18.08.2007
Eye of the tiger
Ce texte est une suite à un post écrit le 24 février 2007 intitulé «La barque n’avance qu’en ramant».
Le 15 juillet dernier, à la veille de soutenir mon mémoire. Je m’imaginais déjà écrire un fabuleux post complètement mégalomaniaque relatant en détail et de façon très romancée la manière dont «j’ai pu me relever de mes épreuves et finir d’écrire ce mémoire en dépit des coups durs, des problèmes financiers et du nombre d’heures passées à servir des cappuccinos frappés».
Le 16 juillet dernier, le résultat dépassa largement mes espérances puisque j’ai obtenu la note de 17 sur 20, avec la mention «Très Bien». C’était encore plus beau que j’imaginais : il y a quelques mois encore, j’étais à 2000 euros de découvert, croulant de dettes, mes projets étaient à l’eau et je n’avais plus d’autre choix que de travailler à plein temps comme garçon de café (je sais, je caricature un peu...). Aujourd’hui, j’ai non seulement réglé mes dettes, j’ai de l’argent de côté et surtout j’ai réussi à obtenir mon diplôme la tête haute (avant de vous entendre poser la question, je préfère répondre: « oui, je sers encore des cafés »). N’empêche qu’il m’en fallait de peu ce jour là pour voir débarquer Apollo Creed et l’entendre dire : « You see man, I told you ! Eye of the tiger man ! »
Après ma soutenance, j’ai eu deux réactions. Sur le coup, j’ai voulu tenir au courant tous mes proches et l’équipe SFR a rapidement compris que je célébrais un heureux événement (je les imagine déjà dans leurs bureaux taper des mains et chanter en chœur : «Il est revenu ! Il est revenu !»). J’ai déambulé dans les rues parisiennes des heures durant avec mon plus beau sourire. Puis le soir venu, pris d’un coup de fatigue assez phénoménal, j’ai préféré fêter cette victoire tout seul chez moi en regardant l’île de la tentation (au passage, ils en tiennent tous une sacrée couche cette année) plutôt que de sortir faire la tournée des bars. J’étais vraiment heureux ce soir là, mais je ne me sentais pas encore prêt à l’exprimer pleinement ni à en parler sur ce blog. J’ai contenu tellement de choses ces six derniers mois qu’il m’était impossible de tourner la page aussi rapidement. Surtout que tout s’est joué au sein d’une petite demi-heure de soutenance. Je dois aussi reconnaître qu’il est plus facile d’écrire quand ça va mal que l’inverse…
Je suis arrivé à Paris afin de valider un Master 2 en Relations Internationales. Je devais obtenir le diplôme en moins d’un an, je l’ai eu en deux ans. Je m’étais lancé sur tellement de fronts différents que j’avais oublié l’essence même de mon principal objectif. J’ai fait un peu tout et n’importe quoi ces deux dernières années : J’ai bien sûr servi des tas de cafés, mais j’ai également été prospecteur commercial pour des banques, RP événementiel pour les soirées parisiennes, «chef de projet» sur une étude au Kazakhstan, Président de l’association étudiante, stagiaire au service communication, journaliste en Israël…
Alors bien sur, toutes ces activités, ça crée des beaux souvenirs, et ça contribue aussi à des moments inoubliables. Mais je comprends aujourd’hui le manque de cohérence qui caractérisait ma première année à Paris. J’ai voulu aller trop vite, j’ai joué au dessus de mes moyens. Un moment ou un autre, je devais en payer le prix.
Ce mémoire représente donc une véritable revanche personnelle qui va bien au delà des six derniers mois. C’est une victoire qui met un terme à tout ce que j’ai entrepris ces deux dernières années. La page des études est finalement tournée et il est temps aujourd’hui de s’ouvrir à un nouveau chapitre. Il reste toutefois quelques points importants que je dois mettre à plat.
