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24.02.2007
La barque n'avance qu'en ramant
Les quelques lecteurs qui suivent mon blog ont du remarquer mon absence ces derniers temps. Plus de revues de presse, plus d’opinions, plus d’articles sur le Moyen Orient. Je n’ai en aucun cas abandonné mon travail sur ce blog et je tiens toujours autant à mes projets de voyages. Cependant, j’ai eu des gros soucis à mon retour d’Israël dont je peux au moins expliquer une partie.
Il y a quelques mois j’étais au Kazakhstan dans le cadre d’un voyage « géostratégique » au sein d’une association. Pour financer ce projet, j’avais monté des partenariats financiers avec des banques. Je leur apportais des nouveaux clients et la banque me donnait une commission de 60 euros à chaque nouvelle ouverture de compte. A quelques semaines du départ, l’association et moi même n’avions pas réussi à ramener assez d’argent pour le projet. J’ai donc monté le même type de partenariat avec ma propre agence, c’est à dire le Crédit Lyonnais (autant citer l’organisme, ça ne me coûte rien). Je leur ai apporté 35 nouveaux clients en moins d’un mois, soit 2100 euros sous formes de chèques-cadeaux. Juste assez pour pouvoir acheter tous les billets d’avions. Comme je devais partir dans une semaine, et qu’il me fallait l’argent tout de suite, ma banque m’a autorisé un découvert exceptionnel afin que je puisse avancer l’argent. Mon conseiller Ludovic Metzer (autant le citer aussi) m’a certifié que tous les comptes étaient validés et que je pouvais partir l’esprit tranquille…
A mon retour, mon conseiller n’était plus là. L’agence a été complètement restructurée, et j’ai eu droit à une nouvelle équipe dont la politesse ferait passer les Talibans pour une ONG humanitaire contre le racisme. Ils m’ont tout de même rassuré en certifiant encore une fois que les comptes étaient validés mais qu’il fallait attendre un peu avant de recevoir la totalité de mes chèques cadeaux.
Quatre mois passent, et avant de partir en Terre sainte, je passe un petit coup de gueule pour savoir où on en est sur mes chèques cadeaux. Encore une fois, ma nouvelle conseillère Angélique Corona (oui, je ne vais pas me gêner) me certifie que tout va bien, que j’allais être remboursé.
A mon retour, toujours rien. Je perds patience et je commence à téléphoner régulièrement à mon agence. Et du jour au lendemain, plus de nouvelles, je n’arrive à joindre personne. Je reçois une lettre recommandée du Crédit Lyonnais m’expliquant que je devais moi même rembourser mon compte en moins de trois jours (Allez trouver 1500 euros en deux jours) sinon je serais fiché Banque de France et donc dans l’impossibilité d’utiliser ma carte…
Ma banque m’a carrément pris en otage. Je pourrais m’amuser à leur coller un procès, mais cela me coûterait plus cher que ce qu’ils me doivent. Je pourrais m’amuser à leur tenir tête mais pour des raisons personnelles, ce fut impossible (ce site n’étant pas un skyblog, je ne vais pas tout dévoiler). J’ai apporté 35 nouveaux clients au Crédit Lyonnais, et le Crédit Lyonnais ne m’a apporté que des emmerdes. Résultat : je suis passé du stade d’apprenti reporter au Moyen Orient à consultant en chocolat viennois et cappuccino frappés pour des fils à papa parisiens.
Le plus ironique (où le plus triste), c’est que le jour même une copine me téléphone pour me dire : « Hey Julien, grâce à toi et à notre voyage au Kazakhstan, j’ai trouvé un super boulot chez Total». Quand elle m’a demandé quelles étaient mes perspectives d’avenir, j’ai hésité entre lui parler de mon poste de «project manager» chez Al Qaida ou bien de ma future carrière dans le hip-hop underground hardcore. J’ai préféré ne rien dire.
A force de faire des références aux Simpson, je me suis carrément retrouvé dans la peau d’Homer : un véritable looser. Mon seul bonheur d’ailleurs, réside dans les donuts aux chocolats et les films bourrés de testostérones (Old Boy, Scarface, Batman Begins, Sin City, Heat, Romanzo Criminale, Menace II Society). Bref, j’ai fait confiance, je me suis planté, et par conséquent mes projets sont extrêmement ralentis.
Mais très honnêtement, le problème n’est pas de perdre de l’argent, ou de bosser comme barman. Le problème n’est pas de traverser des petits moments de galères qui s’ajoutent à la pression quotidienne des parents et des amis qui demandent constamment ce que je vais faire de ma vie plus tard, vu qu’apparemment je l’ai déjà bien gâché. Le problème n’est pas de perdre une bonne partie de la journée à expliquer aux petits jeunes du 16ème qu'un "Moccaccino", c'est le mélange du chocolat chaud et de l'expresso. Le problème c’est que j’ai parfois du mal à accepter ma propre réalité : celle d’un étudiant qui connaît des galères comme les autres et qui doit de temps en temps improviser pour passer certaines épreuves.
On oublie trop souvent que chaque plaie, une fois cicatrisée, nous marque pour la vie. L’égalité des chances n’existe pas et la barque n’avance qu’en ramant, à moi d’accélérer et d’anticiper pour la prochaine fois. Ca commence plutôt mal, il y a quelques jours je suis rentré dans l’ambassade iranienne avec des shekels israéliens en poche…
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