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29.01.2007

Attentat à Eilat...

medium_r157621.jpgQuand j’ai parlé de mon passage à Eilat, j’avais décris cette station balnéaire comme un lieu touristique très tranquille, où beaucoup de touristes arabes et juifs vivent en paix.

 

Aujourd’hui un kamikaze s’est fait exploser dans une boulangerie faisant trois morts et un blessé. Le Jihad Islamique ainsi que les brigades martyres Al-aqsa (milices affiliées au Fatah) ont revendiqué l’attentat, le Hamas a déclaré que cet attentat est une « réponse naturelle » à l’occupation israélienne et le Fatah a condamné ces attentats en affirmant qu’ «ils sont contre toutes opérations visant des cibles civiles, qu’elles soient israéliennes ou palestiniennes». Aujourd’hui Eilat a connu son premier attentat.

 

D’après les Forces de Défenses Israéliennes, le kamikaze serait rentré par la frontière égyptienne et aurait marché à pied jusqu’à la station balnéaire. La frontière est située à une douzaine de kilomètres de Eilat. Le site Palestinien Ramattan cite la famille du «martyr» qui déclare ne plus avoir de ses nouvelles depuis trois jours. «Nous savions qu’il devait effectuer une opération martyre», explique Naeem, le frère du chahid. «Sa mère et son père ont prié pour lui, pour sa victoire». A son arrivée à Eilat, des militants du Jihad islamique lui fournirent les explosifs nécessaires à la finalité de son acte.

 

Le porte parole du Jihad Islamique Abu Hamzeh a expliqué que son organisation stoppa son envoi de bombes humaine pendant quelques temps afin que le Fatah et le Hamas puissent arriver à un accord d’union nationale. «Comme ça n’a pas fonctionné, nous avons repris les opération martyres afin de donner l’exemple[1]».

Abu Hamzeh doit se baser sur le modèle irakien qui est reconnu comme un exemple de paix sociale. A Bagdad, ils essayent tous les jours de former un gouvernement d’union nationale, mais comme ça ne marche pas, ils se font sauter un peu partout… Blague à part (et de mauvais goût), je ne cherche pas à rentrer dans le débat de savoir qui est le terroriste où qui est le résistant, mais très honnêtement je ne pense pas qu’aller faire sauter un boulanger avec trois personnes venues acheter du pain va en quoi que ce soit régler le problème palestinien.  

  

 

 

Une heure après l'attentat, une copine m'envoit via un lien Internet, une vidéo hip hop montrant un rappeur de confession juive et un rappeur afro américain chanter contre le racisme.  En cherchant un peu sur Youtube, je trouve le clip de DAM, un groupe de rap palestinien qui exprime en hébreu le malheur des arabes israéliens. Hossein, le blogger iranien, a parlé de compilations électro mélangeant DJ israéliens et iraniens... On dira que je suis naïf, mais j’ai hâte de passer le clip



[1]http://www.haaretz.com/hasen/spages/819015.html

 

 

23.01.2007

Another JustBeMe Moment

medium_man_read_newspaper_2.jpgPour ne pas tomber dans la déprime, rien ne vaut une bonne petite revue de presse sur le Moyen Orient :

 

  • Le quotidien saoudien Al Wattan rapporte que 45 juifs résidant dans la région de Sa’ada (hé oui comme mon nom) au Yémen, ont été obligés de quitter leurs domiciles suites à des menaces proférées par des fondamentalistes. Selon le journal, la menace est attribuée aux disciples de Hossein Bader a-Din, leader musulman chiite, qui a affirmé que «les juifs sont des agents du sionisme, dont le but est d’éloigner les gens de la religion, de ses principes et valeurs fondamentales». D’après Masoud, juif yéménite fraîchement débarqué en Israël, qui est en contact avec les victimes, une lettre avait été envoyée à la communauté juive du pays déclarant que «quiconque restera ici sera tué ou leurs enfants seront enlevés». Masoud raconte que malgré tout, la communauté juive du Yémen ne veut pas émigrer en Israël et souhaite rester dans leur pays[1].
  • Dans une conférence sur la situation au Sud Liban donné à Herzliya, le Ministre de la défense israélienne Amir Peretz déclare qu’il considère «n’importe quel Palestinien reconnaissant l’existence d’Israël comme un partenaire éventuel, même si c’est le Hamas». Les commentaires sur le site Internet du quotidien de droite Yediot Aharonot ne se sont pas fais attendre : «Peretz est un fou !», «Mais virez le de ce ministère !», «Peretz, si tu veux prouver que tu es un homme, démissionne», «J’ai honte d’avoir un ministre comme ça», «Qui voudrait entamer des accords de paix avec un groupe dont le but premier est de détruire votre pays ?» etc[2].
  • Le voyage en Israël du blogger iranien, Hossein Derakhshan n’est pas passé inaperçu. Certains n’ont d’ailleurs pas hésité à lancer une campagne de diffamation. Pour en savoir plus: http://hoder.com/weblog/archives/015714.shtml


[1] Yoav Stern, Yemenite Jews flee their homes following thrats by extremists, Haaretz.com, 22 janvier 2007 [2] Hanan Greenberg, Peretz : Hamas may be a partner, www.ynet.com, 22 janvier 2007

21.01.2007

"Good Bye Israël"

medium_jerusalem-4_filtered.jpgMon périple en Israël s’arrête ici. J’avais dis qu’à mon arrivée, j’étais presque déçu de ne pas être questionné sur les raisons de ma présence en «terre promise». Ben pour le retour, j’ai eu droit à plein de surprises : Deux heures d’entretiens musclés et un chauffeur de taxi qui m’explique les similitudes entre le judaïsme et la spiritualité du Yoga (il a d’ailleurs réussi à me faire acheter un livre).

 

Il y a beaucoup de chose que j’aurais aimé faire en Israël. Je devais notamment me rendre à Ramallah pour voir Yoel Schemla, mais ce dernier était incapable de m’expliquer ou était situé sa base. Je me voyais mal entrer en plein territoire Palestinien et faire : «Salut les mecs, je cherche une base militaire israélienne, vous pouvez me renseigner ? Comment ça je ne peux plus ressortir…». Je voulais également me rendre au Golan, ce territoire stratégique qui alimente tant de tensions entre Damas et Jérusalem, mais là aussi, je fus pris par le temps.