Le Kazakhstan
Que dire sur le Kazakhstan ? Mes sentiments sont contradictoires envers ce pays. Il représente à la fois une grande expérience humaine mais demeure en même temps une source de problèmes, de déceptions, voir d’échec. J’imagine bien que vu de l’extérieur, cela peut sembler ridicule d’attacher autant d’importance à ce qui reste au final qu’un simple problème d’argent. Moi même parfois, je trouve ça assez dingue d’avoir réagi de cette manière alors que j’écris régulièrement sur une région où la mort est omniprésente, du genre : «c’est bien malheureux ce qui se passe là-bas, mais surtout qu’on ne touche pas à mon argent !».
Mais sur le coup, le souci était ailleurs. Ma déception a été à la hauteur de l’énergie que j’avais investie dans ce projet, et j’ai eu ce sentiment insupportable d’avoir échoué. Ce simple «problème d’argent» représentait l’aboutissement d’une série de coups durs amorcée depuis mon arrivée à Paris. Sur le moment, je me suis senti diminué, je me suis senti… un looser et l’idée de mettre de la chantilly sur les Moccacinos ne m’a pas vraiment remonté le moral.
Puis le temps est passé, j’ai repris mon mémoire et je me suis même mis au footing à cinq heure du matin (l’œil du tigre !). On se rend compte d’ailleurs que «la France qui se lève tôt» n’est pas celle que l’on croit. Des amis ont fait leurs apparitions (petit clin d’œil à MissWorldwide), d’autres ont disparu. La café m’a permis de payer les factures et de me remettre à jour. Ce n’est pas mon premier «petit boulot», mais il est bon parfois de se rappeler qu’il n’y a pas de sots métiers. Finalement, cette expérience était on ne peut plus positive, car ce n’était pas qu’un simple souci monétaire, c’était également un gros problème d’ego. Je pense que j’avais besoin d’une bonne «claque», j’avais besoin… d’humilité. Il faut bien l’avouer, quand on crée un blog qui se nomme JustBeMe, c’est qu’on porte en soi une sacrée mégalomanie ! Aujourd’hui, j’ai eu mon mémoire, je peux mettre au placard l’idée même d’être un looser.
Je ne suis pas parti seul au Kazakhstan. Mes relations avec l’équipe qui a entouré ce voyage sont quasi – inexistantes actuellement, mais elles restent compliquées. Je ne cache pas leur en avoir terriblement voulu ces six derniers mois, car nous sommes restés dans deux logiques différentes. Pour eux, chacun à contribué à sa manière au bon déroulement de l’étude. Pour moi, j’ai fait 75% du travail et en plus je me suis coltiné le sale boulot. Pour eux, ils ne m’ont jamais forcé à récolter de l’argent. Pour moi, personne ne serait parti sans mon travail. Pour eux, je n’ai pas été assez explicite et ils n’avaient pas compris la raison première de mon endettement. Pour moi, j’ai payé les pots cassés et ils ont préféré regarder ailleurs. Ils m’ont laissé tombé.
Je pense que les deux logiques sont valables et je reconnais avoir ma part de responsabilité dans ce qui ressemble aujourd’hui à un vaste gâchis. J’ai pêché à travers mon ego surdimensionné et eux ont refusé d’accepter l’ensemble de la réalité.
Personne n’a voulu être mauvais dans cette histoire, mais le mal a été fait et c’est toute une série de malentendus et de «non-dits» qui ont contribué à laisser sur le projet une blessure profonde. Cela a été une erreur de leur en vouloir. Aucune personne de l’équipe n’a été responsable directement de ce qui m’est arrivé. Je dirai plutôt qu’ils m’ont laissé tomber «malgré eux», qu’ils ne s’en sont même pas rendus compte.
Malheureusement, il est impossible de revenir en arrière et je ne pourrai plus jamais revoir l’un d’entre eux sans penser à une période négative que je préfère laisser derrière moi. Ce sentiment a tristement été confirmé récemment.
La vie reste cependant pleine de surprise et j’ai pu voir apparaître des amis dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Laissons donc le temps au temps.
