j’ai repris mon mémoire et je me suis même mis au footing à cinq heure du matin (l’œil du tigre !). On se rend compte d’ailleurs que «la France qui se lève tôt» n’est pas celle que l’on croit. Des amis ont fait leurs apparitions (petit clin d’œil à MissWorldwide), d’autres ont disparu. La café m’a permis de payer les factures et de me remettre à jour. Ce n’est pas mon premier «petit boulot», mais il est bon parfois de se rappeler qu’il n’y a pas de sots métiers. Finalement, cette expérience était on ne peut plus positive, car ce n’était pas qu’un simple souci monétaire, c’était également un gros problème d’ego. Je pense que j’avais besoin d’une bonne «claque», j’avais besoin… d’humilité. Il faut bien l’avouer, quand on crée un blog qui se nomme JustBeMe, c’est qu’on porte en soi une sacrée mégalomanie ! Aujourd’hui, j’ai eu mon mémoire, je peux mettre au placard l’idée même d’être un looser.

Je ne suis pas parti seul au Kazakhstan. Mes relations avec l’équipe qui a entouré ce voyage sont quasi – inexistantes actuellement, mais elles restent compliquées. Je ne cache pas leur en avoir terriblement voulu ces six derniers mois, car nous sommes restés dans deux logiques différentes. Pour eux, chacun à contribué à sa manière au bon déroulement de l’étude. Pour moi, j’ai fait 75% du travail et en plus je me suis coltiné le sale boulot. Pour eux, ils ne m’ont jamais forcé à récolter de l’argent. Pour moi, personne ne serait parti sans mon travail. Pour eux, je n’ai pas été assez explicite et ils n’avaient pas compris la raison première de mon endettement. Pour moi, j’ai payé les pots cassés et ils ont préféré regarder ailleurs. Ils m’ont laissé tombé.

 Je pense que les deux logiques sont valables et je reconnais avoir ma part de responsabilité dans ce qui ressemble aujourd’hui à un vaste gâchis. J’ai pêché à travers mon ego surdimensionné et eux ont refusé d’accepter l’ensemble de la réalité.

  Personne n’a voulu être mauvais dans cette histoire, mais le mal a été fait et c’est toute une série de malentendus et de «non-dits» qui ont contribué à laisser sur le projet une blessure profonde. Cela a été une erreur de leur en vouloir. Aucune personne de l’équipe n’a été responsable directement de ce qui m’est arrivé. Je dirai plutôt qu’ils m’ont laissé tomber «malgré eux», qu’ils ne s’en sont même pas rendus compte.  

Malheureusement, il est impossible de revenir en arrière et je ne pourrai plus jamais revoir l’un d’entre eux sans penser à une période négative que je préfère laisser derrière moi. Ce sentiment a tristement été confirmé récemment.

La vie reste cependant pleine de surprise et j’ai pu voir apparaître des amis dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Laissons donc le temps au temps. 

Le Crédit Lyonnais

Alors oui, j’en ai voulu au Crédit Lyonnais, et honnêtement je n’ai aucun regret là-dessus. Si j’avais pu envoyer une équipe de mercenaires kazakhs complètement défoncés au Crack dirigée par  MC Jean Gab’1 afin de me faire rembourser, je n’aurai pas hésité. Malheureusement je n’avais pas d’argent… Plus sérieusement, il n’y a pas grand chose à dire. J’ai été victime de l’incompétence d’un couple de banquiers (Ludovic Metzer et Angélique Corona)  qui ont été incapables de me téléphoner directement ou de me regarder en face pour m’expliquer qu’en raison de leur manque d’expérience, je vais être victime d’une arnaque financière. Aujourd’hui, je m’en suis sorti, la page est tournée et il n’y a rien a ajouter. 

Si cela peut rassurer certains, je suis quand même passer à l’improviste dans le bureau de Ludovic Metzer afin de lui faire comprendre qu’il n’était qu’un minable, lui et sa copine. J’ai également ajouté qu’à ma place, il n’aurait même pas tenu deux jours et que son attitude a été lâche et honteuse. Il n’a pas su quoi répondre et je suis sorti de la banque en écoutant du 50 Cents et en enfilant ma paire de Ray Ban. C’est sûr, ça m’a fait du bien. Mais ça ne change rien à la situation. Je me suis fait avoir et ce qui est fait est fait.