 

Dans l’avion, j’ai repensé aux propos d’un israélien qui s’était rendu à Auschwitz dans le cadre d’un travail de mémoire. Un groupe de polonais alcoolique qui n’était pas loin avait crié que «les allemands auraient du finir le travail». L’israélien a mis un mois à s’en remettre. Il m’a dit qu’aujourd’hui «ça ne pourra plus nous arriver, car on a un état, une armée et les moyens de se défendre».

 

medium_Liban.jpgMa prochaine étape sera le Liban. Si tout va bien, je serai à Beyrouth fin février, début mars. Ca me permettra d’obtenir une autre vision du Moyen Orient, de comprendre les différentes crises et mutations qui traversent cette région. La situation actuelle à l’air de se dégrader de plus en plus, mais si il y a un pays où il est difficile de prévoir l’avenir, c’est bien celui-là.

 

 Pour le moment, je suis en France. J’ai allumé la télé et je suis tombé sur un énième débat avec Ségolène Royale, j’ai changé de chaîne et je suis tombé sur un énième débat avec Nicolas Sarkozy, alors j’ai éteint. J’ai voulu me détendre avec la presse locale, mais le premier article m’expliquait qu’en mettant trop de sel dans mes plats, j’allais mourir. Le deuxième article étayait le portrait d’Annie F., une étudiante «génération C.P.E».

 

Apparemment, elle a gâché sa vie car à 24 ans, après six ans d’études, elle n’a toujours pas trouvé de boulot. Je me dis qu’il faut pas s’étonner si les jeunes ont peur de la précarité. Si déjà à 24 ans, on est un raté parce qu’on a pas de boulot, comment peut on vouloir prendre des risques ? Changer de travail ? Monter sa boite ?

 

Je reviens à peine d’un pays où les jeunes risquent tous les jours d’exploser dans un bus, et j’angoisse déjà sur le chômage et les repas trop salés. C’est peut être cela l’exception culturelle française.     

 

18.01.2007

Realpolitik et guerre de l'information

Voulant approfondir la question iranienne, j’ai continué ma tournée d’expert à l’université Bar Ilan de Tel-Aviv. A l’entrée, la sécurité me demande si je possède une arme, non pas pour ma tête de terroriste mais parce que la plupart des étudiants (en majorité ceux d’origines russes), travaillent comme agent de sécurité à côté de leurs études. En gros, en plus de l’université, ce sont les premiers à périr dans un attentat kamikaze. J’espère qu’ils ne craignent pas la précarité de l’emploi, car ils risquent de développer un cancer avant les 40 ans.

 

Je rencontre Zeev Magen, professeur à l’Université et qui se veut comme le spécialiste de l’Iran, voir de la culture perse en général. Une photo d’Ahmadinejad en compagnie des rabbins antisionistes du mouvement Nétouré Karta orne sa porte d’entrée et les étagères de son bureau sont remplies de livres écris en Perse et en Arabe. Je suis tombé sur un bon connaisseur de la crise actuelle. Apparemment très gêné de me proposer du café en grain ‘Nescafé’, Magen insiste pour que je ne le boive pas, «Fais semblant de boire le café Julien, je ne t’en voudrai pas. Je sais que vous êtes sophistiqué vous les français avec votre café sans sucre et sans lait».

 

Contrairement à la version officielle, Zeev Magen ne croit pas à une vision apocalyptique de l’Iran. Même si Ahmadinejad est un mystique qui pense que le Madhi (le guide) reviendra parmi les vivants lorsque le chaos règnera sur terre, il ne contrôle –et ne contrôlera- pas le pays. De plus ce n’est pas dans l’intérêt des mollah (bien content de leurs positions actuelles) de voir se réaliser la prophétie chiite. «’Bibi’ Netanyahou (homme politique du Likoud, partie de droite libéral) cherche à convaincre l’occident que Téhéran utilisera sa bombe atomique à des fins destructrices, mais je ne crois pas que ce soit le but des ayatollahs», exprime-t-il. «En revanche, il n’y a aucun doute sur leur volonté de détruire Israël puisqu’ils ne reconnaissent pas sa légitimité. Dans une stratégie commune avec le Hezbollah, les iraniens veulent maintenir la pression sur Israël avec la mise en avant du mythe de Saladin, c’est à dire la victoire à travers la religion, la foi musulmane».

 

Magen démontre ses propos avec l’exemple d’une lettre écrite il y a quelques temps par l’Ayatollah Khamenei à l’intention de Nasrallah. Il est dit qu’en Israël, les juifs ne respectent pas le shabbat, que les femmes portent des tenues provocantes et par conséquent, une société comme celle ci ne peut que s’auto détruire. «C’est intéressant car il est écris la même chose dans le Coran. Le Prophète reproche à plusieurs reprises aux juifs de ne pas respecter leurs traditions», explique-t-il.

 

Magen ne croit pas au succès d’une «Realpolitik» israélienne qui pourrait maintenir une position dominante dans la région, profitant de la confrontation Sunnisme/Chiisme, à travers des alliances contre-natures. Pour lui, Israël paye déjà le prix d’une relation trop étroite avec le shah d’Iran et les conséquences du pragmatisme américain en Amérique Latine sont des exemples frappants du revers de cette politique. «Israël doit se défendre, mais en appliquant les bonnes méthodes, on ne va pas commencer à s’allier avec Al Qaida pour calmer les bassidjis iraniens».