La banque
Alors oui, j’en ai voulu à la banque, et honnêtement je n’ai aucun regret là-dessus. Si j’avais pu envoyer une équipe de mercenaires kazakhs complètement défoncés au Crack dirigée par MC Jean Gab’1 afin de me faire rembourser, je n’aurai pas hésité. Malheureusement je n’avais pas d’argent… Plus sérieusement, il n’y a pas grand chose à dire. J’ai été victime de l’incompétence d’un couple de banquiers qui ont été incapables de me téléphoner directement ou de me regarder en face pour m’expliquer qu’en raison de leur manque d’expérience, je vais être victime d’une arnaque financière. Aujourd’hui, je m’en suis sorti, la page est tournée et il n’y a rien a ajouter.
Si cela peut rassurer certains, je suis quand même passer à l’improviste dans le nouveau bureau de mon ancien conseiller afin de lui faire comprendre qu’il n’était qu’un minable, lui et sa copine. J’ai également ajouté qu’à ma place, il n’aurait même pas tenu deux jours et que son attitude a été lâche et honteuse. Il n’a pas su quoi répondre et je suis sorti de la banque en écoutant du 50 Cents et en enfilant ma paire de Ray Ban. C’est sûr, ça m’a fait du bien. Mais ça ne change rien à la situation. Je me suis fait avoir et ce qui est fait est fait.
L'Iran
Si je donne autant de détail sur mes aventures financières, c’est que je me dois aussi de donner quelques explications sur ce voyage tant attendu et sans cesse reporté, car au final, tout est lié.
Après mon endettement, un de mes premiers objectifs a été de continuer mes projets connectés à ce blog et j’ai fait de ce voyage en Iran une de mes priorités. La seule directive imposée était de partir avec des rendez-vous déjà définis en vue de décrocher des entretiens clefs. Mon intermédiaire à l’ambassade devait m’accompagner dans cette visée. C’est là où ça a cloché, car j’ai effectivement obtenu mon visa assez rapidement grâce à ce contact, mais en revanche aucun rendez-vous concret n’était fourni.
Ma motivation en a pris un sacré coup. Partir en touriste en République Islamique alors que mes dettes n’étaient pas encore réglées au risque de revenir encore plus pauvre que lors de mon retour de Tel Aviv ne m’enchantait guère. De plus, on était en pleine affaire des marins britanniques et il fallait me voir devant mon écran de télévision le front plein de sueur en train de penser : «Bon mec, tu vas aller en Iran, ils vont voir que tu es allé chez leurs amis israéliens, tu vas être accusé d’espionnage et hop, un petit séjour forcé de deux ans à la prison d’Evin ! Résultat tu seras toujours sans argent, tu n’auras pas terminé ton mémoire, puis surtout, aucun moyen de rejouer le scénario de Prison Break, vu que l’Islam interdit les tatouages».
Blague à part, étant encore en train de payer les pots cassés du Kazakhstan, je ne me sentais pas prêt à reprendre un tel risque. Surtout que cette fois, je n’avais plus aucune garantie derrière moi. Le projet tient toujours, il est seulement reporté. Pour la date, je ne sais pas encore.
Et après?
Dans le cadre de mon mémoire, j’ai essayé de définir dans ce travail si la République Islamique sous Ahmadinejad sonnait le retour des premières heures révolutionnaires Khomeyniste ou si au contraire, l’Iran rentrait dans une configuration plus pragmatique. Téhéran a indéniablement été pris d’une fièvre révolutionnaire expansionniste après la chute du Chah. Mais la guerre de huit ans contre Saddam, la situation économique d’après-guerre, l’isolement international et la mort de Khomeyni ont forcé le régime des Mollahs à opter pour une logique plus réaliste, malgré le maintien de son idéologie.
A la fin de ma soutenance, mon directeur de recherche m’a demandé ce que j’avais prévu pour la suite. Je lui ai répondu que j’étais encore dans le flou car moi aussi j’ai été pris d’une fièvre révolutionnaire lorsque j’ai débuté ce Master, mais en vue de la situation économique d’après - Kazakhstan, j’ai du devenir plus pragmatique. Ma priorité est de trouver un travail plus épanouissant que ce que je fais actuellement. Pour cette raison, mes projets de voyages sont mis de côté.
