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09.06.2007
Fatah Al-Islam: Origines et Conséquences
Depuis le 19 mai, des affrontements violents opposent dans le Nord du Liban, l’armée et les forces de sécurité intérieures (FSI) libanaises à des activistes du Fatah Al-Islam, un groupuscule existant officiellement depuis septembre 2006. Ce mouvement est une dissidence du groupe Fatah Intifada crée en 1983, qui est également une scission du Fatah de Yasser Arafat. Pourtant l’OLP et même le Hamas se sont officiellement désolidarisés de ce groupuscule qui présente un modus operandi et une idéologie plus proche du salafisme transnational d’Al-Qaida, que du nationalisme palestinien[1].
D’après les propos de Chaker Al-Abssi, leader du Fatah Al-Islam, il n’y aurait pas de lien direct entre sa mouvance et celle de Ben Laden, mais l’organisation reste similaire : des Moudjahids (combattants) de différentes nationalités (saoudiens, libyens, syriens, libanais), ainsi qu’un système de cellules dormantes puisque la première confrontation avec l’armée s’est déroulée dans un quartier chic de Tripoli contre des «voisins sans histoires» comme le rapporte une habitante du quartier: «Quand les militaires leurs ont demandé de se rendre et précisé qu’ils ne voulaient pas de violences, mes voisins ont répondu qu’ils ont pour mission de combattre l’Amérique et Israël. L’armée a rétorqué qu’ils n’avaient qu’à aller dans le sud du pays si ils voulaient se battre. Les autres se sont mis à crier ‘Allah Akbar’ et n’ont pas arrêté de tirer ![2]».
Le Fatah Al–Islam s'était déjà distingué en février dernier en perpétrant ses premiers attentats dans la montagne chrétienne, non loin de Beyrouth, au moyen de bombes placées dans des bus. L'armée libanaise avait procédé à plusieurs arrestations[3](dont quatre syriens).
Comment ces jihadistes ont ils pu infiltrer les territoires palestiniens ? Il faut d’abord remonter à la mort de George Habbache et de Wadie Haddad, tous deux cadres du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine, organisation marxiste rivale d’Arafat), qui contrôlaient les camps palestiniens au nord du Liban. Leurs disparitions ont permis l’ouverture et l’accès à différentes mouvances et idéologies, comme le Fatah Intifada, milice pro – syrienne qui s’est islamisé dans les années 90. Aujourd’hui, la situation extrêmement précaire des palestiniens ajoutée aux affrontements sanglants entre les différentes milices du Fatah et du Hamas ont accentué cette tendance d’infiltration aussi bien au Liban que dans les territoires palestiniens. A Gaza, un célèbre journaliste anglais de la BBC, Alan Johnston est retenu en otage depuis plusieurs mois par un nouveau groupe sorti de l’ombre : «L’armée Islamique», qui s’est officiellement présenté dans une vidéo envoyée à Al - Jazeera en Mars. «On assiste à un réveil de l’Islam depuis 25 ans maintenant», déclare Abu Ahmed Taha, un membre influent du Hamas. «Mais aujourd’hui, l’influence d’Al Qaida représente un réel problème pour nous[4]». Mr Taha précise que le danger provient du nombres influents de milices sporadiques et ad hoc qui alimentent les tensions déjà exacerbés au sein des territoires[5]. Une animosité et un désespoir qui tournent beaucoup de jeunes vers une carrière de Jihadistes, là où le panarabisme et le nationalisme ont échoués.
Pour revenir aux camps de Nahr al Bared et de Baddaoui au nord du Liban, les autorités parlent de l’influence de Damas, déjà soupçonné d’être derrières les principaux attentats qui suivirent la mort de Rafic Hariri avec les conséquences que l’on connaît. Le principal argument est que Chaker Al-Abssi a fait un tour dans les geôles syriennes pour son appartenance à Al Qaeda avant d’être relâché il y a un peu plus de deux ans. Ce même Al-Absi a aussi combattu sous le nom d’Abou Hossein au sein de l’Armée islamique en Irak auprès du défunt Abou Moussab al – Zarquaoui[6]. Ce dernier avait souhaité se rendre au Liban pour y implanter un réseau chargé de préparer des opérations terroristes sur le sol hébreu. D’après Alain Rodier, du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, il en a été fermement dissuadé par les Iraniens dont il était alors un affidé. Il a échappé par la suite aux services secrets iraniens mais n’a pas réussi à mettre ses plans à exécutions[7]. Abou Hossein, qui était déjà recherché par la Jordanie pour sa participation au meurtre du diplomate américain Lawrence Foley, a donc repris le flambeau. Accompagné de plusieurs jihadistes irakiens, il reprit les locaux du Fatah Intifada dans le camp de Nahr al Bared au Liban. Apparemment ce serait Abou Khaled al-Aamlé, ancien adjoint d’Abou Moussa, le fondateur du Fatah Intifada, qui aurait contribué à la structure du Fatah Al-Islam en envoyant des Moudjahidins de par le monde, directement de Damas. En retour, il est considéré comme un renégat de la part du Fatah intifada[8]. Pour Bernard Rougier, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO), «ce sont des réseaux religieux locaux, à tendances salafistes, qui ont pu faciliter l’implantation du Fatah al-Islam[9]».