 

Il est vrai que la «Realpolitik» fonctionne, mais à court terme. En pleine guerre froide, quand les soviétiques envahirent l’Afghanistan, la CIA en association avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan entraînèrent et formèrent les Moudjahidins venus du monde entier afin de lutter contre l’ennemi rouge. 20 ans plus tard, un réseau de combattant issue de la guerre afghane, plus connu sous le nom d’Al Qaida, détourne deux avions civils pour les envoyer sur les tours jumelles à New York. En 1987, lors de sa création, le Hamas fut prudemment encouragé par les services secrets israéliens, qui voyaient en cette organisation un contrepoids efficace face aux extrémistes du Fatah. La aussi, environs 20 ans plus tard, le Hamas, dont la charte politique prône la destruction de l’état hébreu, remporte haut la main les élections palestiniennes. «Aussi incroyable que cela puisse paraître aujourd’hui, nous pensions que la politique ‘diviser pour mieux régner’ qui avait si bien fonctionné par le passé, allait marcher cette fois encore» déclare Rafi Eitan, l’ancien directeur des opérations du Mossad[1] 

   

Il n’y a donc pas d’opposition assez forte aujourd’hui pour jouer avec la ‘Realpolitik’. Zeev Magen reconnaît toutefois que les chiites veulent imposer aux sunnites leur interprétation de l’Islam en prouvant que celle-ci est la seule capable de vaincre Israël. Le succès de Nasrallah auprès de la rue arabe en juillet dernier joue en faveur de la vision chiite iranienne. Il n’y a pas de véritable gagnant dans la guerre de juillet, mais le départ de Dan Halutz  de l’état major israélien a provoqué  des manifestations de joies en plein cœur de Beyrouth. Le Hezbollah a résisté à Tsahal, et Tsahal n’a pas récupéré les soldats enlevés. Pour la rue arabe, Nasrallah est un héros.

«C’est comme la guerre de Kippour en 73, les arabes se sont crus les gagnants en raison du choc pétrolier» lance Ron Schleifer, spécialiste en guerre de l’information au centre de recherche Begin-Sadate de Tel Aviv. «Les israéliens ne comprennent pas les arabes, surtout les ashkénazes», ajoute-t-il. «Ils ne veulent pas voir qu’aujourd’hui, c’est une guerre des médias. Pour Tsahal, influencer l’information, c’est de la propagande, et la propagande, c’est Goebbels. Israël n’arrive pas encore à passer ce stade».

 

Pour ce spécialiste des deux intifadas palestiniennes, la propagande est un outil stratégique dans une guerre, et ne peut être considéré comme négative. Elle permet de cibler et de persuader une audience. Mais Ron Schleifer a du mal à convaincre les institutions israéliennes de l’utilité de cette technique. Pour ces dernières, la propagande est réservée aux régimes totalitaires. «Israël ne pense pas sur le long terme, et son image au niveau international en pâtit. On peut le voir avec l’arrogance de certains officiels israéliens en Europe», explique Schleifer.

 

Dans ses conférences destinées à promouvoir la force et la capacité stratégique de l’info-guerre, Schleifer remarque un réel potentiel constructif auprès des jeunes recrues de Tsahal. Cela ne l’empêche pas de penser qu’Israël à perdu la volonté de vaincre. «La première génération a du lutter pour sa survie, la seconde génération a aussi connu la guerre, mais regardez aujourd’hui on est comme l’Europe, on ne pense qu’aux téléphones portables…». Il ajoute que les palestiniens et les iraniens n’ont aucun problèmes à haïr Israël et le congrès négationniste de Téhéran s’inscrit dans une suite d’exemples régionaux. Depuis les années 60, la théorie du complot a toujours été très vendeur.

 

Mais alors, la rhétorique agressive d’Ahmadinejad présente-t-elle une réelle menace ou es ce seulement de la communication ?  «Ca c’est la question à un million de dollars, et c’est là toute la force de la guerre psychologique».



[1] Gordon Thomas, Mossad : les nouveaux défis, p.181, Nouveau Monde édition

16.01.2007

Guerre avec l'Iran, Paix avec la Syrie?

medium_Syria-Israel.jpgHier, je me suis entretenu avec Eytan Gilboa, chercheur associé pour le Begin-Sadat Center for Strategic Studies . Membre du programme de Management et Négociation des conflits à l’Université Bar Ilan de Tel Aviv, Eytan Gilboa a travaillé comme consultant auprès du cabinet du premier Ministre, celui des affaires étrangères et celui de la défense dans les années 80 sous les gouvernement successifs Begin, Shamir et Peres.

 

Contrairement aux propos de Hossein -le blogger iranien-, Gilboa ne voit pas l’Iran comme un éventuel allié d’Israël. «Téhéran constitue la principale menace pour la stabilité et la paix du Moyen Orient» affirme-t-il. «Son régime se base sur une idéologie extrême dont la finalité est de bâtir une théocratie islamique dans la région». Je lui parle de Hossein, de son Blog, ses idées et du fait qu’Ahmadinejad ne contrôle pas l’armée, mais Gilboa rétorque que si le Hezbollah n’a pu lancer de missiles longues portés sur Tel Aviv, ce n’est pas grâce à Khamenei, mais aux forces de Tsahal qui ont détruit leurs infrastructures, et ce, dès le début de la guerre en juillet. «Moi aussi, j’entend dire que 60% des iraniens sont âgés de moins de 25 ans, qu’ils aiment la culture américaine, qu’ils veulent du changement. Mais les faits sont là, ils ont choisi Ahmadinejad comme représentant, et ce dernier n’arrête pas de menacer Israël», explique t’il. Il ajoute qu’aujourd’hui, on peut distinguer nettement un axe irano-chiite partant du nord de l’Irak jusqu’au sud du Liban.

 

Pour Eytan Gilboa, les chiffres confirment la menace iranienne. Les revenus annuels du pétrole s’estiment à 100 milliard de $, mais l’économie reste mauvaise et le taux de chômage très élevé. «Au lieu d’investir dans une prospérité industrielle et économique, le régime islamique verse chaque année 250 millions de $ pour les organisations telles que le Hamas, le Hezbollah où le Jihad Islamique. C’est bien simple, dernièrement  le Fatah a comparé les membres du Hamas comme de simples serviteurs de Téhéran» a-t-il lancé. «Ce n’est pas seulement un problème pour Israël, mais pour la stabilité du monde» .