Aujourd’hui, j’ai une vision un peu plus claire concernant mon avenir. J’en parlerai le moment venu. Tout ce que je peux dire, c’est que j’arrête de servir les cafés au cours du mois d’octobre.
Voilà, les lecteurs ont compris que j’avais besoin de faire un dernier point avant de définitivement tourner la page, et comme prévu, j’ai écris quelque chose d’assez mégalo. Mais bon, je crois qu’il y a certains côtés de ma personnalité qui ne changent pas, et c’est sûrement mieux ainsi. Dans mon dernier post, «La barque n’avance qu’en ramant», j’avais écris que chaque plaie, une fois cicatrisée nous marque pour la vie. Aujourd’hui, je peux rajouter une chose : chaque cicatrice est une victoire.
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A JustBeMe come back coffee time
Au sommaire :
Une interview d’Ismail Haniyeh sur Euronews
Le témoignage d’ancien prisonniers de Guantanamo Bay
Un éditorialiste regrette d’avoir soutenu le Président Bush
Dans le New York Times, le politologue et éditorialiste Michael Ignatieff prend la plume pour se repentir. Devant la catastrophe irakienne, il regrette d'avoir soutenu le président Bush. Extraits :
"La catastrophe irakienne a définitivement décrédibilisé le jugement politique d'un président mais aussi de beaucoup d'autres personnes, moi inclus, qui, comme commentateurs, ont soutenu l'invasion. Nous étions nombreux à penser, comme me l'a dit un ami exilé irakien la nuit où la guerre a commencé, que c'était la seule chance pour les gens de sa génération de vivre libre dans leur pays. Que ce rêve semble lointain aujourd'hui."
"La décision à laquelle sont aujourd'hui confrontés les Etats-Unis illustre l'extrême difficulté du jugement politique. Rester ou partir : chaque option représente un coût énorme. Une chose est sûre : si les Etats-Unis restent, le coût sera supporté par les Américains, s'ils partent, il sera essentiellement supporté par les Irakiens. L'énoncé du problème montre en lui-même dans quel sens les responsables américains trancheront probablement la question."
"On peut dès lors se demander qui a le mieux anticipé le déroulement des événements sur la question irakienne. Or beaucoup de ceux qui avaient à juste titre prédit une catastrophe ne l'avaient pas fait en exerçant leur jugement mais en faisant appel à l'idéologie. Ils étaient contre l'invasion parce qu'ils pensaient que le président n'en voulait qu'au pétrole irakien ou parce qu'ils pensaient que, de toute façon, les Etats-Unis ont toujours tort."
"Ceux qui ont fait preuve d'un bon jugement ont correctement prédit les conséquences de l'invasion mais également correctement évalué les motifs qui guidaient celle-ci. Ces commentateurs n'avaient pas nécessairement plus d'informations que moi. Ils ont travaillé avec les mêmes renseignements tronqués et la même méconnaissance de l'antique division religieuse de l'Irak. Ils n'ont cependant pas pris leurs désirs pour la réalité. Ils n'ont pas supposé, comme l'a fait le président Bush, que, puisqu'ils croyaient en l'honnêteté de leurs motifs, tout le monde dans la région y croirait aussi. Ils n'ont pas cru qu'un Etat libre pouvait se construire sur les fondations de trente-cinq ans de terrorisme policier. Ils n'ont pas supposé que les Etats-Unis avaient le pouvoir de modeler l'évolution politique d'un pays lointain dont les Américains savaient peu de choses. Ils n'ont pas imaginé que, puisque les Etats-Unis avaient défendu les droits de l'homme en Bosnie et au Kosovo, ils allaient faire de même en Irak. Ils se sont épargné toutes ces erreurs."