L'Iran

  Si je donne autant de détail sur mes aventures financières, c’est que je me dois aussi de donner quelques explications sur ce voyage tant attendu et sans cesse reporté, car  au final, tout est lié. 

Après mon endettement, un de mes premiers objectifs a été de continuer mes projets connectés à ce blog et j’ai fait de ce voyage en Iran une de mes priorités. La seule directive imposée était de partir avec des rendez-vous déjà définis en vue de décrocher des entretiens clefs. Mon intermédiaire à l’ambassade devait m’accompagner dans cette visée. C’est là où ça a cloché, car j’ai effectivement obtenu mon visa assez rapidement grâce à ce contact, mais en revanche aucun rendez-vous concret n’était fourni.

  Ma motivation en a pris un sacré coup. Partir en touriste en République Islamique alors que mes dettes n’étaient pas encore réglées au risque de revenir encore plus pauvre que lors de mon retour de Tel Aviv ne m’enchantait guère.  De plus, on était en pleine affaire des marins britanniques et il fallait me voir devant mon écran de télévision le front plein de sueur en train de penser : «Bon mec, tu vas aller en Iran, ils vont voir que tu es allé chez leurs amis israéliens, tu vas être accusé d’espionnage et hop, un petit séjour forcé de deux ans à la prison d’Evin ! Résultat tu seras toujours sans argent, tu n’auras pas terminé ton mémoire, puis surtout, aucun moyen de rejouer le scénario de Prison Break, vu que l’Islam interdit les tatouages». 

Blague à part, étant encore en train de payer les pots cassés du Kazakhstan, je ne me sentais pas prêt à reprendre un tel risque. Surtout que cette fois, je n’avais plus aucune garantie derrière moi. Le projet tient toujours, il est seulement reporté. Pour la date, je ne sais pas encore.

Et après?

   Mon mémoire s’intitule : «Stratégie politique iranienne : idéologie ou pragmatisme ? ». J’ai essayé de définir dans ce travail si la République Islamique sous Ahmadinejad sonnait le retour des premières heures révolutionnaires Khomeyniste ou si au contraire, l’Iran rentrait dans une configuration plus pragmatique. Téhéran a indéniablement été pris d’une fièvre révolutionnaire expansionniste après la chute du Chah. Mais la guerre de huit ans contre Saddam, la situation économique d’après-guerre, l’isolement international et la mort de Khomeyni ont forcé le régime des Mollahs à opter pour une logique plus réaliste, malgré le maintien de son idéologie.

  A la fin de ma soutenance, mon directeur de recherche m’a demandé ce que j’avais prévu pour la suite. Je lui ai répondu que j’étais encore dans le flou car moi aussi j’ai été pris d’une fièvre révolutionnaire lorsque j’ai débuté ce Master, mais en vue de la situation économique d’après - Kazakhstan, j’ai du devenir plus pragmatique. Ma priorité est de trouver un travail plus épanouissant que ce que je fais actuellement. Pour cette raison, mes projets de voyages sont mis de côté. 

Aujourd’hui, j’ai une vision un peu plus claire concernant mon avenir. J’en parlerai le moment venu. Tout ce que je peux dire, c’est que j’arrête de servir les cafés au cours du mois d’octobre.

 

Voilà, les lecteurs ont compris que j’avais besoin de faire un dernier point avant de définitivement tourner la page, et comme prévu, j’ai écris quelque chose d’assez mégalo. Mais bon, je crois qu’il y a certains côtés de ma personnalité qui ne changent pas, et c’est sûrement mieux ainsi.  Dans mon dernier post, «La barque n’avance qu’en ramant», j’avais écris que chaque plaie, une fois cicatrisée nous marque pour la vie. Aujourd’hui, je peux rajouter une chose : chaque cicatrice est une victoire.