 

Il n’est pas étonnant qu’Ahmadinejad soit perçu comme le nouvel Hitler en Israël, mais au delà des déclarations envers l’état hébreu, la population s’inquiète surtout d’un scénario identique à la deuxième guerre mondiale avec le manque de réaction des européens. Mr Gilboa affirme qu’on ne considère pas assez le président Iranien tout comme Hitler ne fut pas pris au sérieux. «La troïka européenne pratique la politique du bâton et de la carotte, mais sans utiliser le bâton», explique l’expert. «Je suis persuadé que de grosses sanctions amèneront le régime de Téhéran à revoir son programme d’armement nucléaire».

 

Le soucis, et là j’exprime mon opinion, c’est que l’utilisation du «bâton» ne va pas obligatoirement dans le sens des intérêts économiques européens.  L’Iran est un géant pétrolier et gazier confronté à une croissance constante de la demande. Si demain les Nations-Unis lancent un embargo pétrolier, cela impliquerait que la plupart des Etats clients de l’Iran se rangent au côté des Etats-Unis dans la lutte contre la prolifération, et mettent de côté l’augmentation de leur pouvoir d’achat. George Perkovivh, spécialiste des questions de non prolifération à la fondation américaine Carnegie, résume l’alternative qui s’offre aux européens : «Est ce que les acteurs clés de l’Union Européenne se sentiront plus menacés par les armes nucléaires iraniennes que par l’inflation[1] ?». Actuellement, Paris est dans l’embarras, Jacques Chirac multiplie les appels au dialogue avec l’Iran tout en demandant des sanctions contre Téhéran en raison des activités d’enrichissement d’uranium et dans un même temps, les entreprises et les banques françaises, déjà très présente en Iran, multiplient les investissements, alors que l’Elysée nourrit ses inquiétudes sur le sort des soldats français de la FINUL déployés au Liban[2]. La France démontre une tendance à se rapprocher de la diplomatie russe[3] et envisage graduellement (exprimée par la voix de certains diplomates) l’idée d’un Iran nucléaire.  

 

Quant au Hezbollah ? Et bien Mr Gilboa ne se montre guère rassurant. Il explique que le mouvement libanais, à la fois entité autonome, mais dépendante du support de Téhéran à pour projet commun avec le Hamas, de construire deux bases de lancements de missiles, l’une au sud du Liban et l’autre à Gaza. «Si le cas se présente au Liban, la réponse d’Israël dépendra de la réaction du régime en place, mais la moindre menace émanant de Gaza entraînerait automatiquement sa destruction par les forces israéliennes», précise-t-il. 

 

Je lui demande si le «lapsus» d’Olmert sur la possession d’armes nucléaires par Israël était bien un lapsus, ou une stratégie de dissuasion afin de calmer les ardeurs du président iranien : «C’était bien un lapsus. Israël à toujours maintenu une ambiguïté concernant le nucléaire, et cette politique lui a plutôt réussie. Les pays arabes ne peuvent justifier un arsenal nucléaire et dans un même temps, ils ne sous-estiment pas la force de frappe de l’état hébreu». Eytan Gilboa envisage malgré tout un scénario positif entre Jérusalem et Téhéran selon l’amélioration de la situation Irakienne. «Il est dans l’intérêt d’Israël que Washington travaille aux côtés de l’Iran pour la stabilité de Bagdad», confirme-t-il. «Il faut que Téhéran prouve au monde sa volonté de ne pas se doter de l’arme atomique. Pour le moment ce n’est pas ce qui ressort de l’A.I.E.A.».

 

Avec toutes ces bonnes nouvelles, je cherche à récolter son opinion sur la situation avec la Syrie, car le quotidien Haaretz (encore lui), vient de révéler une série de rencontres officieuses en Europe entre diplomates syriens et israélien en vue d’éventuels accords de paix. Ces réunions secrètes se sont déroulées entre septembre 2004 et juillet 2006 où un document formulant les volontés des deux parties a pu être rédigé. Un américain qui a participé aux discussions, Geoffrey Aronson, membre de la Fundation for Middle East Peace –organisme basé à Washington- a raconté au journal Haaretz ce qui ressortait de ces rencontres. En échange du Golan, Damas appellerait le Hezbollah à se limiter à un parti politique et forcerait Khaled Meshal, leader du Hamas à quitter la Syrie. D’après Aronson, le gouvernement Alaouite ne se reconnaît pas dans la théocratie chiite iranienne et se sentirai comme une partie importante du monde sunnite. 

 

Gilboa certifie qu’Israël est prêt à donner le territoire du Golan mais émet des doutes sur la démarche syrienne. Il voit surtout une pression de Bachar Al-Assad suite à la mise en place prochaine du tribunal international au Liban en conséquence du meurtre de Rafic Hariri. «Il faut se demander si la Syrie veut juste avoir des négociations ou si elle veut arriver à un véritable accord» développe l’expert. «Assad à deux options», poursuit-il, «soit il effectue une démarche symbolique comme Sadate l’a fait en 77[4], soit il reste dans la stratégie des négociations secrètes, mais débouchant sur un accord, de la même manière que Khadafi a négocié avec Washington». 

 

Pour le moment, le Premier Ministre Ehoud Olmert a déclaré que pas un seul membre officiel du gouvernement  s’est retrouvé impliqué dans des négociations secrètes avec la Syrie. «Ce fut une initiative privée de la part d’un individu qui parle pour lui même. D’après ce que j’ai lu, il n’y a pas eu d’interlocuteurs sérieux», a-t-il lancé devant des journalistes au nord d’Israël. Du côté de Damas, c’est la même réaction. «Aucune négociations n’ont eu lieu, le reportage d’Haaretz est complètement faux», a soutenu un officiel syrien du ministère des affaires étrangères.

 

Après cet entretien, j’ai voulu profiter du campus universitaire en m’offrant un petit café. J’aime bien l’ambiance étudiante, on est jeune, on s’inquiète pour son avenir mais en même temps, on veut changer le monde. J’ai décidé de rentrer en bus car j’en avais marre de me faire voler par les taxis israéliens. Au pire des cas, j’aurai peut être moi aussi 72 vierges au paradis. Avec 72 vierges, il y a de quoi passer le temps.

 

Pour plus d’info sur les accords secrets Israël - Syrie :

http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=Syri...

http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=Syri...

http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=Syri...

http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=Syri...