"J'ai moi-même commis certaines de ces erreurs, plus quelques autres. La leçon que j'en ai tirée pour l'avenir, c'est de moins me laisser influencer par les passions de personnes que j'admire – les exilés irakiens, par exemple – et de moins me laisser dominer par mes émotions. Je me suis rendu dans le nord de l'Irak en 1992. J'ai vu ce que Saddam Hussein avait fait aux Kurdes. A partir de cet instant, j'ai pensé qu'il devait partir. Mes convictions avaient toute l'autorité de l'expérience personnelle. Mais pour cette même raison j'ai laissé les émotions me faire perdre de vue les questions difficiles, par exemple : les Kurdes, les sunnites et les chiites peuvent-ils ensemble vivre en paix dans un pays que Saddam Hussein tenait par la terreur ?"
"Pour avoir un bon jugement en politique, il faut se juger sévèrement soi-même. Le président n'a pas pris la peine de comprendre l'Irak, mais il n'a pas non plus pris la peine de se comprendre lui-même. Le sens des réalités qui aurait pu le sauver de la catastrophe aurait pu prendre la forme d'une sorte de sonnette d'alarme interne l'avertissant qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Il est toutefois peu probable que le président ait jamais entendu de sonnette d'alarme interne. Il a eu une vie protégée et les sonnettes d'alarme ne tintent pas dans ce genre de vie."
21:10 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hamas, haniyeh, palestine, guantanamo, irak, war, bush
09.06.2007
Fatah Al-Islam: Origines et Conséquences
Depuis le 19 mai, des affrontements violents opposent dans le Nord du Liban, l’armée et les forces de sécurité intérieures (FSI) libanaises à des activistes du Fatah Al-Islam, un groupuscule existant officiellement depuis septembre 2006. Ce mouvement est une dissidence du groupe Fatah Intifada crée en 1983, qui est également une scission du Fatah de Yasser Arafat. Pourtant l’OLP et même le Hamas se sont officiellement désolidarisés de ce groupuscule qui présente un modus operandi et une idéologie plus proche du salafisme transnational d’Al-Qaida, que du nationalisme palestinien[1].
D’après les propos de Chaker Al-Abssi, leader du Fatah Al-Islam, il n’y aurait pas de lien direct entre sa mouvance et celle de Ben Laden, mais l’organisation reste similaire : des Moudjahids (combattants) de différentes nationalités (saoudiens, libyens, syriens, libanais), ainsi qu’un système de cellules dormantes puisque la première confrontation avec l’armée s’est déroulée dans un quartier chic de Tripoli contre des «voisins sans histoires» comme le rapporte une habitante du quartier: «Quand les militaires leurs ont demandé de se rendre et précisé qu’ils ne voulaient pas de violences, mes voisins ont répondu qu’ils ont pour mission de combattre l’Amérique et Israël. L’armée a rétorqué qu’ils n’avaient qu’à aller dans le sud du pays si ils voulaient se battre. Les autres se sont mis à crier ‘Allah Akbar’ et n’ont pas arrêté de tirer ![2]».
Le Fatah Al–Islam s'était déjà distingué en février dernier en perpétrant ses premiers attentats dans la montagne chrétienne, non loin de Beyrouth, au moyen de bombes placées dans des bus. L'armée libanaise avait procédé à plusieurs arrestations[3](dont quatre syriens).
Comment ces jihadistes ont ils pu infiltrer les territoires palestiniens ? Il faut d’abord remonter à la mort de George Habbache et de Wadie Haddad, tous deux cadres du FPLP (Front Populaire de Libération de la Palestine, organisation marxiste rivale d’Arafat), qui contrôlaient les camps palestiniens au nord du Liban. Leurs disparitions ont permis l’ouverture et l’accès à différentes mouvances et idéologies, comme le Fatah Intifada, milice pro – syrienne qui s’est islamisé dans les années 90. Aujourd’hui, la situation extrêmement précaire des palestiniens ajoutée aux affrontements sanglants entre les différentes milices du Fatah et du Hamas ont accentué cette tendance d’infiltration aussi bien au Liban que dans les territoires palestiniens. A Gaza, un célèbre journaliste anglais de la BBC, Alan Johnston est retenu en otage depuis plusieurs mois par un nouveau groupe sorti de l’ombre : «L’armée Islamique», qui s’est officiellement présenté dans une vidéo envoyée à Al - Jazeera en Mars. «On assiste à un réveil de l’Islam depuis 25 ans maintenant», déclare Abu Ahmed Taha, un membre influent du Hamas. «Mais aujourd’hui, l’influence d’Al Qaida représente un réel problème pour nous[4]». Mr Taha précise que le danger provient du nombres influents de milices sporadiques et ad hoc qui alimentent les tensions déjà exacerbés au sein des territoires[5]. Une animosité et un désespoir qui tournent beaucoup de jeunes vers une carrière de Jihadistes, là où le panarabisme et le nationalisme ont échoués.