La Syrie était déjà montré du doigt pour ses ingérences en Irak et il est indéniable que les nombreuses tentatives pour déstabiliser l’instauration d’un tribunal international place le régime de Bachar Assad comme suspect numéro 1. Toutefois, sortir la carte d’un Djihad inspiré par Ben Laden peut s’avérer troublante. «L'agenda politique de la Syrie laisse entendre qu'elle est derrière ce mouvement, mais tout n'est pas aussi clair. On peut se demander si l'Arabie Saoudite sunnite ne joue pas aussi de son influence afin de contrer le pouvoir grandissant du Hezbollah chiite», exprime Hasni Abidi, Directeur du Centre d'étude et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam)[10]. Pour Bernard Rougier, il y a effectivement un intérêt commun entre le Fatah al Islam et le gouvernement de Bachar, mais pas dans le sens d’une connivence. Il explique que les groupes sunnites libanais, même les plus radicaux ont fait le choix de la protection communautaire. En dépit de tous les différents que ces groupes peuvent avoir avec le gouvernement, ils se joindront au sein du clan Hariri en cas de confrontation avec le Hezbollah. «Le Fatah Al-Islam est le seul mouvement sunnite qui refuse de s’inscrire dans cette logique confessionnelle. Il obéit à son propre agenda qui consiste à lutter contre les objectifs occidentaux», raconte Bernard Rougier. «Par conséquent, il y a dans cette division un gain en commun qui réside dans la déstabilisation du Liban[11]».
Quant au Hezbollah ? Et bien le mouvement chiite se veut critique envers le Fatah Al-Islam mais maintient une position neutre en estimant que le fait de s’en prendre à la structure du Fatah Al Islam au sein des camps palestiniens est une ligne rouge à ne pas dépasser tout comme s’en prendre à l’armée libanaise est une ligne rouge à ne pas franchir. «Il est intéressant de constater que le Hezbollah n’a pas, jusqu’aux dernières nouvelles, émis d’opinions concernant le Tribunal international», observe Barah Mikaïl, spécialiste du Moyen Orient à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques. «Nasrallah s’est placé dans l’opposition par rapport aux évolutions précédentes, et tente de se reconfigurer par rapport aux nouveaux événements», conclut-il[12].
D’après Seymour Hersh, célèbre journaliste au New Yorker qui a pu interviewer le leader du mouvement chiite quelques mois auparavant, la nouvelle position de Nasrallah s’expliquerait à travers les extrêmes précautions prises pour sa sécurité non pas à cause de l’état hébreu, mais en raison des menaces exercés par les services secrets jordaniens ainsi que par divers mouvances sunnites se revendiquant d’Al Qaida. «N’est ce pas ironique ? Le héros de la rue arabe, devient une menace pour les arabes sunnites qui l’accusent de mener une guerre sectaire» a écrit Seymour Hersh[13].
Cette situation complique également la position du Hamas qui se retrouve face à un choix d’une importance stratégique. Si le Hamas décide de se rallier auprès du Fatah de Mahmoud Abbas afin de nuire militairement à l’influence salafiste transnationale dans les camps palestiniens, il participera malgré lui à l’application de la clause 1559 des Nations Unies dont la finalité est de désarmer le Hezbollah au profit d’une armée libanaise. Le groupe chiite représente pour le Hamas un partenaire tactique de taille dans la guerre de harcèlement menée contre l’état hébreu. Un désarment du Hezbollah entraînerait obligatoirement une modification interne du parti religieux palestinien. «C’est l’enjeu majeur qui se joue entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam», estime Barah Mikaïl. «Si le gouvernement libanais arrive à faire la différence, alors celui-ci estimera qu’il est temps pour lui de prétendre à sa pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire à travers la résolution de l’ONU[14]». Par conséquent aux désarmements de toutes les milices libanaise, et donc à la démilitarisation du Hezbollah.
[1]Dans son discours, le Fatah Al-Islam n'hésite pas à déclarer que le Hamas a vendu son âme et tente, dit-on, de récupérer la lutte palestinienne. Voir : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7...
[2] Voir émission «C dans l’air » intitulé : «Liban : l’infiltration terroriste», 31 mai 2007, http://www.france5.fr/cdanslair/index.cfm
[3] http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7...
[4] http://www.nytimes.com/2007/05/31/world/middleeast/31pale...
[5] Ibid[6] Zarquaoui était considéré comme l’ennemi public numéro 1 par les américains en Irak. Il fur en outre, responsable de la décapitation du civil américain Nicholas Berg. Il a été tué par les américains le 7 juin 2006.
[7] http://www.cf2r.org/fr/article/article-Liban-le-Fatah-al-...
[8] Ibid
[9] entretien avec Bernard Rougier, «La Fatah al-Islam, symbole de l’islamisation des camps palestiniens», le 24 mai 2007, www.lemonde.fr
[10]http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=7...
[11] entretien avec Bernard Rougier, op.cit.[12] Voir émission «C dans l’air » intitulé : «Liban : l’infiltration terroriste», 31 mai 2007, http://www.france5.fr/cdanslair/index.cfm
[13]http://www.newyorker.com/reporting/2007/03/05/070305fa_fa...
[14] Entretien avec Barah Mikaïl, http://www.iris-france.org/fr/stream/2007-05-30-bm.php3
02:20 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Liban, Syrie, Camps Palestinien, Fatah Al-Islam, Al Qaida, Djihad, jihadisme



Commentaires
Merci Julien pour cet éclaircissement a propos des évenements qui se déroulent dans mon pays ...
Ecrit par : MAnu | 16.06.2007
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