 

En exclusivité, voici le texte complet rédigé lors des réunions secrètes[5] :

 

Nonpaper
Draft 4
August 29, 2004

 

 

Preamble

The objective of this effort is to establish normal, peaceful relations between the governments and peoples of Israel and Syria, and to sign a treaty of peace attesting to this achievement. The treaty will resolve the four "pillars" at the core of negotiations: security, water, normalization, and borders. There is be no agreement on any single one of these issues unless and until all of these issues are resolved.

I. Sovereignty
1. Syrian sovereignty, based upon the June 4, 1967 line in the Golan Heights, is acknowledged by Israel. The mutually agreed upon border will be determined by both parties (and guaranteed by the U.S. and the UN)

II. Framework Agreement, Implementation, and the End to the State of Belligerency
A "Framework Agreement" will address the issues of security (including early warning), water, normalization, and borders. Negotiations to reach such an agreement should proceed as expeditiously.

1. The state of belligerency between the parties will cease upon signature of a framework agreement between the parties, and will include the cessation of hostile actions by each party against the other.

2. Application of Syrian sovereignty in the Golan Heights, the establishment of normal, bilateral diplomatic relations, and the implementation of relevant provisions related to water and security will commence as soon as possible after the conclusion of a Framework Agreement but no later than the signing of a treaty of peace.

3. Implementation of the Israeli withdrawal to the mutually agreed border will occur during a period (the exact time frame to be mutually agreed) from signature of the Framework Agreement.

III. Peace Treaty
1. Satisfactory implementation of provisions and obligations established in the Framework Agreement will result in the signing of a peace treaty between the parties.

IV. Security
1. Demilitarized zones will be established in the areas of the Golan Heights that Israeli forces will vacate.

2. No military forces, armaments, weapons systems, or military infrastructure will be introduced into the demilitarized zones. Only a limited civil police presence will be deployed in the areas.

3. Both parties agree not to fly over demilitarized zones without a special arrangement.

4. The establishment of an early warning system includes a ground station on Mt. Hermon/Jabal as-Sheikh operated by the United States.

5. A monitoring and inspection and verification mechanism will be established to monitor and supervise the security agreements.

6. Direct liaison between the parties will be established in order to: Create a direct, real time communication capability on security issues in order to minimize friction along the international border; Help to prevent errors and misunderstandings between the parties.

7. Zones of reduced military forces will be established in Israel west of the international border with Syria and in Syria east of the Golan Heights. The respective depth of these zones (as measured in kilometers) between Israel and Syria will be according to a ratio of 1:4.

8. The Parties will cooperate in fighting local and international terrorism of all kinds.

9. The Parties will work together for a stable and safe Middle East, including the solution of regional problems related to the Palestinians, Lebanese, and Iran.

V. Water
1. Israel will control the use and disposition of the water in the Upper Jordan River and Lake Tiberias.

2. Syria will not interrupt or obstruct natural flow of water in either quality or quantity in the Upper Jordan River, its tributaries, and Lake Tiberias.

3. Syrian use of the waters of the upper Jordan River, its tributaries, and Lake Tiberias for residential and fishing purposes is recognized and guaranteed.

VI. Park

1. In order to safeguard the water resources of the Jordan River basin, Syrian territory east of the mutually agreed border will be designated as a Park open to all and administered by Syria. The Park is to be established in the Golan Heights upon completion of the Israeli withdrawal and application of Syrian sovereignty in accordance with the treaty of peace. The park will extend from the agreed upon border eastward to a line to be determined by mutual agreement.

2. Park characteristics:
* Park is open for tourism.
* Park will be policed by Syrian park service personnel.
* The park will be free of permanent residents except for conservation and law enforcement personnel.
* No visa will be required for entry into park [from Israeli territory].
* Syrians will issue onsite official entry permit for a nominal fee.
* Visitors wishing to enter other Syrian territory east of the Park must have a proper visa and transit Syrian controls on park's eastern perimeter.
* Entry to park is valid for one day during daylight hours.

End

 

 
   


[1] George Perkovich et Silvia Manzareno, Plan B: Using Sanctions to End Iran’s Nuclear Program, p.23 [2] Le dossier nucléaire embarrasse Paris, Le Monde, Vendredi 3 Novembre 2006 [3] Moscou supporte le droit iranien au nucléaire civil, et vient de vendre un système de défense anti-missile Tor M-1 à Téhéran. Source : Associated Press “Russia confirm Tor-1 sale to Iran”

[4] Anouar Al-Sadate est le premier dirigeant arabe à s’être rendu en Israël.

[5] Source : Haaretz

15.01.2007

"I love Teheran"

medium_hoder.jpgDans un monde où il faut constamment choisir son camp, certaines personnes arrivent encore à nous faire comprendre que nos sociétés sont complexes, qu’il n’y pas vraiment de bien et de mal, mais plutôt des cultures, des idées, des opinions différentes.

 

Hossein Derakhshan's fait partie de cette espèce rare. Il est iranien et fier de l’être. Il ne supporte pas Ahmadinejad mais admire Khomeyni. Il ne croit pas en Dieu mais pense que la république islamique est une solution pour le futur. Il soutient l’idée d’un Iran nucléaire mais se considère comme un ami de l’état hébreu. C’est son deuxième voyage en Israël et Hossein, connu à travers son blog www.hoder.com, porte un T shirt I Love Teheran, ce que je trouve plutôt audacieux.

 

Invité à l’Université de Ben Gurion à Be’er Sheva dans le cadre d’une conférence intitulé «Réformes, oppositions et conflits au Moyen Orient», Hossein s’est exprimé sur la session dirigé par le professeur Yoram Meital, traitant du «phénomène des bloggers comme véritable symbole de l’opposition au Moyen Orient». Journaliste ne manquant jamais une occasion de rabaisser Ahmadinejad, Hossein s’est fixé deux objectifs dans son travail : montrer aux lecteurs iraniens qu’Israël n’est pas un ennemi et expliquer aux israéliens que l’image désastreuse qu’ils ont de Téhéran reste loin de la réalité. «Ahmadinejad a été élu sur la promesse électorale d’un meilleur niveau de vie, mais tout ce qu’il sait faire c’est menacer Israël, nier l’holocauste et frimer avec ses capacités nucléaires», raconte Hossein. «Il faut faire la distinction entre la rhétorique et les actes» ajoute-t-il. «Si Téhéran voulait réellement détruire Israël, il aurait permis au Hezbollah de lancer des roquettes à longues portées sur Tel Aviv en juillet dernier. Ce n’est pas Ahmadinejad qui contrôle l’armée, c’est Khamenei, il ne faut pas l’oublier».