           

 

     

 

A JustBeMe come back coffee time

b0b4d97118ed4a81c3b7e89611c4be81.jpgAu sommaire :

  Une interview d’Ismail Haniyeh sur Euronews 

Ismail Haniyeh

 

 

 

 

Le témoignage d’ancien prisonniers de Guantanamo Bay

  The Road to guantanamo  

 Un éditorialiste du NewYorkTimes regrette d’avoir soutenu le Président Bush  

 9f570da945a18610155b364e2cee4830.jpgDans le New York Times, le politologue et éditorialiste Michael Ignatieff prend la plume pour se repentir. Devant la catastrophe irakienne, il regrette d'avoir soutenu le président Bush. Extraits :

"La catastrophe irakienne a définitivement décrédibilisé le jugement politique d'un président mais aussi de beaucoup d'autres personnes, moi inclus, qui, comme commentateurs, ont soutenu l'invasion. Nous étions nombreux à penser, comme me l'a dit un ami exilé irakien la nuit où la guerre a commencé, que c'était la seule chance pour les gens de sa génération de vivre libre dans leur pays. Que ce rêve semble lointain aujourd'hui."

"La décision à laquelle sont aujourd'hui confrontés les Etats-Unis illustre l'extrême difficulté du jugement politique. Rester ou partir : chaque option représente un coût énorme. Une chose est sûre : si les Etats-Unis restent, le coût sera supporté par les Américains, s'ils partent, il sera essentiellement supporté par les Irakiens. L'énoncé du problème montre en lui-même dans quel sens les responsables américains trancheront probablement la question."

"On peut dès lors se demander qui a le mieux anticipé le déroulement des événements sur la question irakienne. Or beaucoup de ceux qui avaient à juste titre prédit une catastrophe ne l'avaient pas fait en exerçant leur jugement mais en faisant appel à l'idéologie. Ils étaient contre l'invasion parce qu'ils pensaient que le président n'en voulait qu'au pétrole irakien ou parce qu'ils pensaient que, de toute façon, les Etats-Unis ont toujours tort."

"Ceux qui ont fait preuve d'un bon jugement ont correctement prédit les conséquences de l'invasion mais également correctement évalué les motifs qui guidaient celle-ci. Ces commentateurs n'avaient pas nécessairement plus d'informations que moi. Ils ont travaillé avec les mêmes renseignements tronqués et la même méconnaissance de l'antique division religieuse de l'Irak. Ils n'ont cependant pas pris leurs désirs pour la réalité. Ils n'ont pas supposé, comme l'a fait le président Bush, que, puisqu'ils croyaient en l'honnêteté de leurs motifs, tout le monde dans la région y croirait aussi. Ils n'ont pas cru qu'un Etat libre pouvait se construire sur les fondations de trente-cinq ans de terrorisme policier. Ils n'ont pas supposé que les Etats-Unis avaient le pouvoir de modeler l'évolution politique d'un pays lointain dont les Américains savaient peu de choses. Ils n'ont pas imaginé que, puisque les Etats-Unis avaient défendu les droits de l'homme en Bosnie et au Kosovo, ils allaient faire de même en Irak. Ils se sont épargné toutes ces erreurs."

"J'ai moi-même commis certaines de ces erreurs, plus quelques autres. La leçon que j'en ai tirée pour l'avenir, c'est de moins me laisser influencer par les passions de personnes que j'admire – les exilés irakiens, par exemple – et de moins me laisser dominer par mes émotions. Je me suis rendu dans le nord de l'Irak en 1992. J'ai vu ce que Saddam Hussein avait fait aux Kurdes. A partir de cet instant, j'ai pensé qu'il devait partir. Mes convictions avaient toute l'autorité de l'expérience personnelle. Mais pour cette même raison j'ai laissé les émotions me faire perdre de vue les questions difficiles, par exemple : les Kurdes, les sunnites et les chiites peuvent-ils ensemble vivre en paix dans un pays que Saddam Hussein tenait par la terreur ?"

"Pour avoir un bon jugement en politique, il faut se juger sévèrement soi-même. Le président n'a pas pris la peine de comprendre l'Irak, mais il n'a pas non plus pris la peine de se comprendre lui-même. Le sens des réalités qui aurait pu le sauver de la catastrophe aurait pu prendre la forme d'une sorte de sonnette d'alarme interne l'avertissant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Il est toutefois peu probable que le président ait jamais entendu de sonnette d'alarme interne. Il a eu une vie protégée et les sonnettes d'alarme ne tintent pas dans ce genre de vie."