Pour revenir aux camps de Nahr al Bared et de Baddaoui au nord du Liban, les autorités parlent de l’influence de Damas, déjà soupçonné d’être derrières les principaux attentats qui suivirent la mort de Rafic Hariri avec les conséquences que l’on connaît. Le principal argument est que Chaker Al-Abssi a fait un tour dans les geôles syriennes pour son appartenance à Al Qaeda avant d’être relâché il y a un peu plus de deux ans. Ce même Al-Absi a aussi combattu sous le nom d’Abou Hossein au sein de l’Armée islamique en Irak auprès du défunt Abou Moussab al – Zarquaoui[6]. Ce dernier avait souhaité se rendre au Liban pour y implanter un réseau chargé de préparer des opérations terroristes sur le sol hébreu. D’après Alain Rodier, du Centre Français de Recherche sur le Renseignement, il en a été fermement dissuadé par les Iraniens dont il était alors un affidé. Il a échappé par la suite aux services secrets iraniens mais n’a pas réussi à mettre ses plans à exécutions[7]. Abou Hossein, qui était déjà recherché par la Jordanie pour sa participation au meurtre du diplomate américain Lawrence Foley, a donc repris le flambeau. Accompagné de plusieurs jihadistes irakiens, il reprit les locaux du Fatah Intifada dans le camp de Nahr al Bared au Liban. Apparemment ce serait Abou Khaled al-Aamlé, ancien adjoint d’Abou Moussa, le fondateur du Fatah Intifada, qui aurait contribué à la structure du Fatah Al-Islam en envoyant des Moudjahidins de par le monde, directement de Damas. En retour, il est considéré comme un renégat de la part du Fatah intifada[8]. Pour Bernard Rougier, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO), «ce sont des réseaux religieux locaux, à tendances salafistes, qui ont pu faciliter l’implantation du Fatah al-Islam[9]».
La Syrie était déjà montré du doigt pour ses ingérences en Irak et il est indéniable que les nombreuses tentatives pour déstabiliser l’instauration d’un tribunal international place le régime de Bachar Assad comme suspect numéro 1. Toutefois, sortir la carte d’un Djihad inspiré par Ben Laden peut s’avérer troublante. «L'agenda politique de la Syrie laisse entendre qu'elle est derrière ce mouvement, mais tout n'est pas aussi clair. On peut se demander si l'Arabie Saoudite sunnite ne joue pas aussi de son influence afin de contrer le pouvoir grandissant du Hezbollah chiite», exprime Hasni Abidi, Directeur du Centre d'étude et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam)[10]. Pour Bernard Rougier, il y a effectivement un intérêt commun entre le Fatah al Islam et le gouvernement de Bachar, mais pas dans le sens d’une connivence. Il explique que les groupes sunnites libanais, même les plus radicaux ont fait le choix de la protection communautaire. En dépit de tous les différents que ces groupes peuvent avoir avec le gouvernement, ils se joindront au sein du clan Hariri en cas de confrontation avec le Hezbollah. «Le Fatah Al-Islam est le seul mouvement sunnite qui refuse de s’inscrire dans cette logique confessionnelle. Il obéit à son propre agenda qui consiste à lutter contre les objectifs occidentaux», raconte Bernard Rougier. «Par conséquent, il y a dans cette division un gain en commun qui réside dans la déstabilisation du Liban[11]».