 

 Il maintient que l’opinion publique iranienne n’est pas hostile envers Israël, c’est parfois même le contraire : «Les iraniens se souviennent du soutien des palestiniens envers Saddam Hussein lors de la guerre Iran-Irak», lance-t-il. «Et ils se rappellent également du rôle d’Israël dans la vente d’arme à Téhéran lors de l’affaire des Contras. Ce qui est en faveur d’Israël».

 

Pour Hossein, Téhéran et l’état hébreu possèdent plus de points communs qu’ils ne veulent l’admettre. Ce sont deux états vivant dans une région à majorité musulmane sunnite et surtout, ce sont les deux seules véritables démocraties du Moyen orient. «Les journalistes et les étudiants peuvent critiquer et se moquer du président sans se faire arrêter, ce qui n’existe pas dans les autres pays de la région, et les associations féminines jouissent d’une véritable influence au sein de la société aujourd’hui», explique Hossein. Il ajoute que Téhéran est une ville similaire à Tel Aviv qui vit 24 heures sur 24 et où «les jeunes écoutent la même musique et utilisent les mêmes drogues».

 

Pour ma part, je ne prendrai pas encore le risque de me balader en Iran avec un T-shirt I love Israël et Hossein reconnaît que ce n’est pas encore le paradis sur terre. Avant de quitter son pays pour vivre à Toronto (Il a suivit sa femme qui avait obtenu un visa canadien), il fut obligé de signer un document afin de s’excuser d’avoir écris des articles contre le régime. Il y a deux ans, son blog, qui était l’un des plus populaires en Iran, fut bloqué par les autorités pour avoir violé une sacro-sainte règle d’or de la presse iranienne : avoir critiqué le chef spirituel, l’ayatollah Khamenei. 

 

Malgré tout, Hossein croit encore en l’idéal de la révolution islamique de Khomeyni. Il affirme que la révolution de 79 était aussi importante que la révolution française. « L’égalité et l’indépendance représentent l’idée centrale de Khomeyni. Je suis athée et je me moque pas mal de Mahomet et de tout ce qui concerne la religion, mais on ne peut pas là nier comme ils le font en Turquie. Ca ne fonctionne pas et ça crée des contre-réactions violentes», souligne-t-il. «La religion est une partie organique de nôtre société. Il lui faut une nouvelle interprétation et c’est ce que l’Iran offre au monde musulman».

 

Il y a certain point de vue que je ne partage pas avec Hossein, notamment l’idée d’un Iran atomique qui, selon moi, ne fera que «nucléariser» une région déjà sous extrême tension (genre : si il y en a un qui éternue, on meurt tous !). Mais je ne peux être qu’impressionné face au travail d’un individu, qui cherche à transmettre une vision alternative et constructive entre deux pays dont les relations futures définiront la nouvelle configuration stratégique mondiale.

  • Vous pouvez en savoir plus sur Hossein Derakhshan's avec l’excellent article issue du journal  Haaretz : http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArtVty.jhtml?sw=iran...
  • Pour mieux connaître le personnage, une interview de Hossein sur la chaîne canadienne CBS :
  • Lors de son premier voyage en Israël, Hossein a réalisé plusieurs vidéos destinées aux iraniens. En voici des extraits :

Israeli Musician
envoyé par hoder

Rinat
envoyé par hoder

12.01.2007

A JustBeMe Time

medium_Justbeme_moment.3.jpgC’est intéressant car quand je lis la presse française, je me sens toujours déprimé : Il y a pas d’emploi, l’économie va mal, tout le monde est corrompu, tout le monde est raciste, tout le monde est islamophobe, tout le monde est antisémite. En revanche, en Israël tout va bien :

   
  • Le cabinet d’Amir Peretz vient de nommer le premier Ministre d’origine arabe et de confession musulmane en Israël. Ghaleb Majadle remplacera Ophir Paz-Pines au Ministère des sciences, de la culture et des sports. Peretz déclare que cette nomination représente une «étape historique ainsi qu’une promotion de l’égalité» dans les relations entre arabes et juifs en Israël. Il ajoute que cela fera la balance avec le cabinet d’Avigdor Lieberman considéré comme raciste.  Les critiques voient dans la stratégie de Peretz une manière de contrer le retour d’Ehud Barak (l’ancien Premier Ministre) au sein du parti travailliste[1].
  • Des officiels syriens et israéliens se sont retrouvés à Madrid pour fêter les 15 ans du sommet historique de Madrid en 1991 qui avait débouché sur les accords d’Oslo. La présence du conseiller du président Riad Daudi ainsi que la porte parole du Ministère des affaires étrangères Bushra Kanafani, fut analysés par les médias arabes comme un premier effort de la Syrie pour des négociations de paix avec l’état hébreu[2].
  • Dans une interview donné à l’agence de presse Reuters, Khaled Meshal, dirigeant du Hamas dit reconnaître Israël comme «un fait établit». Cela constitue un pas en avant car il y a encore peu, le Hamas niait totalement l’existence d’Israël. Toutefois Meshal précise que «le problème ne réside pas dans l’entité appelée Israël, le problème est que l’Etat palestinien reste inexistant». Pour le porte-parole du Ministère des affaires étrangères, Mark Regev, mieux vaut rester intransigeant : «Le Hamas à déclaré dans le passé vouloir rayer Israël de la carte. Pour le moment, on a aucune indication concernant un changement de position[3]».

Pour voir en détail les propos de Khaled Meshal: 

Le chef du Hamas admet la "réalité" d'Israël
LEMONDE.FR | 11.01.07

© Le Monde.fr
 

Allez je vais un peu profiter de Tel-Aviv.



[1] The Jerusalem Post, Thursday, January 11, 2007 [2] Haaretz, English Edition, Thursday, January 11, 2007 [3] Haaretz, English Edition, Thursday, January 11, 2007

Passage à l'université

medium_TiltedTree.jpgJe dois retrouver Dan E. (le français que j’ai connu à Eilat) ce matin à l’Université hébraïque de Jérusalem. Le réveil fut des plus difficiles car j’ai travaillé très tard la veille, mais la radio du taxi passe un remix de Tupac Shakur et Elton John intitulé «Ghetto Gospel». On reste loin de la spiritualité, mais pour moi, entendre 2pac et Elton John chanter un hymne baptiste à Jérusalem, ça le fait. La journée commence plutôt bien.

 

L’Université hébraïque a été créée en 1925, bien avant la proclamation de l’état d’Israël, sur la volonté d’intellectuels européens engagés comme Sigmund Freud ou Albert Einstein. «C’était également une manière d’imposer la souveraineté d’Israël à une Palestine qui était alors sous mandat britannique» m’explique  au téléphone Stéphane Amar, correspondant à Jérusalem pour Arte, RTBF ou encore TSR, et qui a réalisé plusieurs reportages sur le campus. L’Université va véritablement se développer à partir de 1967, après la guerre des six jours, lorsqu’ Israël parvient à réunifier Jérusalem. Aujourd’hui, c’est la meilleure université du pays. «C’est un pôle d’excellence» raconte Stéphane Amar. «Tous les juges de la cour suprême d’Israël sont issus de la même faculté de droit et au niveau scientifique, on peut voir des professeurs millionnaires grâce aux royalties qu’ils touchent sur leurs brevets d’inventions». 

 

Sur le campus, je fais la connaissance d’étudiants palestiniens : Youssef, Wassin et Chadi, mais aussi de David, Dan, Emmanuel et Johana, des étudiants français qui ont fait leur aliya. Ils sont  en première année d’hébreu et possèdent tous les mêmes droits, mais chacun à sa propre raison d’être ici. La réputation de l’université et le symbole de Jérusalem ont joué dans le choix des français, mais d’autres facteurs sont à prendre en compte. «On se sentait plus vraiment bien en France» lance Dan Benmoyn. «C’est paradoxal, mais on est venu ici pour la sécurité». Tout le monde acquiescent, «En France, je ne me sentais pas libre, ici je peux pratiquer ma religion sans problèmes», précise David Dbibaes.

 

Bien sur, pour les palestiniens, les choix sont différents : «On veut travailler en Israël plus tard, c’est pour ça qu’on est ici» m’affirme Chadi. «Il faut bien apprendre la langue de l’ennemi, mais ça ne le note pas» ajoute-t-il . Cette petite boutade traduit l’absence de dialogue instaurée entre les groupes. Chacun reste dans sa communauté et les classes sont séparées, mais cela reste positif pour David. «Il n’y a pas de mauvaises ambiances, pas de bagarres, pas d’insultes, c’est déjà porteur d’espoir». Emmanuel Aben-Zour est d’accord. Il travaille dans un café avec des arabes sur le campus, et «tout se passe très bien».

 

Pour Stéphane Amar, le nombre considérable d’étudiants palestiniens fait la force de l’université car il n’y a aucune ségrégation au niveau des admissions. «Les étudiants sont admis à travers leurs dossiers scolaires et non à travers leurs origines». Ce symbole fut toutefois brisé en 2002, en pleine deuxième intifada, avec l’explosion d’une bombe dans la cafétéria du campus. Aujourd’hui, près du drame se trouve un arbre penché –Tilted Tree- en souvenir des victimes : On Wednesday July 31, 2002, at 13h32, a bomb exploded in the cafetaria at this site. In this act of terrorism, nine hebrew university students and staff were killed. More than eighty were wounded. The very foundation of the university were shaken. Dan Morin, 2003.

 

Avant de partir, je ne peux m’empêcher de poser quelques questions sur l’avenir du pays, notamment sur l’idée émise par les intellectuels arabes, d’un système binational où chaque communauté s’occuperai de sa propre éducation. «Ce serait une bonne chose, mais bon l’essentiel pour nous, c’est la paix», me répond Chadi. «Ca nous ramène au débat central d’Israël. Faut il mettre en avant un état juif ou un état démocratique ? » explique David. «Mais si demain, je dois choisir, si vraiment je suis obligé, je prendrai l’état juif».

Et pour une paix avec la Syrie ? «Je n’y crois pas vraiment, et puis on ne peut pas leur donner le Golan. Déjà cela fait partie de nos terre, et puis c’est un lieu stratégique», précise David. «Sans le Golan, comment protéger le nord ? Il ne faut pas oublier qu’Israël est entouré d’ennemis».

 

Stéphane Amar ajoute que la paix avec les pays limitrophes reste «une paix sur le papier». Dans ce cadre, l’Université hébraïque de Jérusalem est un pôle plutôt tourné vers l’occident et l’Asie qu’un pôle régional.

En revenant sur Jérusalem, Nasser, le chauffeur du taxi, me dit que la France est un pays formidable et tolérant. Je lui demande si il est palestinien car ce n’est pas le  discours typique d’un israélien. Il me répond par l’affirmative et ajoute que ce qu’il aimerait, c’est «chacun son état et la paix pour tous». J’ai l’impression que tout le monde veut la paix ici. Ils ne doivent pas lui faire confiance.

 

 

  

11.01.2007

Jérusalem

medium_Jerusalem.2.jpgIl y a quelque chose de prenant à Jérusalem. Ce n’est pas le côté religieux, mais plutôt les marques et cicatrices laissées à travers son histoire. N’ayant pas de plan à mon arrivée, je me suis perdu du côté des hôtels de luxe dans la partie moderne de la ville, ce qui n’a pas manqué de jouer sur un jugement hâtif (Genre : «Ha bravo la spiritualité les mecs !). Cependant, une fois dans la vieille ville, la passion de Jérusalem prend tout son sens. C’est vrai, les communautés vivent ensemble. Les chrétiens orthodoxes et les musulmans au nord, les arméniens et les juifs au sud, mais il ne faut pas rêver, ils se côtoient, se parlent parfois, mais ne se fréquentent pas.