Quant au Hezbollah ? Et bien le mouvement chiite se veut critique envers le Fatah Al-Islam mais maintient une position neutre en estimant que le fait de s’en prendre à la structure du Fatah Al Islam au sein des camps palestiniens est une ligne rouge à ne pas dépasser tout comme s’en prendre à l’armée libanaise est une ligne rouge à ne pas franchir. «Il est intéressant de constater que le Hezbollah n’a pas, jusqu’aux dernières nouvelles, émis d’opinions concernant le Tribunal international», observe Barah Mikaïl, spécialiste du Moyen Orient à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques. «Nasrallah s’est placé dans l’opposition par rapport aux évolutions précédentes, et tente de se reconfigurer par rapport aux nouveaux événements», conclut-il[12].
D’après Seymour Hersh, célèbre journaliste au New Yorker qui a pu interviewer le leader du mouvement chiite quelques mois auparavant, la nouvelle position de Nasrallah s’expliquerait à travers les extrêmes précautions prises pour sa sécurité non pas à cause de l’état hébreu, mais en raison des menaces exercés par les services secrets jordaniens ainsi que par divers mouvances sunnites se revendiquant d’Al Qaida. «N’est ce pas ironique ? Le héros de la rue arabe, devient une menace pour les arabes sunnites qui l’accusent de mener une guerre sectaire» a écrit Seymour Hersh[13].
Cette situation complique également la position du Hamas qui se retrouve face à un choix d’une importance stratégique. Si le Hamas décide de se rallier auprès du Fatah de Mahmoud Abbas afin de nuire militairement à l’influence salafiste transnationale dans les camps palestiniens, il participera malgré lui à l’application de la clause 1559 des Nations Unies dont la finalité est de désarmer le Hezbollah au profit d’une armée libanaise. Le groupe chiite représente pour le Hamas un partenaire tactique de taille dans la guerre de harcèlement menée contre l’état hébreu. Un désarment du Hezbollah entraînerait obligatoirement une modification interne du parti religieux palestinien. «C’est l’enjeu majeur qui se joue entre l’armée libanaise et le Fatah Al-Islam», estime Barah Mikaïl. «Si le gouvernement libanais arrive à faire la différence, alors celui-ci estimera qu’il est temps pour lui de prétendre à sa pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire à travers la résolution de l’ONU[14]». Par conséquent aux désarmements de toutes les milices libanaise, et donc à la démilitarisation du Hezbollah.
[1]Dans son discours, le Fatah Al-Islam n'hésite pas à déclarer que le Hamas a vendu son âme et tente, dit-on, de récupérer la lutte palestinienne. Voir : http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=74171
[2] Voir émission «C dans l’air » intitulé : «Liban : l’infiltration terroriste», 31 mai 2007, http://www.france5.fr/cdanslair/index.cfm
[3] http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=74171
[4] http://www.nytimes.com/2007/05/31/world/middleeast/31palestinians.html?pagewanted=1&ei=5070&en=51f60c474dcdb46c&ex=1181448000
[5] Ibid[6] Zarquaoui était considéré comme l’ennemi public numéro 1 par les américains en Irak. Il fur en outre, responsable de la décapitation du civil américain Nicholas Berg. Il a été tué par les américains le 7 juin 2006.
[7] http://www.cf2r.org/fr/article/article-Liban-le-Fatah-al-Islam-s-oppose-a-l'armee-libanaise-3-82.php
[8] Ibid
[9] entretien avec Bernard Rougier, «La Fatah al-Islam, symbole de l’islamisation des camps palestiniens», le 24 mai 2007, www.lemonde.fr
[10]http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=74171
[11] entretien avec Bernard Rougier, op.cit.[12] Voir émission «C dans l’air » intitulé : «Liban : l’infiltration terroriste», 31 mai 2007, http://www.france5.fr/cdanslair/index.cfm
[13]http://www.newyorker.com/reporting/2007/03/05/070305fa_fact_hersh
[14] Entretien avec Barah Mikaïl, http://www.iris-france.org/fr/stream/2007-05-30-bm.php3
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