 

Malgré tout, on assiste à des scènes sympathiques, ce rabbin qui faisait ses courses dans la partie arabe de la ville, ou ce  petit vieillard portant le keffieh jordanien marcher côte à côte d’un groupe de prêtres orthodoxes, ou encore, et c’est ce qui est le plus ironique vu la situation, voir les vendeurs arabes proposer des T shirts «Free Palestine» à côté de T shirts glorifiant Tsahal. Les affaires sont les affaires après tout.

 

Mais le plus beau, ce qui donne à Jérusalem toute sa splendeur, c’est de se retrouver devant le mur des lamentations au coucher du soleil et entendre l’appel du Muezzin résonner de l’esplanade des mosquées. C’est ce que j’appelle un moment JustBeMe.

 

Je devais justement me rendre au mur pour y glisser quelques mots (exercice assez particulier, car ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’écrire à Dieu). Je traverse le portail de sécurité où on me demande si je parle arabe et une fois devant le mur, un «gang de rabbins» me saute dessus pour me proposer fils rouges et Tefillins. Je les arrête tout de suite en expliquant que je ne suis pas vraiment juif, vu que ma mère ne l’est pas et ils me répondent en chœur : «Ha d’accord ! Dans ce cas, va au mur faire une prière pour ton père». J’avais envie de leur demander si les autres membres de ma famille pouvaient aller se faire voir, mais étant sur un lieu sacré, j’ai préféré me taire.  

 

Un petit peu vexé par cet épisode, je décide de me changer les idées en consultant des livres sur le pays et malheureusement pour moi, je tombe sur «Why Jewish must marry Jewish». Un livre qui explique que même dans nôtre époque moderne, les enfants issus d’un mariage mixte risquent d’être instables et de ne pas réussir leur vie. Je commence à en avoir marre et je rentre à l’hôtel. Le lendemain, des jeunes palestiniens me prendront pour un agent du mossad. En fait, je ne crois pas pouvoir m’intégrer à Jérusalem. 

09.01.2007

A JustBeMe break

medium_Just_be_me_break.jpg

 

Après cette folle journée dans le Néguev, j’ai profité de ma journée à Tel-Aviv pour lire un peu la presse locale:

 

 

  • Les propos du jeune soldat Yoel Schemla sont confirmés par Israël magazine. Tsahal se prépare bien à un affrontement direct avec la Syrie qui se sentirait galvanisée après la «victoire» du Hezbollah en juillet dernier. Pourtant tout reste confus à la Knesset car lors d’une interview donnée le 16 décembre dernier au quotidien italien La Republica, le président syrien Bachar Assad avait proposé à Ehoud Olmert de «relever le défi» d’accepter les offres de paix syriennes. «Je dis au Premier ministre israélien : Prenez un risque et nous verrons bien si nous bluffons !»  Trois interprétations de cette proposition ressortent à la Knesset. Pour Meir Dagan, directeur du Mossad, les services secrets israéliens, Assad n’est pas sérieux et cherche seulement à modifier l’image d’un pays à mauvaise réputation en raison de ses implications au Liban et ses liens avec l’Iran. Pour le Général Yossi Baiditz, chef du département du Military Intelligence’s research, Assad veut montrer une Syrie intéressée par la paix afin d’influencer la situation dans la région. Et pour Nimrod Barkan, directeur du département de recherche du Ministère des affaires étrangères, la Syrie est prête pour une paix avec Israël mais en suivant sa propre définition, c’est à dire ne changeant en rien ses intérêts au Liban et en Iran[2]. Pour le moment, Olmert ne veut pas prendre à contre courant l’opinion publique israélienne dont, selon un sondage, 67% s’opposent à un retrait du Golan en échange d’une paix avec la Syrie et seulement 16% y sont favorable[3].
  • Les citoyens arabes israéliens vivent un véritable problème identitaire. Ils sont à la fois israélien et palestiniens. L’institut Van Leer de Jérusalem vient de publier un rapport controversé, rédigé par les intellectuels arabes d’Israël. Ce document appelle à un système binational dans un même état où la communauté arabe s’occuperait elle même de son éducation et de la création d’emploi tout en gardant des liens économiques forts et privilégiés avec la population israélite. Ce rapport précise qu’il ne veut pas d’un apartheid mais au contraire un système égalitaire pour toute les communautés d’Israël. Ce document provoque un réel débat aussi bien chez les parlementaires arabes de la Knesset qu'au sein de la communauté juive . Il répond également aux propos du Ministre des affaires stratégiques Avigdor Lieberman qui avaient choqué le parlement en expliquant que si il devait choisir entre un état juif et un état démocratique, il choisirait la première catégorie[4].
  • La présence des Nétouré Karta, le parti ultra minoritaire des juifs orthodoxes antisionistes, au sein du congrès négationniste de Téhéran, n’a pas laissé indifférent la presse israélienne. Le journal de Gauche Haaretz a interviewé le Rabbin Friedman, représentant de cette communauté à Vienne : http://www.haaretz.com/hasen/spages/810100.html
  • En prenant le Taxi, le chauffeur écoutait une émission de radio dont le sujet était «Peretz doit il garder son job» (Amir Peretz est Ministre de la Défense israélienne, mais contrairement à ses prédécesseurs, il est plus connu pour sa carrière de syndicaliste que de militaire). Ca me fait penser au discours de Dan lors du mariage à Eilat. «Jusqu’ici, Israël à connu une génération de Leaders en politique, des militaires dont la préoccupation principale était l’intérêt du pays» m’a-t-il dit. «Mais regarde aujourd’hui, notre président est trempé dans un scandale sexuel (le Président Moshe Katzav est accusé de viol, harcèlement sexuel et écoutes illicites) on a un représentant syndical qui s’occupe de la défense, et la corruption est omniprésente. On devient comme l’Europe !»
 


[1] Richard Darmon, Réflexion sur l’offre de paix syrienne, Israel Magazine, Février 2007, p.18 [2] Leslie Susser, The Syrian Conundrum, The Jerusalem Report, January 22, 2007, p.22 [3] Richard Darmon, op.cit. [4] Isabel Kershner, Together apart, The Jerusalem Report, p.10

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